05/12/2011 – Des islamistes au pouvoir marocain, au secours ?

A la différence de ses voisins, le Maroc n’a connu ni Révolution du Safran, du Tajine ou du Thé à la Menthe. A la différence de ces autres, il n’a pas vraiment puni la contestation par la répression, du moins les images n’ont pas été vues dans les JT. Inquiet d’un soulèvement au pays du soleil couchant, d’un effet de contagion démocratique, le roi Mohammed VI avait demandé à ce que soient organisées des élections législatives anticipées. A la rue, il avait donc répondu par son droit à désigner ceux qu’elle désirait voir au gouvernement. Le peuple, en besoin de renouvellement, lassé par la corruption, les privilèges et tous ces autres dysfonctionnements étatiques, s’en est allé voter. En course dans ces élections se trouvaient tous les partis ayant envie de faire bouger les choses grâce à leurs idées de tous les bords.

Aux urnes, Marocains !
Ils ont été 42% à utiliser leur droit de vote, bien loin des 72% de juillet dernier, lorsque l’on demandait à ces mêmes Marocains s’ils désiraient un changement de la constitution. D’étrange il faut qualifier cette différence de score tandis que cet été, ils exprimaient en masse l’envie de changement. Pour expliquer ce taux de participation, les suppositions pourraient être nombreuses. De juillet à novembre, plusieurs mois se sont passés au cours desquels les réformateurs de la constitution se sont essouflés. De plus, les électeurs ont-ils une pleine confiance en tous ces politiques ? Certainement pas puisque dans les médias français ils avaient une vision franche des choses : "les hommes politiques sont tous les mêmes, ils ne pensent qu’à voler l’argent du peuple pour finalement ne rien faire pour lui". Si changement de régime il n’y a pas eu, le Mouvement du 20 février a dû se frotter les mains. En effet, il n’y a pas eu de vote massif donc faudrait-il proposer beaucoup plus que des élections législatives ? Néanmoins, le mouvement doit certainement être déçu du résultat. Les islamistes sont au pouvoir, ce qu’il n’avait peut être pas envie de voir. Est-ce légitime de penser à un vote sanction de la part des Marocains ? Quoi qu’il en soit, le roi a respecté les résultats en choisissant un membre du Parti Justice et Développement afin d’occuper la place de Premier Ministre. Le roi a choisi mais a encore droit de parole et le contrôlera… Incha’Allah.

Benkirane fait-il peur ? 
Membre du parti PJD, il change des autres par ses débats très engagés. Benkirane est un homme de la Méditerranée, amateur de grands gestes lorsqu’il parle, comme pour mieux se faire entendre. Son discours, sa façon de s’exprimer changent considérablement en comparaison avec ces autres hommes politiques ayant évolué à la fonction de Premier Ministre. Ce qu’on ne peut ignorer de sa carrière jusqu’à présent est qu’il aura participé à la fondation de différents partis, certains n’auront pas duré, d’autres seront censurés. Il passe de créations de partis en créations pour réussir à avoir un socle solide et être accepté par les autorités marocaines. Toutes les formations politiques auxquelles il a participé, contribué, se sont fondées sur une même base : l’Islam. En terme de religion justement, le nouveau Premier Ministre  est complètement contre ce que représente la laïcité que propose la France car cela représente une menace pour la foi des croyants. Il est aussi contre ceux qui ne respectent pas le jeûne en public, en pays musulman et aurait même une dent contre les homosexuels tout comme les consommateurs d’alcool. Tout doit se faire en privé car dans la sphère publique, tout est… public et donc concernerait l’ensemble de la société. Deux autres points sont très importants et possiblement en danger. On retrouve d’abord la Moudawana et la question des femmes. Puis, les Berbères du Maroc. Il a comparé l’écriture berbère à du chinois. Comment les membres des différentes communautés amazigh ont-ils pris cette remarque, de la  région du Rif à celle de l’Atlas jusqu’au Sud ? De plus, il ne faudrait pas s’étonner de voir certains des festivals de musique ne plus inviter des artistes évoquant "la débauche", d’Elton John à Shakira. 

Gouverner, mais avec les autres
Voilà ainsi comment avec 107 sièges sur 395, le PJD peut faire pencher le Maroc vers un autre. Le pays pourrait-il perdre de sa tolérance ? Pour l’instant, les vainqueurs doivent traiter avec d’autres partis afin de former un gouvernement. Parce que n’ayant pas obtenu la moitié des sièges, il doit réussir à trouver une formule qui puisse permettre d’impliquer les gagnants des autres sièges. Qui voudra donc participer à cette "aventure" sachant qu’ils ne feront donc pas partie de l’opposition ? Koutla, Istiqlal, Mouvement Populaire, Union Constitutionnelle, Union Socialiste des Forces Populaires, Parti du Progrès et du Socialisme… En ligne de mire, hormis la combinaison gagnante, Benkirane vise une baisse du nombre de membres gouvernementaux. Il semblerait vouloir diminuer de moitié le nombre de personnes constituant le nouveau gouvernement mais il y aura de grosses responsabilités pour chacun avec plusieurs casquettes. Une économie ? Les postes les plus importants seront en principe associés à des membres du PJD. Faut-il en avoir peur ?  

L’âge d’or de l’Islamisme
L’accession au pouvoir par les islamistes marocains vient dans la continuité des événements en Tunisie et dans tous les autres pays libérés, où la population n’a réussi à trouver son salut que dans des politiciens se disant honnêtes et se basant sur une logique "pure" puisqu’évoquant la religion. Il serait possible de parler d’un effet domino, pas dans la chute mais dans l’ascension des partis islamistes au pouvoir. Après le départ de Ben Ali qui avait tenu enchaîné les religieux, ces derniers ont pu retrouver leurs libertés et les exilés revenir en terre tunisienne. Le parti est sorti victorieux des élections auxquelles les Tunisiens ont participé massivement. A présent Ennahda dirige le gouvernement tunisien, Hamadi Jebali à sa tête. Moubarak parti, les Frères Musulmans ont pu gagner du terrain. Soutenus par la population contre l’armée, ils sont en passe de reprendre du service au sein de l’état, avec derrière eux le parti salafiste Al-Nour, au grand dam des Coptes d’Egypte. Après la chute du guide libyen, la société occidentale a particulièrement retenu un point du discours de Moustafa Abdeldjeïl, président du CNT : l’application de la charia. Ainsi Maroc, Tunisie, Egypte et Libye semblent profiter d’un certain âge d’or. Suivra peut être l’Algérie ? Cette situation pourrait-elle faire naître une union islamiste du Maghreb ou un retour du Califat ?

Alors de ces islamistes au pouvoir au Maroc, faut-il avoir peur ? Non puisqu’ils ne sont pas seuls au pouvoir ! Quelle vision nouvelle peuvent-ils apporter ? Des miracles ? Certainement pas. Comme dans tous les pays autorisant des élections libres, les partis se succèdent à la tête de l’état. Après la déception, on croit venir le renouveau qui n’a d’autre synonyme que déception. Ainsi est la politique. Surtout, n’oublions pas qu’un politique reste un politique, qu’importe sur quoi il se base, rien n’assure que d’honnêteté il fera preuve. L’islamisme ne met pas à l’abri. Dans un pays comme le Maroc, la présence du roi risque bien d’empêcher une radicalisation si Benkirane devait montrer un tout autre visage. Alors vive le roi ?  

2 réflexions sur “05/12/2011 – Des islamistes au pouvoir marocain, au secours ?

  1. Article très bien écrit dans la forme mais dans le fond, il y a certains termes qui me laisse septique. Je me permets de mettre ma touche légèrement critique car dans ton article il y a beaucoup de suppositions et de points de vu mais concrètement connais-tu le programme détaillé de Mr Benkirane?
    Au-delà de l’islam, il y a des hommes dans le nouveau gouvernement avec des études prestigieuses, et une volonté importante de lutter contre la corruption.
    Si le peuple a choisi ce parti c’est qu’il y avait un gros problème de "débauche" dans le pays. Et donc, je respecte ce choix car avant de soutenir le roi ou un parti, je soutien le peuple.
    Avoir peur? Non! Car la seule peur qu’on porte c’est auprès d’Allah…Ce parti ne se cache pas derrière une religion mais essaie de mettre en avant l’honnêté et la sincérité sans tricher. Et les premières têtes tombent peu à peu (6 gendarmes corrompu condamnés, en ancien député corrompu condamné…)
    Les choses bougent et il faut accepter le changement pour aller de l’avant peu importe les doutes.

    Et je voudrais profiter de changement. Je compte écrire une lettre concernant Ahermoumou, je te propose de te joindre à moi pour des idées pour faire évoluer la petite ville oublié. En effet, je peux prendre contact indirectement avec Mr Boulif le nouveau ministre du développement et chef du gouvernement.

    Farida

    • Bonjour Farida,
      Merci pour ton commentaire. Bien sûr, jai été voir quel avait été son parcours avant d’écrire l’article car il est très facile de s’arrêter aux articles anti-Benkirane. Malheureusement pour ma part, je n’ai pas été séduite par l’homme, par ses présences au cours des débats également, par sa manière de s’exprimer de façon agressive par moments. Mais il est très naturel je trouve aussi justement dans ces mêmes débats, il ne se cache pas derrière de beaux discours.
      Aujourd’hui il est clair que si le peuple s’est tourné vers cet homme et son parti c’est qu’ils représentent ce que les Marocains veulent, à savoir une fin de la corruption, des privilèges. Ils reflétent la religion d’état, ce qui représente la population marocaine elle-même.
      Cependant ils ne représentent pas complétement l’identité du pays lorsqu’il vient fustiger les Berbères en comparant par exemple leur alphabet à du chinois alors que l’on connait tout le travail effectué aux cours de ces dernières années afin d’inclure les Berbères dans la vie publique.
      Certes il représente Allah, l’Islam mais on ne peut pas dire Amen à tout ce qu’il propose et on sait que le premier barrage sera le roi Mohammed VI lui même.
      Penses-tu que TRES GROS changements il va y avoir au Maroc, sachant que la royauté reste sur ses pas afin de suivre ce qu’il fait ? Il a pris du temps pour composer son gouvernement. Certains membres sont issus de son parti, d’autres non, ce qui prouve une ouverture mais qui prouve aussi que le roi garde un oeil sur sa manière de faire.
      Le PJD en tête du gouvernement durera-t-il longtemps ? Je reste sceptique.
      Pour Ahermoumou, je suis dispo sans aucun problème même avec très grand plaisir !!!

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