07/02/2011 – Les messagers de la Place Tahrir

« Puis comme veut la coutume chez les Musulmans, le muezzin appela à la prière. » [Salwa Bakr] – Extrait des Messagers du Nil

Depuis le 25 Janvier, les Egyptiens crient publiquement à Moubarak de « dégager », transformant la Place de la Libération en un lieu symbolique. Ils y campent avec un leitmotiv commun, ils ne partiront que lorsque le Rais lui-même aura quitté le pouvoir. A 23 heures, ce 1er février, quand Moubarak parle, Moubarak ne convainc pas. Passer par un discours patriotique n’est pas la méthode à utiliser afin que les Egyptiens rentrent chez eux. Pourtant, ces Egyptiens portent aussi leur patrie dans leurs cœurs et c’est pour la protéger qu’ils défilent. Les déclarations du président les laissent insatisfaits. Il dit ne pas se représenter aux prochaines présidentielles, décision apparemment prise avant même que ne commencent les heurts. Ne pas être candidat pour mieux imposer son président ? Il y a quelque temps encore, la presse parlait de son fils Gamal pour sa succession. Moubarak concevait donc l’Egypte comme une monarchie. Où est passée la république ?

Diviser pour finalement mal régner.
Les images des rassemblements Place Tahrir diffusées sur Al Jazira et France 24, les photographies partagées sur Twitter ne laissent pas de doute : les Egyptiens sont unis. Organisés, ils s’assurent du maintien de cette ambiance de paix dans laquelle ils manifestent. Ils procédent à des contrôles d’identité, interdisent le port d’armes sur la place. Jusqu’à ce que le monde entier soit témoin d’une bataille dans les rues du Caire. Les pro-Moubarak contre les anti. Les fidèles du monarque restés étrangement mués depuis le début des manifestations débarquent et veulent en découdre. Ils se seraient donc réveillés, armés de gourdins, pierres, couteaux… Les pavés des trottoirs servant même de projectiles. Les antennes paraboliques tombant même des toits pour viser les manifestants plus bas. Aussi bas que le coup de trafalgar joué par Moubarak ? Dans la cavalcade d’émeutiers à cheval, sur des… chameaux se trouvent des policiers en civil. Les soi-disant pro-Moubarak avouent après coup avoir été payés pour être là. Pour sa part, le journaliste Charles Enderlin, chef du bureau de France 2 à Tel Aviv, précise que dans son hôtel l’un des employés qui hier encore scandait que Moubarak devait partir, était passé dans le camp adverse. Retournement de veste à coup de livres. Moubarak s’est ridiculisé. Une raison supplémentaire de demander une transition.  Une raison de plus de dire « dégage » à celui qui ligue ses citoyens les uns contre les autres !

La croix et le croissant.
Ces messagers de la Place Tahrir, ces irréductibles de la liberté ont une immense particularité. Au-delà de ce combat, ils donnent une leçon au monde. Tandis que l’Egypte est sans cesse liée aux Frères Musulmans, donnant l’impression que la seule alternative à l’islamisme, qu’ils peuvent représenter, n’est que le pouvoir en place, elle a regroupé deux communautés : les Coptes et les Musulmans. Sans se soucier de leurs barbes, de leurs voiles, de leurs croix, des noms qu’ils peuvent donner à Dieu, quand les uns étaient en prière dans la rue, les autres les ont protégés formant une chaîne humaine autour d’eux. Une image forte, lourde de sens et qui se laisserait se regarder sans commenter. 

Des fidèles en prière. Des Coptes les entourant

(Merci à @lili_tigresse pour le lien)
Photo prise par @Nevine Zaki :
http://yfrog.com/h02gvclj

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