10/01/2011 – Les raisons de la colère

 

« Ils ne peuvent pas nous anéantir, ils ne peuvent pas nous écraser. Nous continuerons pour toujours Pa, parce que nous sommes le peuple. » [John Steinbeck ] – Extrait des Raisins de la Colère

 

Au Maghreb, nombreux sont ceux à avoir et à vouloir « brûler ». Nombreux sont ceux en quête de traversée de la mer pour rallier l’Europe et des jours meilleurs. En pateras, sur des bateaux de pêche surchargés, ils s’en vont afin de gagner leurs vies plutôt que de tenir les murs. Mais ce « brûler » a aussi un autre sens. Une signification propre.

Ce 17 décembre 2010, du côté de Sidi Bouzid, Mohamed Bouaziz, 26 ans, décide de l’illustrer. Le monde prépare Noël, lui s’asperge d’essence. Il s’immole par le feu, devient une torche humaine. Qu’est ce qui pousse un être humain à en venir à ce geste, à se faire souffrir ? Qu’est ce qui le pousse à aller directement à la mort ? Le désespoir, le ras-le-bol, l’injustice, la colère même. Diplômé, il est vendeur ambulant de fruits et légumes. Sans autorisation pour cette activité, ses marchandises sont confisquées par la police. La perte de son unique outil de travail le mène au suicide, un moyen pour se faire entendre. Alors le peuple déferle dans les rues et d’autres sacrifient à nouveau leurs vies. La Tunisie est en ébullition. Jeunes au chômage, avocats, enseignants… les Tunisiens se rebellent, non sans se faire mater . Les libertés sont dans l’étau de la dictature. La censure est lâchée. France 24, Facebook, Twitter en deviennent inaccessibles. Des arrestations de bloggeurs ont lieu. Un rappeur fait les frais de la répression. Le groupe Anonymous « cyber-attaque » les sites ministériels. Le peuple est une armée ! Le président parle d’une « minorité d’extrémistes ». Fait-elle partie de cette majorité avoisinant les 100% qui l’a réélu ?

Un vent souffle et propage cette vague de rébellion de l’autre côté de la frontière, en terre algérienne. Alger, Oran, Annaba… Bâtons contre canons à eau. Pierres contre bombes lacrymo’. On ne peut rien enlever à ceux qui n’ont pas grand chose. On casse, brûle. Le prix des denrées alimentaires a mis le feu aux poudres. Le chômage qui persiste est évidemment au premier plan. C’est le mal-être, le mal-vivre qui parlent. L’Algérie a du pétrole, à qui profite les retombées économiques ? Les diplômés ont hérité de la précarité. Ces jeunes veulent du changement, les saccages sont leurs modes opératoires. Les Algériens paraissent plus violents que les Tunisiens mais ont aussi leur premier martyr, un jeune de 18 ans tué par balle. En suivront d’autres. Est-ce le prix du progrès, le prix de l’avènement d’un nouveau Maghreb ?

Et le Maghreb, c’est aussi trois pays. Alors, il est légitime de se demander si la tempête frappera le Maroc. Un autre Sidi Ifni comme en 2008 se passera-t-il ? Il suffirait d’un événement pour que tout un pays s’embrase. Pourtant des trois, le royaume chérifien reste le plus stable. Néanmoins, des jeunes diplômes sans emploi y existent aussi. Les mêmes qui demandent à ce qu’on se préoccupe d’eux en Algérie et Tunisie voisines. Les contagions n’ont pas de frontières. Ce ne sont pas les premières manifestations maghrébines et ce ne seront pas les dernières ! Parce que le peuple aura toujours des choses à revendiquer. Muselé certes mais bouillonnant de l’intérieur.

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