12/03/2012 – 6 mai 2007, quand Sarkozy était élu…

On se souvient de ce 6 mai 2007 lorsque les télévisions françaises dévoilaient le visage de celui qui avait réussi à briguer un mandat de 5 ans. Certains se sont considérés comme ayant justement pris 5 ans, Sarkozy ne correspondant pas à leur candidat favori. Qu’est ce qu’on sentit les citoyens français ? Comment ont-ils vécu ce 6 mai 2007, avec la famille, des amis peut être ? Voici ce 6 mai 2007 aux détails près pour certains électeurs.

Près de l’Atlantique
Claire, du côté sud ouest de la France, se souvient s’être trouvée avec  son mari, chez sa grand-mère ce dimanche-là. A l’époque, c’est là qu’ils habitent, depuis trois ans, car leur propre appartement est inhabitable. Sous le même toit, ce sont trois caractères bien différents qui cohabitent. « Ma grand-mère avait voté Giscard d’Estaing et Chirac toute sa vie en cachette de mon grand-père. Lui, estimait qu’elle était incapable de voter et il lui préparait son enveloppe avec à l’intérieur un bulletin du Front National qu’elle remplaçait une fois seule dans l’isoloir.» Dans les faits, ce grand-père n’est pas raciste mais orphelin de mère et engagé comme mousse vers 13 ans, puis militaire. Son éducation s’est faite par l’armée. « En 2007, je ne sais pas ce qu’elle a voté. Il ne semble pas qu’elle ait choisi Nicolas Sarkozy. Ca je ne le saurai jamais. Peut-être qu’elle m’avait dit ne pas avoir fait ce choix uniquement pour couper court à notre discussion sur le sujet. C’est  vrai qu’elle préfère parler de son jardin, de cuisine, du ménage. » Le mari de Claire a lui été éduqué dans une famille au sein de laquelle on ne parle pas de politique. Son vote se fait en fonction de ses convictions et une fois les échéances électorales importantes passées, lui même passe à autre chose. « Pour moi, parler politique est presque viscéral alors lorsque j’ai besoin de débattre, d’analyser, mon mari joue le jeu. » Ainsi lors de 6 mai 2007, à l’annonce du « verdict », Claire voit le tout comme une mauvaise nouvelle à laquelle pourtant elle s’attendait tout en espérant un miracle possiblement.  « J’étais abattue avec plus envie de grand chose, une grosse envie de me disputer avec Patrick ou ma grand-maman parce que leur sérénité me faisait me sentir encore plus mal et que j’avais l’impression qu’ils adhéraient parce qu’ils n’avaient pas mal. Ils sont d’ailleurs allés rapidement se coucher et moi je suis restée et j’ai eu un mal fou à m’endormir ! » Elle l’avoue, si Ségolène Royale était passée devant Sarkozy, elle n’aurait pas été très enthousiaste car elle juge que cette femme politique est « à la Gauche ce que la Vache qui Rit est au fromage. » Claire se souvient aussi de la manière utilisée afin de fêter cette victoire de la part de l’UMP. « Le coup de Mireille Mathieu chantant « que la paix soit sur le monde », le Fouquet’s et tout le reste non ! C’était vraiment le pompon et j’avais l’impression qu’on avait fait un bond en arrière. » Dans les jours qui suivent, Claire ne se remet décidément pas même si elle sourit en écoutant les sketchs de Didier Porte au sujet de Nicolas Sarkozy. «La semaine suivante, chez ma belle famille en Allemagne, il y a même eu un clash autour de cette Présidentielle. Je ne partage pas l’opinion de ma belle-famille mais elle pensait que mes convictions étaient les mêmes. Alors j’ai eu le droit à une réflexion tranchante…  Ma belle-mère m’avait demandé si je ne pensais pas que mon mari me quitterait étant donné que mes opinions n’étaient pas du tout les mêmes que celles de ma belle-famille.» Ce 6 mai et tous les jours qui ont suivi, Claire s’en souvient donc beaucoup puisque cela a causé des tensions familiales. Elle conclue en indiquant que oui, ses craintes étaient fondées.

De l’Atlantique à la Réunion
Du côté de l’Ile de la Réunion, Patryck se souvient. En 2007, il est proviseur et le dimanche 6 mai, dans le périmètre des logements de fonction du lycée où il habite entouré de ses adjoints, ils vont tous allés voter,  les uns après les autres. « La majorité des membres de mon équipe et de leurs conjoints espéraient une victoire socialiste avec Ségolène Royal, sans pourtant trop y croire. » Cependant au soir de ce dimanche 6  mai, lorsque c’est le visage de Nicolas Sarkozy qui est apparu sur les écrans, tard le soir à cause des deux heures de décalage horaire, des cris de colère mélangée à de la déception ont parcouru tout le petit quartier résidentiel. « Nous savions que la politique que le nouveau président et l’UMP comptaient mettre en place allait avoir pour objectif le démantèlement des services publics, la désintégration des acquis sociaux gagnés de haute lutte par notre propre militantisme et par l’opiniâtreté et le courage des générations précédentes de travailleurs, et le transfert d’une part maximale des profits du travail vers la caste financière et industrielle née de la dérégulation des marchés, au détriment des classes pauvres et moyennes.» En conséquence, dés l’annonce de la victoire de la Droite, Patryck était préparé comme tous ces autres citoyens qui l’entouraient. Résister a ainsi été le maître mot, en se promettant de montrer pendant 5 ans à ceux qui venaient de voter pour l’UMP et pour Sarkozy qu’ils avaient commis une grave erreur. « Je pense qu’un grand nombre de nos concitoyens a compris que ce quinquennat a été un désastre pour le peuple et pour le pays.»

De la Réunion à l’Allemagne
Le 6 mai 2007, Isabelle était à Aurich, une ville qu’il faut situer au nord de la Basse-Saxe en Allemagne. « Cette commune compte une importante entreprise de fabrication d’éoliennes. D’ailleurs, ceci a considérablement enrichi Aurich. On pourrait dire que le vent souffle et que les 4×4 fleurissent. » Le 6 mai 2007, une amie française l’invite chez elle, elles passeront cette soirée du second tour à deux. Isabelle a, comme elle dit, « bravé» des heures de train et de bus pour rejoindre cette petite enclave dorée. Le premier tour c’était passé à Cologne pour elle avec un groupe plus important et d’une manière plus animée. « Le résultat de ce premier tour nous avait laissé un espoir qui s’est envolé au cours de l’entre-deux tour notamment à la suite du débat télévisé entre Royal et Sarkozy. Une grande partie des Allemands l’avaient suivi. » Isabelle se souvient du lendemain lorsque ses collègues commentaient la situation d’un air désolé. « Ils se passionnaient toutefois, il faut le dire, davantage pour la grâce de la candidate que pour le fond du débat. L’Histoire nous prouve d’ailleurs en ce moment que des hanches bien moins fines et des tailleurs démodés laissent parfois une marque plus durable. » Ce 6 mai 2007, il y avait de l’air, beaucoup d’air. Les éoliennes, le vent de la Mer du Nord et puis les désillusions. « J’étouffais malgré tout cet air avant même les résultats. » Dans l’après-midi, elle et son amie s’en vont faire des courses. « Nous avons passé du temps à choisir les ingrédients pour le repas, nous avons passé du temps à cuisiner en rentrant. Cependant nous avons peu mangé. »  A deux, elles regardent passer le temps en discutant énormément sur le sens qu’elles veulent donner à leur vie depuis cette région si lointaine de la patrie dans laquelle elles votent par procuration. « Puis le soir, nous avons vaguement allumé la télévision pour entériner ce que nous sachions être un état de fait depuis quelques jours déjà. A ce moment-là, j’ai eu peur, aussi puéril que cela puisse paraître. J’ai eu envie de fuir sur place. Je me rappelle avoir commencé à penser rester en Allemagne à l’issu de mon contrat de travail. » Même si cela peut sembler fou, elle se dit que si jamais la situation tournait mal, elle aurait la possibilité de rester là ou alors au moins d’y revenir un jour du fait des contacts noués et de la langue acquise. « Penser ainsi était très égoïste et je m’en suis voulue par la suite. »  Et puis, Isabelle et son amie sont reparties dans leurs introspections… jugées nécessaires. « En résumé, ce deuxième tour a été morose parce que je me sentais impuissante si loin, en même temps habitée par une sorte d’énergie. Celle qui vient avant la lutte. Je crois paradoxalement avoir grandi ce soir-là. »


De l’Allemagne à Saint-Germain-des-Près

Dans l’ambiance parisienne, Anouar n’a pas été marqué par le résultat de ces élections mais par la campagne dans son ensemble. « J’ai eu comme l’impression que l’histoire de la vie politique française depuis l’avènement de Vème République était en passe de connaître une véritable rupture. Cette rupture tenait aussi bien au profil des deux candidats en lice au second tour qu’au discours politique de campagne. » Contrairement aux précédents aspirants à la magistrature suprême, ce sont deux jeunes candidats qui s’affrontent, d’après ses mots. Des personnalités affirmées, dans l’air du temps et en phase avec une société mouvante prête à oublier l’austérité bourgeoise d’un Giscard D’Estaing ou d’un couple faussement exemplaire d’un Chirac pour préférer un homme trompé et une femme mal aimée dont les vies privées étaient aussi publiques que leurs programmes de campagne. « D’un côté, il y avait Ségolène Royale, première femme candidate qui atteint le deuxième tour des élections présidentielles. Face à elle, un homme, Nicolas Sarkozy, un fils d’immigré hongrois en passe de rejoindre le saint des saints de la République après une ascension sociale digne du « rêve américain». Une rupture par l’égo. » Anouar se souvient des élections présidentielles de 2007 comme une rupture dans le discours. « Tous ces longs discours fleuves du Général de Gaulle n’étaient plus ! Vive l’anaphore, la scénographie, la séduction. L’intrusion du marketing politique dans la politique  était plus forte. Royal faisait appel à l’émotion et au désir politiques. Sarkozy avait un discours volontariste d’homme fort capable de « redresser » la France aux tonalités bonapartistes. » Quelque soit le résultat alors, Anouar sait déjà que l’on tourne une page de la vie politique française. « Le résultat, je l’ai vécu à Saint-Germain-des Prés avec des amis. Nous n’étions pas loin de Solferino. Une amie encartée au Parti Socialiste nous a proposé de passer voir si « quelque chose se passait». Devant le siège du Parti Socialiste, je me souviens de la foule de militants et de sympathisants attristés par le résultat. » Quelques minutes après leur arrivée sur place, la candidate malheureuse vient saluer les soutiens présents sur place. « De blanc vêtue telle une madone, elle a harangué la foule du haut du balcon. J’ai été surpris par cette image. Elle ne semblait pas abattue, bien au contraire. » Elle lui parait confiante et souriante. « Ségolène Royal était déjà dans le moment d’après en faisant la promesse d’être au rendez-vous pour une victoire prochaine. » D’aucuns estimeront qu’elle n’est pas en phase avec la réalité, d’autres au contraire y verront la trace de la combattivité politique.

De la région parisienne à l’Ain
« Le 6 mai 2007 ne m’a pas fait un grand effet car j’étais sûr que Nicolas Sarkozy serait élu », explique Grégory. En voyant tous ces différents meetings du Parti Socialiste, de la Droite, du Centre, des Extrêmes, dans le fond et dans la forme, Sarkozy se démarque tellement. « Qu’il s’agisse d’un parti de Droite ne m’a pas non plus choqué car c’était le programme le plus élaboré. Et puis l’UMP n’est pas l’extrême. »  Pour lui de toute façon, Droite et Gauche sont les mêmes car il n’y a plus de personnalité au service de la démocratie mais des hommes en quête de pouvoir et reconnaissance. « Alors ce dimanche, je l’ai très bien vécu, une journée au cours de laquelle je n’étais pas dans l’impatience de connaître le nouveau président. J’étais chez moi, de retour d’un match de football et j’ai simplement vu comme tout le monde que le prochain président était Nicolas Sarkozy. » Tous ces directs lui ont prouvé que le président serait basé sur l’apparence et donc bien loin du peuple, très près des investisseurs.

De l’Ain à la Guyane
Une autre Isabelle a aussi vécu le second tour de la Présidentielle. Celle-ci se trouve dans une petite ville de la Guyane. « Toute la journée j’ai tenu le bureau de vote. Et il y avait beaucoup d’affluence. La queue sortait de la salle des délibérations et s’étendait dans le hall du bâtiment, jusque dans les escaliers. » Les jeunes ont répondu à l’appel et sont allés voter en masse. Alors aucune minute de repos ! « A la fin de la journée, le maire est venu faire un tour afin de nous saluer et plaisanter. Moi, j’étais totalement impatiente, Monsieur le Maire complétement détendu. » Nicolas Sarkozy, depuis son entrée en politique et l’affaire la prise d’otages de Neuilly, la révulse par ses procédés et n’a aucune confiance en lui. « Le Maire m’avait proposé de lire les derniers sondages. J’étais étonnée par ce qu’il me disait puisque sauf  à avoir du haut débit et une connexion Internet avec la Suisse, il était simplement impossible de savoir quoique ce soit en ce samedi (avec le décalage horaire, les élections ont lieu samedi dans les DOM). »Intriguée, Isabelle le suit alors vers une petite pièce gardée par un policier municipal. A l’intérieur de celle-ci se trouvent d’immenses sacs poubelles noirs dans lesquels se trouvent les bulletins qui n’ont pas été choisis. Il lui suffit alors d’étudier le contenu du premier sac pour être fixée. « C’était le sondage poubelle ! » Sarkozy était battu par Royal. « Il nous a fallu attendre plus de 24 heures pour avoir les résultats de la métropole. » Le dimanche, elle passe alors la soirée chez des amis, comme elle radicalement opposés à la candidature de Sarkozy. La connexion Internet est meilleure que la veille et tous se connectent alors sur les sites suisses et belges.  Il reste peu d’espoir de gagner. Les résultats tombent. Les commentaires aussi. « 5 ans ! Comment allons-nous tenir avec cette équipe de « branquignoles » au pouvoir  ? Dans quel état sera la France en 2012 ? »

De la Guyane à la Suisse
« Le soir de la victoire de Sarkozy ? Ce fameux 6 mai 2007… Quelle déception ! » Nadia a mis beaucoup d’espoir en la personne de la candidate féminine. « Je me souviens de l’entre deux tours. Nous étions entre français pour une soirée pizza et nous avons regardé le débat entre les deux candidats. Nous étions convaincus que Ségo était la meilleure candidate pour représenter la France. » Ce soir, il y a beaucoup d’échanges sur la force, la ténacité de la candidate socialiste. « Sarko était juste fébrile, fragile et sans grande émotion. » Le dimanche de sa victoire, Nadia a senti un vide immense. Tous ces mois d’attente tombés aux oubliettes. « Je ne sais plus où je me trouvais précisément au moment de l’annonce, à croire que j’ai volontairement effacé ce passage de ma mémoire. » Le seul souvenir qui lui reste est qu’elle était face à son écran de télévision et que longtemps elle a guetté l’apparition de l’ancienne favorite au balcon de la rue Solferino. « Peut être que j’avais envie de lui témoigner ma sympathie, mon soutien. J’ai zappé toutes les chaînes focalisées sur Sarko heureux, se rendant dans un resto des plus huppés : le Fouquet’s. Je me souviens aussi de Faudel qui vendait sa carrière au diable en chantant pour l’élu du moment. » De cette soirée, en tout cas, de cette victoire, Nadia ne veut plus !

Qu’importe le lieu, la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 n’a pas semblé réjouir tous ces Français ! Comment sera alors le 6 mai 2012 ?

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