15/01/2011 – La Révolution du Jasmin

 « Très peu de cause peut avoir beaucoup d’effet. » [Bernard Werber ] – Extrait de la Révolution des Fourmis

 

Si l’Histoire devait retenir un nom, ce serait celui de Mohamed Bouazizi. Un jeune qui par la flamme aura écrit à sa manière les premières lignes dans le livre de la nouvelle Tunisie. Des mots teintés de sang, aux odeurs incendiaires. Des mots déliés de leurs chaînes et prônant le droit à la vie.

Si l’Histoire devait retenir un lieu elle se souviendrait d’une place à Sidi Bouzid. Elle se redessinerait un stand de fruits et légumes. Résonnerait dans sa tête la voix d’un vendeur à la criée réclamant une marchandise qu’on vient de lui confisquer.

Si l’Histoire devait retenir une date, elle en désignerait une seule. Ce serait le 17 décembre 2010 lorsque le désespoir d’un grand Homme est venu entacher le costume trois pièces d’un dirigeant à la main de fer.

Si l’Histoire devait retenir une victoire, elle crierait : 14 JANVIER 2011. Elle ferait des comparaisons avec la France et la fin de la monarchie . Elle dirait qu’il n’aurait manqué que la guillotine pour faire à des dirigeants ce qui était arrivé à Marie-Antoinette et à Louis XVI.

Si l’Histoire devait retenir un mot, il serait liberté. Elle revendiquerait le droit à la parole, à l’expression des opinions. Elle y ajouterait indépendance et verrait que les Hommes en sont à la recherche depuis tellement d’années.

Si l’Histoire devait donner une leçon, elle s’adresserait au monde arabe. Elle lui dirait de cesser corruption et vols. Elle prônerait le partage des richesses, pas dans le but de vaincre le capitalisme, non ! Elle demanderait simplement d’être équitable et de cesser de prendre son peuple pour ce qu’il n’est pas. Elle lui demanderait d’ouvrir les yeux et d’assouvir les désirs de ses enfants qui préfèrent rêver d’ailleurs quand leurs propres pays préfèrent, eux, les ignorer.

Si l’Histoire devait se tourner vers l’Occident, elle lui dirait de regarder et d’avoir honte. Elle lui reprocherait le « deux poids, deux mesures » et de défendre ses propres intérêts quand certains tombent sous les balles. Elle lui dirait que si à ses yeux un mois en Tunisie signifie plages et hôtels, il a été pour les Tunisiens un moyen de se réapproprier le destin.

Si l’Histoire devait être émue, elle verserait des larmes. Parce que dans ses livres d’école sera ajouté le nom de Mohamed Bouazizi, un de ces Hommes de l’ombre, qui par un geste pouvant paraître insignifiant au début, a redistribué les cartes.

Si l’Histoire devait en venir à l’évidence, elle dirait simplement qu’il suffit d’un rien pour faire changer les choses. Elle indiquerait que les dirigeants au pouvoir ne sont que des êtres humains qu’un peuple soudé peut renverser. Le pouvoir est à la rue et lorsque celle-ci hurle, les gouverneurs deviennent lâches !

Si l’Histoire devait avoir le dernier mot, elle choisirait : BRAVO. Elle serrerait la main de chaque tunisien, insistant sur le fait que certes un flottement règne mais que c’est avec le temps et ensemble qu’ils écriront les chapitres .

(édito publié avec un peu d’avance…)

4 réflexions sur “15/01/2011 – La Révolution du Jasmin

  1. C’est très très beau ce que vous écrivez, mais pourquoi semblez vous avoir un peu peur de dire que c’est bien le capitalisme qu’il faut détruire ? Car c’est bien lui qui produit tous les jours des Bouazizi, qui se meurent parfois un peu plus lentement seulement, tous les jours dans le monde, de l’Irak à l’Afghanistan, des hospices de banlieues aux bidonvilles de Haïti, de Gaza au Congo, des cartons à la sortie de la bouche de métro à la cité des morts du Caire …"Le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage" (Jean Jaurés qui fut assassiné pour avoir dit ces mots). La guerre, elle commence avant "la guerre", elle commence quand les riches et les puissants font la guerre aux pauvres et aux travailleurs pour tout leur prendre. Le prophète a interdit l’économie usuraire (Ribah), et sans usure, il n’y a plus de capitalisme, car il n’y a plus de spéculation et donc de bourse, et donc de capitalisme. Quant à la Révolution tunisienne (et arabe), elle ne fait que (re)-commencer, elle ne peut que se poursuivre pour atteindre les nouveaux Louis XVI, Nicolas II ou Faycal d’Irak bien sûr, mais aussi tous leurs exécutants aussi, qui sont toujours en place et aux ordres des puissants de ce monde …qui vacille.
    Merci aux Tunisiens pour avoir redonné l’espoir aux peuples du monde ! Merci à Muhammad Bouazizi pour avoir rendu leur dignité à ceux qui sont les fils et les filles d’Adam !

    • Bonjour,
      Merci pour votre commentaire d’abord.
      Utilisez un "non !" n’est pas une peur. J’ai bien conscience que le capitalisme est à la base de tout un système mondial. A mes yeux, entre le capitalisme (le tronc) et la corruption (une branche), c’est cette dernière qui peut être combattue "plus facilement". Est ce que les habitants des pays arabes (et les autres également) quand ils doivent payer pour avoir un emploi pointent du doigt le capitalisme ou les gens corrompus ? C’est ce que je me suis demandée tout simplement.

      La Tunisie a donné une grande leçon au monde en tout cas.

  2. "Elle dirait qu’il n’aurait manqué que la guillotine pour faire à des dirigeants ce qui était arrivé à Marie-Antoinette et au Roi Soleil."
    Marie-Antoinette était mariée à Louis XVI, pas au Roi Soleil, à savoir Louis XIV.

    Pour que l’Histoire ait meilleure mémoire, et ne soit, en rien entâchée ;)

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