16/04/2012 – La Présidentielle et les expatriés en Suisse, Espagne, Egypte et Australie

Au delà des frontières de l’Hexagone, les Français s’apprêtent aussi à glisser le fameux bulletin dans l’urne. En Suisse, en Espagne, en Egypte et en Australie mais aussi partout dans le monde, les expatriés se préparent. Intéressant alors de savoir comment est ce qu’ils ont vécu ce quinquennat et surtout leur vision des cinq années à venir.

De Lausanne à Barcelone
Le 6 mai 2007, Laurent n’était pas allé aux urnes. Ce n’est pas pour autant qu’il n’a pas analysé ces cinq ans. A ses yeux, le plus marquant est la fameuse phrase « Casse toi pauvre con ». L’intervention militaire en Libye a aussi laissé une marque dans son esprit. La plus grosse déception réside dans l’augmentation importante de la dette publique. Le prochain président devra poursuivre ce qui a été mis en place. « Le mieux à même de suivre cet objectif est Sarkozy car cela permettrait de ne pas avoir trop de changement pour le pays et surtout d’avoir une continuité. » Le jour des votes, il sera au bureau de votes, entre Lausanne et Genève. A des milliers de kilomètres de là, c’est à Barcelone qu’était Sabine le 6 mai 2007. Depuis l’Espagne, elle a été marquée par le mariage avec Carla Bruni. D’ailleurs, le fait de gagner les élections et d’annoncer sa séparation d’avec Cécilia Sarkozy, quelques semaines après, a été surprenant pour elle. Quant au président qui viendra, il aura dans ses dossiers la création d’emplois. Enfin, l’élection se fera avec Sabine. « Les 22 avril et 6 mai, je serai à Barcelone, je voterai. »

Au pays des Pyramides égyptiennes
Linda, nouvellement installée en Egypte, voyait l’élection de Sarkozy comme une très grosse déception. « C’était le début de cinq ans de gesticulation politique surtout que j’avais voté Ségolène Royal au second tour, sans vraie conviction. A ce qui parait, ça allait éviter la catastrophe. Le face à face Sarko-Ségo ressemblait au remake du Chirac-Le Pen en 2002. » Comme de nombreux Français, elle n’oublie pas le « Casse toi pauvre con ». Elle l’avoue, elle n’est pas « calée » en politique et la chasse aux Roms aussi bien que la crise ont été les choses les plus graves. La question sociale a aussi eu un rôle à jouer. « Le pouvoir d’achat, les salaires… Le gouvernement de la diversité également est un vrai échec. Utiliser des figures comme Rachida, Fadela, Rama ne suffit pas pour régler la question de la représentation des Français dans le paysage politique ». Selon elle, ces femmes ont été des figurantes comme dans un film. « Généralement, on est toujours plus intéressé par les dérapages de nos chers guignols de ministres que par les réformes effectives. » La pile de dossiers du futur président est assez importante : sortir la France de sa précarité en terme d’économie et de logements et s’occuper de l’éducation. « Il faudrait revoir les programmes à l’école surtout en Histoire. Un exemple ? On entend trop souvent parler de la France judéo-chrétienne et blanche avec une lecture unilatérale de certains événements. Il faudrait plutôt insister sur des discriminations de la part de la France. Le pays est coupable dans l’Histoire. » Afin d’apporter alors sa voix, Linda sera forcément aux urnes les 22 avril et 6 mai prochains en Egypte.

Dans l’hémisphère sud, en Australie
Nicolas, 27 ans, qui vit à Melbourne, espère dire au revoir à Sarkozy et voir la justice se faire lorsque l’immunité présidentielle sera levée. « Je rêve un peu, je m’emballe mais il est toujours question de l’éventuel financement occulte de sa campagne de 2007 avec notamment l’affaire Bettencourt. » Encore et toujours, c’est ce fameux « Casse toi pauvre con » qui ressort le plus. La liste des inoubliables est cependant bien garnie avec tout ce qui a été dit sur l’immigration, mais aussi l’identité nationale et surtout les Roms. « Je pourrais aussi parler de sa manière de faire, ses techniques de communication, la multiplication des effets d’annonces, son occupation de l’espace médiatique… ». Sarkozy a été le président de la rupture en agissant autrement que ses prédécesseurs. Sa plus grosse déception ? « Je suis déçu lorsque je lis ou lorsque j’entends les discours de Sarkozy mais aussi de Hortefeux ou encore Guéant. Il avait été question de certaines civilisations supérieures à d’autres. C’est un appel du pied très explicite aux électeurs du Front National. » La France, l’exilé en Australie la voyait déjà trop raciste. Alors le fait de voir ce racisme être institutionnalisé ou acté, d’une certaine manière, au sommet de l’Etat, le révulse. « Je ne pensais pas qu’on pouvait aller si loin. Ici en Australie, à Melbourne où j’habite, la population est très métissée selon les quartiers. Cependant l’ensemble se mixe en bonne intelligence. Il n’y a pas de méfiance à l’égard de noms exotiques, d’origine étrangère. C’est juste la norme et quelque part, ça fait un bien fou. » Mais l’Australie est loin d’être la France. Evoquer une fierté à présent ? « Je n’en ai pas ! Tout au mieux, peut-être l’idée d’être allé aider les insurgés en Libye. Mais penser de cette manière c’est se raccrocher aux révolutions arabes de façon hypocrite étant donné les propos de Michèle Alliot- Marie au début de la contestation en Tunisie contre Ben Ali. Ajoutons à cela le nettoyage improvisé du site web de l’Elysée dans le but d’effacer les traces de l’accueil chaleureux fait à Kadhafi quelques années plus tôt. » L’ancien étudiant en Sciences Humaines se méfie grandement des sondages et pencherais pour un Hollande président. « Au delà des choix économiques, environnementaux, culturels… pour moi le vivre ensemble est primordial. » Concernant le bulletin qui ira se glisser dans l’urne, Nicolas opte pour Eva Joly. Même si elle n’est créditée que d’un nombre ridicule d’intention de votes à l’heure qu’il est, il veut opter pour le vote de conviction et non celui du calcul. « Ecologie avant tout, solidarité et valeurs de Gauche sans oublier la justice… J’aurais pu voter Jean-Luc Mélenchon, donc le Front de Gauche, mais j’adhère un peu moins au programme. »  Aux prochaines échéances, Nicolas répondra bien évidemment présent. « Ma procuration a été remplie à l’agence Consulaire de Melbourne. Ma mère ira voter pour moi en mon nom. Je vais procéder de la même manière pour les législatives. » Les deux dimanche, il travaillera dans un pub irlandais de Melbourne, tandis que la dernière élection il l’avait vécue à Lyon, alors étudiant en Master de Psychologie. « Etant Nantais, j’avais aussi fait une procuration à ce moment-là. Je ne m’étais pas inscrit sur les listes à Lyon ». Le résultat de l’élection de 2007 l’avait déprimé. « Avec mes amis, on a vu Sarkozy arriver au pouvoir. Enfin, Royal n’était pas non plus très enthousiasmante ! »

Laëtitia, elle aussi résidente en Australie, suit la campagne pour la Présidentielle de bien loin mais elle ne voit pas du tout Sarkozy être reconduit pour cinq ans à ses fonctions. De lui, elle ne retient que des faits divers : son divorce, son mariage avec un top modèle, son souci de l’image. Elle garde aussi en mémoire ses dérapages « Casse toi pauvre con » ou encore « Mourir c’est pas facile », tout cela marié à sa première initiative qui a été d’augmenter son salaire de 100%. « Ca ne l’a jamais rendu crédible à mes yeux. De plus, il a été dans l’incapacité de prendre les bonnes décisions concernant le marché du travail alors que ses premières promesses étaient justement de faire baisser le taux de chômage en France. » Elle utilise le terme « désastre », non par mauvaise volonté mais tout simplement parce qu’elle ne voit pas en quoi elle pourrait être fière de l’avoir eu pour président. « Pourtant j’ai beaucoup de mal à suivre les affaires politiques de mon pays depuis l’Australie. Je ne vais pas directement m’informer en lisant des articles de presse ou alors en regardant des émissions politiques. D’ailleurs, c’est marrant, certains Australiens avec qui j’ai eu l’occasion de parler de la Présidentielle française n’avaient pas le nom du président en tête mais tous savaient qu’il était marié à Carla Bruni. Ce qu’ils suivent c’est surtout l’état de la crise en Europe même si leur pays n’est pas véritablement touché. Ils craignent les répercussions. » Laëtitia n’est guère sûre du futur dirigeant français. « Ici j’écoute les Français en parler. Je préfère avoir leurs opinions que de me laisser manipuler par les médias. On peut dire que je suis une proie facile dans la mesure où je ne connais pas grand chose en politique. » Cependant la jeune Française ne …votera pas ! « Je tiens à m’en expliquer. Je suis loin de trouver ça bien mais si je le fais c’est simplement parce que je ne sais pas du tout à qui donner ma voix. Je n’ai pas d’argument pour justifier de voter pour une personne plutôt qu’une autre. Il est certain par contre que je sais pour qui je ne voterai jamais. A la précédente élection en 2007, j’avais fait la même chose, c’est à dire voter non pas par conviction mais pour voter utile. » Pour elle, c’est comme ne plus avoir le choix finalement. Alors pour les prochaines échéances elle sera simplement à Melbourne après avoir passé 2007 au Pays de Galles pour son année d’échange universitaire. « A l’époque, j’avais suivi les élections et voté…par procuration. »

Lucas avait vécu la victoire de l’UMP en tant qu’étudiant en Première Littéraire au lycée. « J’ai appris les résultats en regardant la télévision familiale. » Cette fois-ci, il lui parait très probable d’assister à sa défaite car le mécontentement est bien trop grand. « Sarkozy a tellement choqué, énervé, agacé. Et au delà de l’homme, je pense que la France est fatiguée de cette crise et a peur de l’avenir. » Alors lorsque la France a peur, elle réclame simplement l’alternance, un réflexe logique. Surpris alors sera Lucas si jamais il voyait un mandat de plus accordé au président actuel. De lui, il retient tellement de dérapages. « Il y a peut-être le « Casse toi pauvre con ». Je crois que ça restera un symbole, non ? Pour le reste, j’ai l’impression que c’est fait marquant sur fait marquant ! » Le jeune Français appelle ça la politique de spectacle avec notamment le traitement des Roms par le biais des figures démoniaques de Hortefeux d’abord et de Besson ensuite à l’immigration. « Ca, c’est marquant ! » Sa plus grosse déception ? Il n’a jamais vraiment attendu quoique ce soit venant de lui. Mais il répond tout de même qu’il n’a pas réussi à résorber les inégalités déjà existantes et la dette monstrueuse de la France. « Son bilan indique qu’il les a encore bien aggravées. » Pour lui, la stagnation peut avoir lieu mais la régression non ! Sa plus grosse fierté ? « Certainement sa gestion de la crise européenne. Mais encore je me demande bien si ce n’était pas que du vent. » Depuis l’Australie, celui qui est encore président est soit inconnu soit alors… une blague ! « A vrai dire, on se moque beaucoup de lui. Il incarne un trait français que les gens aiment bien railler, à savoir l’arrogance. Comme il est petit (à l’image de notre pays, encore une fois), ça devient comique. C’est une incarnation du coq français ! » D’après lui, celui qui gouvernera la France après l’élection sera Hollande avec comme priorité l’ordre social en comblant le fossé des inégalités entre très riches et pauvres. « Je ne dis pas qu’il faut offrir plus d’aides sociales. Il est important de supprimer les protections fiscales dont peuvent bénéficier les fortunés et de taxer bien plus fort les très riches et les grandes entreprises. » L’accès à l’éducation et à la culture peut permettre que tous puissent avoir les mêmes chances, du moins peut être, d’accéder aux hautes sphères. « Au second tour, je voterai Hollande. Pour le premier tour j’hésite entre Mélenchon et Joly. » Lucas est inscrit sur les listes électorales des expatriés alors bien évidemment qu’il ira aux urnes.

Même au plus loin du territoire français, les ressortissants du pays n’ont pas un excellent souvenir de ce quinquennat. Cependant ils comptent bien faire entendre leurs voix !

2 réflexions sur “16/04/2012 – La Présidentielle et les expatriés en Suisse, Espagne, Egypte et Australie

  1. Ping : Le vote des Français de l’étranger peut-il basculer ? | Du bout du monde... au coin de la rue

  2. Laëtitia me fait réagir …

    En quoi votre opinion a t’elle moins de valeur que celle d’un spécialiste en politique ?!
    Il n’y a pas d’échelle de valeur a établir par rapport à une opinion… ! et pas de peur à avoir d’en avoir une, qu’elles qu’en soient les causes !

    "Influencés" on l’est tous forcément ! L’objectivité absolue c’est un mythe…
    Notre opinion est au moins dépendante de "caractéristiques biologiques", de notre éducation et de nos expériences, aussi honnête soit-on intellectuellement.

    Aller voter c’est au moins utile au maintien de la démocratie…

    Il y a une citation de Sartre que j’aime bien qui dit :
    "Etre libre, ce n’est pas pouvoir faire ce que l’on veut, mais c’est vouloir ce que l’on peut."
    Pour moi faire le choix de s’abstenir c’est renoncer un peu à sa liberté.

    Et je ne suis pas d’accord pour dire que "voter utile" au lieu de "voter parce-qu’on adhère" n’est pas un choix.
    Si ça en est un… c’est celui de ne pas laisser le champ libre à ceux pour qui on sait qu’"on ne voterait jamais", d’essayer de faire quelque chose aussi dérisoire cela soit-il ! au moins pour soi, pour sa dignité.

    Allez Laëtitia :-) … faut voter :-) ;-) !

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