21/02/2011 – Cadeau de soi

« Kristofer a fait don de soi, de ses organes. Il n’est pas parti pour rien. Sa mort permettra à d’autres de vivre ». Extrait du Progrès du 16-02-2011

Mort par Laguiole pour un furet !
Un animal trop dérangeant dans le métro. Un passager qui l’indique à son propriétaire. Quelques minutes plus tard, un homme en sang sorti de la rame, qui mourra par la suite à l’Hôpital Edouard Herriot. Dimanche 13 février, aux alentours de 17 heures, c’est ce qu’il s’est donc passé sur la ligne A reliant Vaulx-en-Velin la Soie à Perrache. Un marginal n’apprécie pas les remarques sur son furet et blesse mortellement par arme blanche. Ce n’est que plus tard dans la nuit que l’homme est retrouvé tandis qu’il avait pris la fuite, qui plus est multirécidiviste. Le père de la victime indique dans la presse que son fils n’est pas mort pour rien…

Don de soi
Geste courageux, altruiste et solidaire. Kristofer avait décidé de faire don de ses organes. Une situation dans laquelle déjà durant la vie, la projection dans la mort a lieu. Dés lors que la décision est prise de se faire prélever des organes, on ne s’imagine plus sur Terre. Mais ceux qui restent peuvent-ils réussir à faire le deuil d’une personne partie quand son corps est sous les bistouris ? Finalement il faudrait se détacher de l’enveloppe corporelle, l’âme ayant quitté le corps, l’Homme ne respirant plus. Il faudrait se dire qu’il ne souffrira pas et qu’au contraire son acte généreux signifie beaucoup pour ceux qui attendent un don.  La tristesse n’empêche-t-elle pas de penser ainsi ?

La mort, la continuité de la vie ?
Un bout du défunt vit à travers d’autres coeurs qui battent. Celui qui part meurt et prolonge des vies, redonne goût à l’existence. Pour reprendre ce que disait le père de la victime sur les ondes de la FM (RTL) : « Je veux que mon fils –c’était mon bébé, c’était mon premier (enfant)- laisse quelque chose, qu’il continue à exister au travers de quelqu’un. Et le fait que ses deux poumons aient soigné quelqu’un de la mucoviscidose, le fait que quelqu’un se soit endormi, un soir, avec des tuyaux et des contraintes respiratoires, et que le lendemain il ait pu respirer normalement grâce à mon fils, ça m’aide à accepter sa mort.» Dans chaque geste des greffés, une partie du donneur se trouvera donc. Et si les gens qui connaissent le deuil se retrouvaient en face des receveurs, reconnaitraient-ils vraiment les manières des leurs partis  ?

 

3 réflexions sur “21/02/2011 – Cadeau de soi

  1. Bonjour Siham,
    Je viens de lire le courrier échangé entre vous et Christiane, notre as informatique, nous avions décidé ensemble de vous solliciter…… Du coup , je me suis replongée dans vos éditos du lunDis, je viens de relire Don de soi. Il y a trente ans ….et même un petit peu plus , nous avons perdu un petit garçon âgé d’un an , mort subite due à un AVC….c’est rare , mais ……..
    Les dons d’organes en étaient à leurs débuts, peu de réussites , mais la science progressait…..
    Les médecins ont eu alors l’immense courage de nous demander si nous étions d’accord pour le don des organes de notre petit bonhomme, je ne sais où ils ont puisé une telle détermination devant notre désespoir , mais ils l’ont fait….. nous avons autorisé tous les prélèvements nécessaires pour eux…….une petite fille était en attente de foie….elle n’a pas survécu……mais depuis les greffes de foie sont devenus monnaie courante…. et j’espère que d’autres organes ont permis de faire sourire à nouveau des enfants et leurs parents……
    Nous sommes chrétiens , tous deux , je ne sais où en était "notre religion" il y a trente ans sur les questions des dons , nous ne nous sommes pas posés la question, non par irrespect mais simplement parce que le don est un geste d’Humanité…….. que tout Homme se doit de partager de l’ Amour avec les autres Hommes………cette vérité est trop souvent oubliée ou masquée par des idées politiques ou religieuses…….c’est dommage……. Bien à vous .chantal

    • Bonsoir Chantal
      Merci pour votre commentaire que j’ai trouvé très touchant.
      Votre situation n’a pas dû être facile mais le fait de la raconter permet de voir qu’à cette époque ou à l’heure actuelle, les dons d’organes continuent.
      Je suis d’accord avec vos dernières phrases "Tout homme se doit de partager de l’amour avec les autres Hommes. Cette vérité est trop souvent oubliée ou masquée par des idées politiques ou religieuses". En prenant du recul et en sortant même de cet édito là, je crois que cela se sent de plus en plus en regardant les dernières nouvelles.
      Affaire à suivre…
      A très bientôt j’espère.

  2. Déjà MERCI pour cet article qui permet d’amener naturellement la question du don d’organes sur le tapis.
    Ensuite, je suis d’accord, ce qui rend cette question très difficile c’est le rapport à la mort.
    Sinon pour moi, être soi-même donneur c’est pas "courageux" mais "naturel" parce-que quand ça t’arrive tu es MORT et donc tu ne ressentiras rien, tu ne le sauras même pas d’ailleurs !…, et tes organes ils ne te sont plus nécessaire alors de mon point de vue, c’est évident que "tant mieux s’ils peuvent servir à d’autres !!!".
    Par contre, pour les familles, ça n’est pas pareil ! et pour elles je trouve, oui, que ça l’est "courageux et altruiste". C’est déjà un moment affreux que celui où tu perds un être cher, surtout ton enfant ! et avoir dans ce temps de DOULEUR là, comme l’a eue le père de Kristofer, que je trouve vraiment admirable, la capacité de réaliser qu’il n’y a pas à hésiter pour sauver ou améliorer des vies… ou une seule vie, c’est "wouououh !".
    Le rapport à la mort et à la vie (c’est pareil en fait :-) !) il est différent pour chacun, et il y a des personnes pour qui le MANQUE de la personne est totalement insupportable s’ils n’ont pas un objet à elle, une photo, ou quelque chose à travers de laquelle ils la retrouvent dans leurs souvenirs, et pour eux, c’est héroïque d’accepter de faire don d’une partie du corps qui semble respirer, qu’ils veillent en espérant qu’il va revenir, … et franchement, on ne peut que le comprendre !
    Et c’est pour ça, que si on veut que ses organes soient donnés le cas échéant, qu’ils servent à faire vivre des gens et à ramener le bonheur dans des familles, au lieu d’aller pourrir ou brûler quelque part il faut les conditionner de son vivant pour ne pas rajouter à leur peine le cas échéant !!!
    Leur dire et leur répéter, qu’en acceptant le don à ce moment là, ils ne nous priveront de rien, ils ne nous feront aucun mal, ils ne nous tuerons pas , parce-qu’on sera MORT; qu’on comprend à quel point ça sera dur pour eux, mais que c’est vraiment ce qu’on SOUHAITE et que s’il y a bien une dernière chose qu’ils peuvent faire pour nous à ce moment là, c’est ça ! …et qu’ils soient sûrs d’avoir fait le bon choix.
    Après, je ne sais pas… mais je me dis qu’il y a peut-être aussi des religions qui sont incompatibles avec ça ? et là évidement ça deviendrait limite impossible.
    MERCI encore pour l’occas d’en reparler grâce à ton article.

Une réaction ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s