26/09/2011 – Troy Davis, au bout du couloir de sa vie

La vie de Troy Davis bascule dans la nuit du 19 août 1989 lorsque le policier Mark McPhail perd la sienne par arme à feu à Savannah. Deux ans plus tard, en 1991, le prévenu afro-américain est alors condamné par la justice américaine à la peine capitale. Agé de 23 ans à l’époque, il s’apprête à en passer près de vingt dans la prison de Jackson, en Géorgie. Les témoins sont au nombre de neuf et affirment que l’auteur de ce meurtre n’est autre que Troy Davis. Neuf déclarations contre l’accusé, qui passe ainsi de l’autre côté du monde des libres, dans celui des emprisonnés et surtout des futurs exécutés.  Ce qui l’attend est tout simplement le couloir de la mort, celui où moralement campent les condamnés, ou physiquement restent leurs silhouettes pour une fin certaine sauf rebondissements, révisions des procès, grâces ou simplement réalisation d’une destinée favorable, rarement au bénéfice du doute, la présomption d’innocence n’existant pas  en observant les méthodes policières.

Il y a eu des appels, des procès pour tenter de réviser le verdict, transformant l’affaire Davis en une lutte contre la peine de mort. La culpabilité douteuse s’est peu à peu révélée. Au fur et à mesure des années, des incertitudes ont apparues. Les témoins sont revenus sur leurs déclarations. Sur neuf, ils sont sept dans ce cas-là, presque la totalité. Lors de leurs dépositions, la police aurait fait pression pour que les témoignages aillent contre Troy Davis. Et en dehors des murs de la prison, les partisans montrent leurs soutiens et scandent haut et fort « Trop de doutes, libérez Troy Davis ». L’arme du crime n’a pas été retrouvée, aucune preuve scientifique ne prouve la culpabilité, l’accusation ne tient alors à rien. Que s’est-il vraiment passé ce jour-là ? Qu’importe, au risque de se tromper, machine arrière n’est pas faite, comme cela avait été le cas pour Charles Munsey exécuté pour un crime dont l’auteur s’était manifesté par la suite. Troy Davis a eu trois dates d’exécution différentes en vingt ans. L’homme a bénéficié du soutien de Benoît XVI, de Jimmy Carter, de l’Union Européenne ou encore des 630 000 signataires. Croix autour du cou, il y a certainement cru jusqu’à la fin.

Les Etats-Unis font partie de ces nations dans le monde qui appliquent la peine capitale. Tous les états fédéraux ne sont pas concernés mais dans une majorité ce type de verdict est présent. La mort est encore à l’ordre du jour mettant alors le pays que représente les Etats-Unis au même rang que la Corée du Nord ou l’Iran. 3000 personnes sont à l’heure actuelle dans le couloir de la mort sur le territoire américain. Des affaires totalement incroyables ont déjà engendré des condamnations à la peine capitale. C’est le cas en 1958 lorsque  Jimmy Wilson voit sa vie menacée pour le vol de… moins de deux dollars. L’ombre de la sentence raciste plane alors, la victime étant blanche. L’histoire montre donc l’absurdité de la sentence face aux faits et face aux doutes. Elle est une illustration du « oeil pour oeil, dent pour dent », de la loi du Talion plutôt que de la paix. Ses partisans prennent pour argument « et si un tel a ôté la vie alors pourquoi ne devrait-il pas être condamné ? Pourquoi l’épargner ? ».  Quelle réponse donner à cette question lorsque ceux qui l’ont prononcée ont perdu quelqu’un ? 

Un prisonnier innocent est mort, assassiné par la justice américaine. « Que Dieu ait pitié de vous », a été l’une des dernières phrases de Troy Davis qui a refusé de prendre le fameux dernier repas. A 5 h 08, heure française, d’autres condamnés se sont avancés dans cette longue fil du couloir de la mort, des années et des années à y rester figés dans l’attente au milieu des recours. Et si moratoire il y avait au nom des exécutés à tort, une peine à perpétuité alors pour remplacer la condamnation capitale. Mais dans tout ça, comment doivent se sentir les bourreaux ?

 

Une réflexion sur “26/09/2011 – Troy Davis, au bout du couloir de sa vie

  1. Merci d’en parler.
    Moi le cas Troy Davis il m’a vraiment bouleversée et quand j’ai appris qu’il avait été exécuté en me réveillant jeudi matin, j’ai été envahie par une profonde tristesse avec comme un poids sur la poitrine qui gênait ma respiration.
    Troy Davis, des gens qui se croient des hommes l’ont assassiné.
    « Les bourreaux ? » tu demandais, ben à mon avis ils se sentent très bien et peut-être même fiers d’avoir le courage de faire leur devoir et ce que les autres n’ont pas le courage de faire, qui sait ?
    Mais pour moi, ils sont inhumains :
    comment un homme peut-il donner la mort consciemment à quelqu’un alors qu’il n’est pas dans le feu d’une action ou dans une crise de folie ?
    comment un homme peut-il être capable de ne pas douter que ce qu’il est en train de faire est « juste », quand il s’agit d’exécuter quelqu’un ? (et dans ce cas précis en plus quand il y a de tels doutes ?!)
    Ils ne ressentent pas ce qu’ils partagent avec le condamné : pas de fraternité, pas d’empathie; r-i-e-n !….
    C’est terrifiant de savoir que ces gens ont des familles « normales », votent, et s’il le faut se prétendent croyants !
    Et c’est terrifiant aussi de savoir qu’il y a des tas de gens l’air « bien sous tout rapport », à qui on ne peut pas spécialement reprocher quoi que ce soit, qui ne voient même pas « où est le problème ? » : à qui ça ne fait r-i-e-n !…
    (La famille du défunt ça n’est pas pareil !… car eux, ils vivent à perpétuité avec leur douleur, et eux, je peux les comprendre. Eux ils ressentent pas « rien », ils ressentent quelque chose d’affreux).
    Tout ça, ça me fait penser à la chanson de Chédid « Anne ma soeur Anne » :
    il y a toujours eu et il y aura toujours des gens sans conscience, sans humanité, des cupides, des envieux, des avides de pouvoir, des frustrés, qui ont l’aspect de gens « normaux » mais qui ne sont touchés que par ce qu’il leur arrive directement et qui sont extrêmements dangeureux car haineux et capables des pires atrocités sans que ça leur pose le moindre cas de conscience.
    Je les sens de plus en plus représentés dans la société et avec un certain pouvoir financier; et ça me rend malade…
    Le slogan qu’avaient créés les défenseurs de Troy Davis « we are Troy Davis », il me touche car je le ressens exactement comme ça.

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