« Tu verras Youssef… »

On m’avait dit : « Youssef tu verras, la France c’est bien,
C’est peut être un peu loin mais on n’y manque de rien ».
On m’avait dit : « tu verras, presque tout te tombera du ciel,
Epouse, logement, voiture, boulot : des merveilles ».
On m’avait dit : « tu verras, tu t’y feras super vite »,
A présent sur place c’est fou comme tout m’évite.
J’ai cru au logement jusqu’à entendre un proprio,
Me répondre : « je vous rappellerai j’ai votre numéro »,
J’ai attendu cet appel comme un fou tous les jours,
Mais rien et pour vous dire j’attends toujours.
Par la suite, le boulot, je l’ai cherché, je vous jure,
Mais on m’a dit « c’est calme et pour tout le monde c’est dur ».
Je l’ai maudit cette blonde derrière son bureau,
A l’aise qui m’a sorti ces paroles sans ajouter un mot.
Et j’ai pris sa connerie pour argent comptant,
Parce qu’on m’a dit « compte sur le Pôle Emploi, tu seras gagnant ».
Gagner ? Oui, j’ai gagné c’est sûr le mal du pays,
Du Maroc, où au moins, je pouvais dire c’est ma patrie.
En France, je réside entre un Paul et un Jacques,
Qui boivent du mauvais vin et consomment peut être du crack.
Je ne les côtoie pas mais les vois au foyer Sonacotra,
On se croise, on se salue, on discute des fois.
Ils me racontent leurs divorces, disent qu’ils ont touché le fond.
Ils versent des larmes et moi j’ai l’air trop con.
Les prendre dans mes bras, leur dire de prier Allah,
C’est ce que j’aurais fait si j’étais chez moi.
Je crois qu’ils sont Chrétiens, donnent un autre nom à Dieu,
Alors je leur tends un mouchoir pour qu’ils s’essuient les yeux.
Moi je ne sais pas ce que signifie le mot divorce !
Je suis encore à chercher l’amour qui m’offrira des gosses.
Et qu’on promènera ensemble dans une voiture tant rêvée !
C’est dingue, je n’aurais vraiment jamais dû les écouter,
Ceux et celles qui m’avaient dit « Youssef, allez va en France » !
Je me sens roulé d’avoir laissé les lieux de mon enfance.
J’ai perdu mes repères, je suis loin de mon père, de ma mère.
J’étais débrouillard à Tanger, là mon quotidien n’est que galère.
Quand je souris à des inconnus, ils me prennent pour un fou,
Ils se demandent si j’ai bu, si je suis saoul.
Mais non je suis juste moi, un Méditerranéen,
Je ne cherche pas les histoires, je suis quelqu’un de bien.
Mais j’ai été bête d’écouter ces passeurs :
« Pour quelques billets, on t’emmène au pays du bonheur ».
Je suis arrivé, j’ai eu mes papiers tant mal que mal,
Mais à quoi ça me sert, si quand je démarre ça calle !
Et puis sur Paris en plus ça caille,
Le temps est froid comme ce RER sur ses rails.
Moi qui rêvais d’épouse, d’appartement, d’enfants,
D’un travail dans un bureau avec mon Master obtenu en 2 ans,
Je me retrouve à observer les péniches sur la Seine,
Pensant à mon frère au bled, qui voudrait que je revienne,
Juste pour les vacances car il se marie.
Ca me tue de savoir que lui a tout acquis,
Sans venir ici, en restant au Maroc auprès des nôtres.
Laissant sa place dans cette « patera » à d’autres !
J’ai de plus en plus le sentiment que je n’y arriverai pas,
Car la France ne correspond pas à ces « Youssef tu verras… »

Siham TOUIL

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