Les yeux sur Hamida

     
     Elle arbore un t-shirt sur lequel est écrit BanlieueWeb.fr et a le sourire aux lèvres. Elle, c’est Hamida, 20 ans dont le surnom l’Algérina met en évidence les origines. Etudiante en BTS de Communication, elle met en place un site web dédié à la banlieue et à ses artistes hip-hop, il y a maintenant près d’un an. « L’idée me travaillait depuis pas mal de temps et c’est en discutant avec une amie qu’on a décidé de se lancer. » Le but de cette démarche est surtout de s’intéresser de plus près à certains artistes qui n’ont pas la chance d’être sous les feux des projecteurs. « On essaie de leur tendre une perche. »

On part de rien. 

     La mise en route du site web n’a pas été de tout repos. « On n’avait pas du tout les moyens surtout financiers et d’ailleurs c’est toujours le cas aujourd’hui. » Ainsi, elle a demandé à un ami expérimenté de créer BanlieueWeb.fr et d’en devenir le webmaster. « Dans l’équipe, il y a donc le webmaster, mais également Sabah et Feriel qui sont cameramen, chargées de communication mais aussi amies. Elles sont un peu tout en fait. » On pourrait appeler ça du trois en un et le groupe grandit petit à petit. Au fur et à mesure, il a fallu se faire de la publicité, du buzz parce que Hamida et ses collègues sont partis de zéro. « Hamdoulilah, on a tenu le coup et Dieu nous a facilité la tâche. D’ailleurs, quand on a débuté, on a vraiment fait ça à l’instinct, sans s’être trop préparés. » En s’intéressant un peu plus au site Internet, on peut lire comme slogan « les yeux dans la banlieue ». Quand on demande à Hamida le pourquoi du comment, elle répond : « Ce n’est même pas un clin d’oeil aux « yeux dans les Bleus ». Simplement, c’est le nom d’un cd-mixtape d’un DJ (Goldfingers). On a lu ça et on s’est juste dits « ah ouhais ça s’est parfait, ça nous définit vraiment ». » Cela fait donc maintenant environ un an que l’Algérina va à la rencontre d’artistes. Apparaissant assez relax lors de ses interviews, elle avoue être stressée par nature mais de plus en plus à l’aise, avec l’expérience. Par ailleurs, c’est certainement sa vingtaine qui pourrait la différencier de ceux qui tiennent aussi des blogs ou des sites Internet sur la culture hip-hop. « Oui, c’est ça mais il y a aussi le fait que je sois une femme et puis personne ne nous a aidés pour notre lancement. Il n’y a eu aucun piston si ce n’est quelques artistes qui nous ont soutenus. »

Aller toujours plus loin. 

     Jusqu’à présent, ce sont principalement des hommes et des femmes, évoluant dans le monde de la musique, qui ont été mis en avant sur le site du coeur de la banlieue. Néanmoins, la possibilité de mettre en avant la culture urbaine dans son ensemble (graffeurs, écrivains…) est en projet. « C’est en cours. Ca fait tellement plaisir de voir que la plupart des artistes nous tendent la main assez facilement qu’on veut aller encore plus loin. » Aller plus loin, justement, rendrait les parents de Hamida encore plus fiers même s’ils sont assez réticents. En effet, ils aimeraient que leur fille se concentre beaucoup plus sur ses études. « En ce moment, je suis encore à l’école et je travaille au Mc Do à mi-temps. Donc c’est assez difficile de tout gérer mais on s’accroche. » Malgré cela, en un an, BanlieueWeb.fr s’est fait un nom et a atteint un certain seuil de crédibilité. « On a fait plus d’une dizaine d’interviews d’artistes dits « connus » et d’autres qui le sont plus ou moins. Hamdoulilah on est super fiers de tout ça. » Celle qu’on surnomme l’Algérina voit les choses positivement même si, en éternelle insatisfaite, elle trouve toujours des points négatifs. « On peut quand même dire qu’on fait beaucoup avec très peu ». Pour la suite elle espère d’autres projets et plus de visites sur le site. « Bien évidemment, je souhaite également réussir ma vie professionnelle et mes études inchallah. » Il y a aussi un objectif de BanlieueWeb.fr dont Hamida n’a pas parlé. « Nous ne faisons pas ça par effet de mode. On est vraiment engagés et on agit par amour pour cette culture. Ca permet de montrer qu’en banlieue, tous ne brûlent pas des voitures. » Elle aspire à un avenir meilleur même si des efforts importants doivent être faits. « Si on doit faire quinze fois plus d’efforts que d’autres, on les fera. Parce que nous sommes des déterminés, comme Yasser Arafat de son temps ! »

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