Ahtikdinh, entre prénom et itinéraire atypiques

     
     Un café, des viennoiseries et un début de matinée pluvieux pour rencontrer Ahtikdinh. Au milieu de sa boutique d’équipements de sports, il parle de lui. Agé de presque la cinquantaine, il habite dans l’Isère. Pourtant, c’est du côté de la Seine Saint Denis, à Bondy, qu’il est né. D’origine algérienne par ses parents arrivés en France en 1949, il grandit au milieu de trois soeurs et dix frères. « On aurait pu faire notre propre équipe de football vu notre nombre (rires). » De son enfance et son adolescence, les souvenirs sont nombreux. A l’époque, l’Algérie était encore une colonie donc on ne parlait pas d’immigrés et tout allait bien. « Mon père travaillait à la SNCF et on habitait dans une résidence pour les cheminots, au 13 Cité des Saules. » Etant quasiment les seuls Maghrébins, c’est aux côtés d’Européens qu’ils vivent. D’ailleurs, sa famille est considérée comme étant très chaleureuse : serait-ce dû au sang méditerranéen ? Aux yeux de Ahtikdinh, cette période est la meilleure. « C’était magique ! Après l’école, on jetait nos cartables, on prenait un goûter et on allait jouer au foot. »

Du 93 au 38.

     Le Certificat d’Etude en poche, Ahtikdinh commence à travailler à la Biscuiterie La Bondynoise, puis dans les transports. Les marchés, les ventes de merguez lui permettent d’avoir de l’argent de poche. Dans les années 60, sa soeur se marie et va habiter en région iséroise. Malheureusement, son époux décède dans un accident de la route et afin de se rapprocher de la fille et de la soeur devenue veuve, la famille quitte la banlieue parisienne et arrive en Rhône-Alpes, à Charvieu. « Là, j’ai travaillé chez Tréfimetaux, au sein du laboratoire mais le salaire ne suivait pas. Puis, il y a eu Friga-Bohn et Unité Hermétique. » Finalement, il est engagé à Phoenix, une entreprise allemande basée à Pont de Cheruy. Il y passe presque 20 ans de sa vie. Aujourd’hui fermée, elle est encore un symbole implanté au bout de la « Rue du Travail ». Parallèlement, Ahtikdinh a longtemps été trésorier de l’Association Culturelle Nord Isère. Il en est l’un des fondateurs et a contribué à la création de la mosquée, à Chavanoz. « Concernant Phoenix, j’y étais délégué du personnel, membre titulaire du comité d’entreprise et syndicaliste Force Ouvrière. » Militant, il n’a pas peur de défendre ses idées. « Je me souviens qu’un système de pointage par badges avait été mis en place sans que CE et salariés ne soient au courant. On a été surpris et on est allés au bout du problème sans énervement. » Il est tellement dans son rôle qu’un jour le directeur lui demande s’il veut quitter l’entreprise. Après discussions, il laisse son poste et reçoit l’aide d’une cellule de reclassement. « Le commerce m’ayant toujours attiré, je me suis mis à mon compte. »

TK Sports.

     « Cela fait cinq ans que ma boutique d’équipements de sports a ouvert. Le TK rappelle mon prénom. Les gens qui me connaissent s’amusent à présenter mon enseigne comme internationale (rires). » D’ailleurs, ce prénom a une histoire. « Quand ma mère était enceinte, un ami de mon père avait aussi son épouse qui attendait un enfant. Ils se sont dits que le premier bébé qui naîtrait devrait s’appeler Ahtikdinh, si c’était un garçon. » A présent, loin du 93 qu’il porte dans son coeur, il admet qu’il n’aurait peut être pas eu les mêmes opportunités en y restant. « En tout cas, louanges à Dieu, tout va pour le mieux. Vous savez avant que mon père décède, il nous a dit une chose importante. Il voulait qu’on s’occupe de notre mère et qu’on soit entre soeurs et frères comme le lait, qu’aucun ne noircisse l’autre. » C’est pour ça que la fraternité est le sentiment qui représente « TK ». Un objet ? Il se verrait être quelque chose qu’on doit bouger avec discrétion, comme un petit lion en verre qu’il nous montre. « Etre un lieu ? Une impasse (rires). » Mais être quelqu’un d’autre ne lui permettrait pas de savoir qui il est ! Lorsqu’on demande à Ahtikdinh les conseils qu’il donnerait aux jeunes, il répond : « Etudier et être respectueux. Le respect des parents est important, ce sont eux qui donnent les bons conseils. Respecter est une chose facile, on n’a pas besoin d’avoir un emploi pour ça ! Il faut aussi être honnête car on a qu’une vie. Si on était comme Noé, on aurait plus de temps pour vivre ce que l’on veut. Mais le temps passe très vite. » Un pèlerinage à la Mecque permettrait à celui dont le coeur bat 9-3 de finir en beauté et de retrouver « une foi de bébé », comme il dit. On vient d’évoquer le 93, on pourrait ajouter « représente », non ?

Article publié ici

Une réaction ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s