Aly le Sénékeb

    
     Webster est au Québec ce que le Larousse est à la France : un dictionnaire. Reste que côté québécois, l’ouvrage est aussi… humain. Ainsi est surnommé Aly depuis tout jeune. « Quand j’étais plus petit, mes amis me donnaient ce nom pour me taquiner. Je lisais beaucoup et quand ils me posaient des questions, j’avais souvent les réponses. » Malgré qu’il ait trente ans aujourd’hui, ce surnom qui le représente aussi dans le monde du rap lui colle encore à la peau. Né d’une mère québécoise et d’un père sénégalais, au sein du quartier Limoilou à Québec, il se considère comme étant un « Sénékeb métisse pur laine ». Il se définit humain, puis Limoiloien et enfin Sénékeb. « Cette double appartenance m’a appris à me définir en tant que Terrien avant de m’associer à telle ou telle nationalité. » Etant métisse, cette particularité fait qu’il est un étranger où qu’il soit : « nègre » au Québec et « toubab » au Sénégal. Cette richesse vient s’ajouter à son tempérament de meneur. « Ma mère, qui enseigne au Primaire, et mon père, enseignant la Politique, m’ont incité à ne pas être un simple suiveur et à me tenir droit pour défendre ce que je pense. »

Militant.

     Se battre pour ses idées est une des marques de fabrique dans la famille d’Aly. La maman s’implique dans des syndicats, quant au papa, il milite pour les droits des immigrants. C’est après avoir terminé ses études d’Histoire en 2002 que Webster a décidé d’emprunter la même voix. « Pour transmettre mes idées, j’ai choisi le rap. D’ailleurs ma petite soeur oeuvre aussi dans ce sens-là. » Aux yeux des parents, cet investissement est un moyen de rester dans un sentier positif et c’est pour cette raison qu’ils le soutiennent. « Par le passé, j’ai eu des choix importants à faire concernant ma vie. Mon éducation ainsi que ma passion pour la musique m’ont permis de prendre des décisions. » Pourtant n’allez pas croire que Webster vit de son art, non ! D’après lui, le rap est très peu rentable au Québec. De ce fait, il est guide-interprète pour subvenir à ses besoins et, à nouveau, afin de transmettre le savoir. A l’aise dans ce qu’on appelle le style égotripe, entendez par-là les morceaux tournant autour du « je », il admet que cela offre beaucoup plus de libertés. « L’exercice d’écriture est intéressant et même si ce style mise sur l’égo, je ne suis pas du tout imbu de ma personne. » L’envie de véhiculer des messages est encore très présente et place la revendication des changements sociétaux et politiques comme un cheval de bataille. Côté discographie, Aly a fait cinq albums : trois sont en anglais et deux en français. « Le sixième est en préparation et sera également dans la langue de Molière. « A mes yeux, mes albums « Les boss du quartier » et « Sagesse immobile » restent les mieux ficelés. »

Il est conférencier.

     Webster se souvient de Pikine, un quartier de Dakar où 10 000 personnes étaient présentes lors d’un concert. « Nous avons été accueillis avec trop de love. » Il apprécie aussi de savoir que ses textes ont aidé des jeunes à ne pas abandonner. « Quand quelqu’un qui était en prison ou en centre d’accueil m’apprend que ma musique lui a permis de tenir le coup, ça me va droit au coeur. » C’est une situation qui l’incite encore et toujours à mettre de l’énergie dans sa musique au point de faire des conférences et de rencontrer des jeunes. « A ma manière je fais avancer les choses socialement. Je tente aussi de réhabiliter l’histoire de la présence des Noirs au Québec. La dynamique multiculturelle du Québec, la place du hip hop dans la société sont d’autres sujets que j’aborde. » En plus de ses conférences, il réalise des ateliers d’écriture et vient d’ailleurs de revenir des Etats Unis où une tournée a été effectuée en la matière. Aux yeux d’Aly, la musique est un contenant et c’est à l’artiste de créer le contenu. « Qu’il s’agisse d’eau de source ou d’eau boueuse, l’art est le reflet de l’être qui le produit. » A chacun donc de montrer son écriture pour savoir qui il est ! Webster, lui, serait peut-être un « Terrorythme ». Oui, un adepte du terrorisme verbal, ce qu’il appelle la « RévoluSon ». Ferait-il dans la création de substantifs à présent ? « C’est un concept consistant à dire ce que l’on pense avec des lyrics assassines et virulentes. On a le son et à côté de ça des textes bien aiguisés qui peuvent déranger. » Etant un féru de lecture, il se verrait bien représenté par les ouvrages « Mystère de la Sagesse Immobile » de Takuan, « L’Art de la Guerre » ou « Le Prince de Machiavel ». Etre un dojo, être le sentiment de persévérance ou encore Malcolm X ou Zhuge Liang (Kong Ming) constitueraient le reste de son portrait chinois. On le disait métisse, il montre que la vie est mieux en couleurs et en musique. « Il faut continuer à supporter le mouvement hip-hop et ce qu’importe le lieu où l’on se trouve. C’est un dénominateur commun qui nous aide constamment à évoluer, à communiquer sans pour autant devoir se plier à une matrice sociétale préétablie. Le rap est un bastion fort de la liberté d’expression et puisque nous sommes partis de rien, ceux qui veulent tout nous prendre ne peuvent rien nous enlever. Peace ! »

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