La comédie hallal à la Samia

 
     Une comique atypique, voici comment il serait possible de définir Samia. Vraie passionnée, amoureuse de la scène et des émotions, elle va s’intéresser très tôt à la comédie. « J’ai commencé à me révéler à l’âge de 12 ans. J’ai enchaîné les ateliers théâtre au collège puis au lycée. Par la suite, j’ai pris des cours privés pour finalement atterrir aux conservatoires de Paris. » Un parcours pour se donner tous les moyens afin de faire ce qu’elle aime, c’est cela qu’a choisi Samia, malgré son entourage. « Au début, mes parents me disaient que la comédie n’était pas un métier. Ils ne m’ont pas prise au sérieux. » Une réaction qui disparaîtra en voyant leur fille jouer. « Quand mes parents sont venus à une représentation d’une pièce dans laquelle je jouais, ils étaient très fiers. » Par la suite, devant le succès de sa troupe Oriental Comic et les salles combles, la pression familiale va même commencer à naître. « C’était assez marrant parce que ma mère s’est mise à me demander d’écrire des sketchs. » Elle avait simplement fait volte-face.

Ses premiers spectacles.

     « J’ai débuté avec une troupe issue de la communauté musulmane. On jouait une pièce sur le conflit Israélo-palestinien. » Mais très vite, les spectateurs vont réclamer autre chose : de la nouveauté. Samia va donc réfléchir à un nouveau concept qui permettrait d’attirer petits et grands, musulmans ou non. « Je voulais réussir à faire rire sans vulgarité et sans propos déplacés. Le but était aussi de mettre en avant des humoristes talentueux mais dans l’ombre faute de moyens. » Sa rencontre avec Nabil va lui permettre de mettre son plan à exécution. « Il jouait son propre show et j’ai particulièrement apprécié son énergie, sa pêche et sa générosité sur scène. Donc je lui ai parlé de mon idée. Il était réticent au départ car il craignait d’être catalogué mais j’ai réussi à le convaincre. » Tous les ingrédients étaient réunis pour un show que l’on pourrait qualifier de hallal : des représentations le dimanche après midi afin que les filles qui ne sont pas habituées à sortir le soir puissent y assister, à des heures permettant de ne rater aucune prière pour ne pas avoir à choisir entre rire et recueillement. Le succès était au rendez vous. « Malheureusement, par la suite, nos chemins se sont séparés et nous avons préféré mettre un terme à Oriental Comic. » Aujourd’hui, Samia n’est pas en reste puisqu’elle a un nouveau spectacle dans son sac : Samia et les 40 comiques. Elle en explique l’objectif : « C’est une occasion de jouer dans l’un des plus beaux théâtres parisiens, le théâtre Dejazet et c’est l’opportunité pour nous de faire rire et donc de nous rappeler les raisons pour lesquelles nous avons choisi la comédie. »

Voile sur Samia.

     L’une des particularités chez Samia est le voile qu’elle porte et qui fait souvent fuser les critiques. « Je me suis faite « lyncher » sur un site web musulman. Pour beaucoup, c’est inconcevable de voir une femme voilée se mettre en scène, c’est contraire à ce que représente la femme musulmane. » Jugement relatif, correspondant à l’interprétation que chacun se fait de l’Islam, qui ne freinera pas Samia. « Je retiens les critiques négatives car elles me permettent d’évoluer. Mais à côté de cela, je reçois aussi des messages d’encouragements et je discute avec les personnes après les représentations. » Son voile, elle l’évoque aussi dans ses sketchs et elle s’est d’ailleurs inspirée de toutes les critiques que l’on peut lui faire à ce sujet. « Certains ont un voile sur les yeux tandis que moi, je l’ai sur les cheveux. » Cette jeune femme, qui a habité Paris puis Clichy sous Bois, voudrait réussir à faire passer des messages d’amour, de tolérance et de respect. « J’aimerais aussi faire des rappels sur l’Islam avec une pointe d’humour. Islam et théâtre sont tout à fait compatibles à partir du moment où il n’y a ni injure, ni irrespect, ni blasphème. » Cette façon de jouer semble en intéresser plus d’un puisque nombreuses sont les associations qui ont contacté Samia, pour des représentations. « Il y a eu Lille, Bruxelles, Marseille… » Elle espère pouvoir influencer les générations futures à marcher dans ses pas. Epanouie côté théâtre mais également côté coeur, le temps d’un instant, elle parle de son époux : « El hamdoulilah, il est très patient et m’encourage bien que ce ne soit pas toujours évident. » Mais comme elle le dit elle-même, el hamdoulilah.

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