Mohamed, loin d’être une blague belge

    
     « Un citoyen du monde » répond Mohamed quand on parle de ses origines. « C’est une façon philosophée de voir les choses. » Pour être plus précis, on dira qu’il est Marocain Berbère ou Marocain et Berbère, né en Belgique. « Utilisez la formule qui vous convient. Je dois cet héritage à ma mère et mon père qui viennent tous les deux de la région de Chichaoua, entre Imintanout et Essaouira. » Les interrogations sur son identité semblent l’avoir troublé. « Je me demande ce que répondront mes enfants quand plus tard, on leur demandera leurs origines. Belges, sans doute. Marocains sûrement ! » Celui qui est appelé Cacahouète par ses amis les plus anciens, est un adepte du théâtre et monte assez souvent sur les planches. Son surnom aurait-il un lien ? « Ca remonte à mes 8 ans. En classe de mer, mon frère s’était fait appeler Cacahouète et moi c’était Mini-Cacahouète. Avec le temps, il a perdu son surnom et c’est moi qui l’ai récupéré. » C’est donc à 16 ans, qu’il se passionne pour la comédie grâce à un certain Monsieur Leas, un de ses professeurs. « Il y avait une activité théâtrale à laquelle je me suis inscrit pour faire plaisir à un ami. Finalement j’ai aimé. » Ce n’est que cinq ans plus tard qu’il se rend compte que ce monde est fait pour lui. « Un professeur au sein de l’académie où j’étais m’a dit que j’avais « tout » pour la scène. » Tout ? Oui, enfin sauf la discipline !

T’as pas dix francs ?

     Ainsi lancé, les proches de Mohamed ont réagi de façon normale. A ses débuts, lorsqu’il revoit ses amis les plus anciens, il entend même des « on savait tous que c’était ton truc. » « Quand les gens me voyaient, il arrivait qu’ils me demandent où j’allais, donc je répondais au théâtre. Parfois ça s’enchainait avec des « ah, ok…t’as pas 10 francs dans ta poche à me prêter ?! ». » La routine ! Pourtant tout le monde n’a pas la chance de faire de la télévision, alors la routine reviendra. En effet, lorsque Cacahouète termine sa formation en Arts du Spectacle, il se voit proposer par Daniel Detemerman et Christian Van Cutsem, de participer à un magazine jeunesse « A haute voix ». Puis lors du Festival Méditerranéen, un débat sur « La place des jeunes dans les médias » a lieu et un numéro de « A haute voix » est projeté. Pour Marc Dehane qui représente Télébruxelles, c’est le coup de foudre. « On a mis en place l’émission « Coup de pouce » sur l’antenne, diffusée une fois tous les quinze jours. » C’est un moment important puisque c’est le premier programme fait par et pour les jeunes, dans toute l’histoire de la télévision belge. A nouveau un succès, deux ans après la sortie réussie de son film « Said ». « J’avais remporté le premier prix d’un concours national. Ca été une fierté pour moi, surtout qu’il a été diffusé à la télévision. » Par la suite, se sont enchaînés des films documentaires, des fictions, des clips… A chaque fois, Mohamed veut avoir le choix. Quitte à se tromper, cela prouve au moins qu’il est libre de faire ce qu’il veut. « J’ai la chance d’avoir plusieurs casquettes donc je jongle entre le cinéma, le théâtre, l’écriture… » Comme un hommage aux artistes belges, il précise que la plupart d’entre eux « ne bossent pas à temps plein mais sont en plein temps dans l’art. »

Un homme avant tout.

     Comme tout le monde, Mohamed a déjà connu un instant de flop. C’est ce qui s’est passé lors de l’une de ses représentations de « Djurdjurassique Bled ». Un soir, Mohammed Fellag était présent dans le public. « Ca a été la pire soirée. Je ne sais pas ce qui s’est passé. » Mais grand est son bonheur quand une semaine plus tard, il apprend que Fellag pense « qu’il a beaucoup de talent ». « Eh oui ! C’est bien de moi dont il parlait. » Content, euphorique…flatté tout simplement. Pas le temps de se reposer sur ses lauriers, dés octobre prochain, les Tanneurs (théâtre francophone) et le KVS (théâtre flamant), produiront son solo écrit par Philippe Blasband. Une tournée devrait même avoir lieu en 2011. La sortie du long métrage « Battle » est prévue, si un distributeur peut être trouvé. Un projet documentaire sur la région de Chichaoua devrait voir le jour. « Il s’avère que le gouverneur de cette région a autorisé une entreprise à creuser dans la montagne pour en prendre le marbre. Les villageois veulent que cette société s’en aille. Ce n’est pas chose facile puisque les autorités les menacent de peines de prison. » Un sujet qui touche Cacahouète, l’homme, l’être humain, avant tout. Il faut dire qu’il est loin de délaisser ce qu’il est. « Lorsque je joue ou lorsque je fais jouer, je fais en sorte qu’il y ait un lien avec ce que je suis dans la vie de tous les jours. » Concernant la religion, il se plaît à scénariser des personnalités du temps de l’Islam. Dans « Battle » par exemple, il a créé le personnage de Rabia, une catholique, qui a hérité de ce prénom parce que sa propre mère a été touchée par la sainte Rabiha El Hadaouia. Il est aussi question de la mixité avec Aicha, la femme du prophète, qui enseignait la théologie aussi bien à des hommes qu’à des femmes. « Même s’il y a des petites influences religieuses, les histoires restent universelles. Il est important que toutes les personnes se reconnaissent dans l’histoire, même les athées. » Bien sûr, vu son profil d’artiste, la tentation d’un portrait chinois a été bien trop forte. Pour lui, être un lieu serait ailleurs, être un objet serait tout sauf dur. Côté sentiments, ce serait la tranquillité, et s’il était une autre personne…il n’aurait pas été lui tout simplement. Enfin, chaque soir, Mohamed analyse ce qu’il a fait d’utile au cours de la journée. « Si je ne trouve rien, c’est que je n’ai rien fait. Donc je dors ! » Si l’envie de le découvrir un peu plus vous prend, Ouachen.be devrait vous être utile.

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