Rappeur musulman "conscient"

     
     Au bout du fil, il a l’accent chantant, celui du sud. Il a des choses à dire et sait se faire comprendre. Voici l’impression que donne Barseuloné, ou Jamel, rappeur de 28 ans, d’origine marocaine et vivant à Montpellier. Son nom de scène, il n’a pas été le chercher bien loin. « J’ai utilisé le nom de l’avenue où j’habite : Barcelone. Et pour exprimer le fait que j’ai commencé en solo, j’y ai intégré « seul ». » Justement, il débute seul à l’âge de 13 ans en rappant de façon maladroite et en disant un peu « n’importe quoi ». A 16 ans, il se met à écrire des textes censés. « Je pesais chaque terme que j’utilisais. J’ai rayé ceux qui étaient grossiers. Qu’est ce qu’on apporte aux gens en disant des insultes dans un morceau de quelques minutes à peine ? » Barseuloné veut également s’affirmer en tant que musulman. « La religion c’est un sujet délicat. Avec les années, j’ai pris conscience que je n’étais pas pratiquant qu’à la maison. » En 2007, dans une compilation rap, il a envie de parler des comparaisons incessantes qui sont faites entre Marocains, Algériens et Tunisiens. « On est tous les mêmes. On a l’Islam et ses valeurs en commun. » A 19 ans, il sort un album avec son ami Volont-R et partenaire au sein du groupe Réalité Anonyme. Plus tard, ce premier disque laissera place à un second, produit par les Editions Tawhid.

Barseuloné, de retour en solo

     Même seul, il continue à écrire. De façon détendue, il explique qu’il ne se prend pas la tête. « Surtout il ne faut pas croire que je me fiche des personnes qui m’écoutent. Je n’aime pas trop que les projecteurs soient braqués sur moi. » Il n’a pas forcément envie d’être mis en avant. « Quand on me sollicite, je suis présent et il m’arrive de garder contact avec les gens. » Pas de médiatisation, peu de blogs de fans, il fait de sa musique cette comparaison : « Quand tu veux acheter du pain, tu sais que tu dois aller chez le boulanger, me concernant c’est pareil. Pour ceux qui me connaissent, s’ils veulent m’écouter, ils savent que je suis disponible en écoute sur Internet. » En surfant sur le web, on se rend compte que tout est accessible et totalement gratuit. Le but ? Que tout le monde puisse profiter des morceaux. « J’aime quand les gens me donnent leurs opinions. Souvent ça engendre le débat. » Et le téléchargement ne semble pas le déranger. « On me dit souvent que le fait de ne pas vendre ce que je fais ne récompense pas mon travail. Ca m’est égal, qu’on m’écoute c’est déjà tellement important et c’est la plus belle gratification. »

Des fans qui le lui rendent

     « L’espace de quelques minutes, on peut avoir beaucoup de pouvoir. Ca peut changer des vies. » En effet, Jamel avoue que certains se sont convertis ou plus impliqués dans l’Islam en écoutant ses chansons. « Je reçois des mails dans lesquels les gens sont reconnaissants. Il y a ceux qui sont malades et qui ont retrouvé le courage. Il y a aussi ceux qui sont en prison et tous ceux qui ne sont pas forcément musulmans. Pourtant, je ne suis ni Allah, ni prophète et je ne me prends pour personne ! » Il nous raconte même une anecdote qui le fait sourire. « Un jour, un imam m’a dit que c’était vraiment bien ce que je faisais. Il m’a expliqué que lui ne touchait que les musulmans qui venaient à la mosquée tandis que moi j’avais l’attention de tout le monde. » Et là, on reste bouche-bée, en se demandant si l’artiste a conscience de l’intérêt qu’il suscite, lui qui fait de l’intérim et qui donne ou vend ses CD pour souvent moins de cinq euros, notamment au salon du Bourget.

Ma petite soeur

     Désormais en solo, Jamel sort un nouvel album intitulé « Ma petite soeur ». « Je n’ai pas de petite soeur mais j’ai fait tous les morceaux en pensant à mes grandes soeurs. Je suis le dernier d’une fratrie de onze enfants et chacune d’elles a contribué à mon éducation. Je les estime énormément et je les trouve courageuses en raison des choix qu’elles ont du faire jusqu’à présent. » A l’écoute de ce disque, on sent que les femmes en sont le fil conducteur. « Elles sont importantes dans la vie des hommes. Elles donnent naissance, elles sont l’avenir. Elles savent patienter et espérer. » Concernant la distribution, nombreuses sont les personnes de son entourage qui lui demandent des CD, pour en faire profiter les amis et la famille. « C’est le bouche à oreille qui me fait connaître dans d’autres villes. » De pédagogie, Barseuloné veut faire preuve. « Je ne veux pas arriver en étant agressif. L’agressivité fait fuir les gens ! » Quand on lui demande son attitude sur scène, pour présenter ce nouvel opus, il nous répond avec le sourire : « Lorsque l’on m’invite, je viens un peu incognito, comme ça a été le cas cet été. J’étais là en t-shirt et pantacourt. Personne ne savait que c’était moi Barseuloné. » Dernièrement présent à Grasse et Avignon, parmi d’autres artistes, il nous dit détester les traitements de faveur surtout lorsque les scènes se déroulent dans de petites villes. « Si je change, c’est plus moi et ce ne sera plus pareil. Je me régale comme ça donc pourquoi changer ce que je suis ? » D’ailleurs, il réagit de la même façon lors de ses déplacements en Belgique et surtout au Maroc. « A l’époque, on m’avait demandé combien je prenais. Moi j’ai juste répondu qu’ils devaient juste se charger du voyage et du logement. Pour le reste, je leur ai dit Fissabililah, vous n’avez rien à payer. La personne que j’ai eue au bout du fil m’a demandé si ce mot existait encore. »

L’avenir de Barseuloné

     « Un quatrième album est prêt mais je n’aime pas faire découvrir plusieurs titres en même temps. Je préfère enregistrer un morceau et le lancer tout de suite sur le net pour que les gens puissent l’écouter. » Après une heure trente d’échanges, Jamel a terminé sur ces derniers mots : « Je ne suis qu’un être humain comme les autres. Mon nom a réussi à voyager uniquement grâce à Allah. De toute façon, quand tu veux entreprendre des choses, c’est pour lui que tu agis ! J’ai aussi envie de m’excuser si j’ai pu blesser dans certains de mes morceaux. Et au bout du compte chacun peut raconter la réalité en restant anonyme. »Finalement ses titres sont à faire tourner au nom de la religion.

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