Vivre de la pêche dans la Bande de Gaza, une mission impossible

Port de Gaza – Une pêche peu importante. 3 miles ne sont pas assez. 

L’été 2012 de Yann Renoult est marqué par un séjour dans la bande de Gaza. Durant plus d’un mois, il s’intéresse au quotidien des pêcheurs du nord de cette région. Comment réussissent-ils à travailler avec le blocus qui sévit durement et durablement ?

Plus le temps a passé et plus l’espace en mer dont peuvent jouir les Palestiniens a diminué. « Avec les accords d’Oslo, ils avaient à leur disposition 20 miles. Depuis 2008, ces 20 miles ont été réduits à seulement 3 miles. » 3 miles, dit Yann ? Soit 5 kilomètres pour près de 4 000 pêcheurs. Quotidiennement, des vedettes de l’armée israélienne patrouillent au large des côtes afin de s’assurer qu’aucun Palestinien ne va au delà de cette « permission ». Souvent, les soldats tirent sans même sommer les Palestiniens de s’éloigner. « En 2007, alors que Sami Qouqua pêchait au sud de la bande de Gaza, à environ 2 miles des côtes vers Rafah, il s’est fait tirer dessus sans sommation. Son bateau a coulé. Il est touché à la main et à l’avant bras. Il réussit à regagner le rivage à la nage. Mais il est trop tard pour sauver son bras. Après 36 heures dans un hôpital palestinien, il est transféré dans un établissement israélien où on l’amputera. L’armée s’excusera en disant l’avoir pris pour un trafiquant d’armes. Jusque là, il n’a reçu aucune aide financière de quiconque. Il n’a aucun espoir que ses démarches juridiques aboutissent. Alors il a dû recommencer à travailler, comme il peut, avec une seule main ».

Sami El Qouqua doit travailler malgré son handicap

« Lorsque des arrestations ont lieu, d’abord il est demandé aux pêcheurs de couper les moteurs. Puis ils doivent se déshabiller et sauter à l’eau afin de nager jusqu’au bateau de l’armée. Il y a aussi d’autres méthodes… » Tout dépend de la chance de chacun et de la « gentillesse » du soldat ! Après les arrestations, chaque pêcheur repart sans rien puisque le matériel qui peut avoisiner les 30 000 dollars est confisqué. Soit la perte de l’outil de travail et du moyen de subsistance. « Ils louent les barques d’autres pêcheurs et doivent payer la location. Dans cette situation, ils ne font pas de bénéfice. » De plus, dans la mesure où tous pêchent au même endroit, les quantités de poissons diminuent de plus en plus. « Il faudrait peut être trois mois d’inactivité pour laisser le temps aux ressources de la mer de se renouveler. Les poissons pêchés sont de très petite taille. »

Aujourd’hui, ce sont près de 70 000 personnes qui subissent ce blocus, puisque vivant directement de la pêche. Ces 3 miles ont incité les chalutiers à rester au port. Ce sont les petites barques à moteurs qui sont utilisées. Lorsque des réparations sont nécessaires, trouver des pièces de rechange s’avère difficile. Deux ONG en fournissent quand elles le peuvent. Malheureusement, sur la plage, nombreuses sont les barques presque abandonnées. Les peintures s’abîment au soleil. Sans parler de tous ces pêcheurs fatigués, épuisés d’aller en mer et qui restent là, tout près du port où ils lancent leurs filets.

Un autre blocus, terrestre cette fois-ci, empêche les livraisons permanentes de carburant. Les tunnels de Rafah sont alors utilisés afin d’acheminer du carburant depuis l’Egypte. Mais les prix des carburants s’envolent sur ce marché parallèle, suivant les crises économiques extérieures. « C’est simple. S’il n’y a pas de carburant, les pêcheurs ne peuvent pas aller en mer. S’ils ne vont pas en mer, ils ne peuvent pas ramener le fruit de leur travail qu’ils vendent pour faire vivre les membres de leurs familles. » Les pêcheurs ont demandé une chose à Yann Renoult, de parler de leur situation. Ils ne veulent pas d’aide financière mais ils souhaiteraient que ce blocus soit levé. Ils évoquent également l’hypocrisie américaine. Les Etats-Unis délivrent des armes à Tsahal tout en fournissant une aide humanitaire aux Palestiniens qui doivent s’engager à ne pas s’impliquer dans la résistance. « La pêche est leur vie. Certains ont dû abandonner la construction de leurs maisons, d’autres devaient se marier mais ne peuvent pas faute de moyens financiers. Ils ne veulent pas de charité ! » Ils veulent que tout cela cesse…

Près d’une soixantaine de photos sur les pêcheurs de Gaza, prises par Yann, sont accessibles :
http://www.flickr.com/photos/jazzinwb/sets/72157631286346784/

Toutes les photographies de Yann sur la Palestine sont disponibles :
http://www.flickr.com/photos/jazzinwb/collections/72157627447566178/

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