Mohamed appelé El Kalam : l’histoire de sa plume, de ses mots…

El Kalam lorsqu’il écrit et lorsqu’il slame. Mohamed, une fois la plume au repos et que les mots se font discrets. Du haut de sa trentaine, en paraissant la vingtaine fraîche, le slameur de Tours commence à poser ses paroles sur le papier alors qu’il a tout juste la dizaine. « A 13 ou 14 ans, durant un cours de français, notre professeur nous a donné des consignes à suivre dans un travail de rédaction. Lorsqu’il a jeté un coup d’œil à ma copie, il m’a dit que c’était décousu mais qu’il y avait quelque chose et que ce quelque chose allait gagner en qualité. Il me disait que je comprendrai en grandissant. » C’est alors l’affaire du temps…

El Kalam. par Valérie Lefebvre

El Kalam par Valérie Lefebvre

Les premiers pas sur la scène…
Quelques années plus tard, des amis qui sont dans le monde de la musique lisent ses textes et lui conseillent de les rapper. « Ce n’était pas mon truc de faire ça donc j’ai refusé. » Puis en 2002, ces mêmes amis, de retour d’un concert à Paris, lui expliquent qu’un tout nouveau style est très en vogue dans la capitale. « Cette nouvelle tendance était le slam ! Clamer son texte sans musique. Raconter quelque chose comme les conteurs africains. » Et c’est justement en tant que slameur que Mohamed joue en public pour la première fois. « Pendant un de leurs concerts, mes copains m’ont fait monter sur scène et j’ai donc présenté mon texte « Femmes ». » Après ça, s’enchaînent des slam-sessions, des soirées au cours desquelles les clameurs de mots dévoilent leurs écrits. Sur Tours, où vit Mohamed, cela marche plutôt bien !

Les rencontres…
« J’ai participé à une compétition de slam au niveau national, à Bobigny. En 2007 ou 2008 je crois. J’ai rencontré l’inventeur du slam, Marc Smith. On a pu échanger et il m’a dit qu’il avait apprécié mon passage sur scène. Au début, je n’ai pas compris comment il avait pu aimer sans comprendre puisque c’était en français. Mais il m’a expliqué que c’est ce que je dégageais, ma façon de faire et d’être qu’il aimait. Et ça, ça m’a touché ! » Le slam est finalement un langage universel. « J’ai aussi rencontré Grand Corps Malade. On a discuté dix minutes et j’avais l’impression de le connaître depuis toujours ! Il est très sympathique. » Puis Mohamed continue son chemin, retrouvant des amis perdus de vue, eux aussi dans le monde de la musique. « J’ai travaillé avec Abdel, qui me connaît depuis petit, et Joël, que je n’avais pas vu depuis 18 ans ! On s’est dit pourquoi ne pas faire un album. ! »

El Kalam par Valérie Lefebvre

El Kalam par Valérie Lefebvre

L’inspiration n’est pas bien loin 
« Le monde qui nous entoure donne à réfléchir. Je me base sur ça pour écrire. Le texte « Femmes », par exemple, est parti d’un reportage vu à la télévision au sujet du traitement des femmes par les islamistes en Algérie, il y a des années. L’un des hommes interrogés n’a pas su expliquer pourquoi ce comportement. Ayant une mère et donc descendant d’une femme, il n’a pas su quoi répondre ! En trente minutes, j’ai fait mon texte ! » Ouvrir des bouquins, mettre en veille TF1 et les médias de masse sont des choses qu’il aime faire pour se renouveler et avoir d’autres histoires à raconter. Ainsi Mohamed écrit pour les autres mais aussi et surtout pour lui. « Je partage ce que je fais même si j’ai eu du mal au début. Si demain, ça ne plait plus, je n’arrêterai pas, loin de là ! Je poursuivrai mais pour moi parce qu’au début j’ai pris la plume pour moi seulement ! J’ai commencé à écrire parce que quand j’étais petit je donnais des coups pour me défendre… Ayant une maladie, avec le temps, elle a eu raison de moi, me clouant dans un fauteuil. Et un jour ma sœur m’a dit de trouver une autre manière afin de répondre aux personnes qui pourraient s’en prendre à moi, alors je me suis dit qu’écrire était la meilleure et la pire des armes ! » Certains mots peuvent être plus tranchants qu’un glaive ! « Quand on possède la force des mots, on peut faire peur, on peut toucher les gens et on peut surtout se dévoiler. C‘est ce que j‘ai fait dans l’un de mes morceaux appelé « Saisons », je parlais de moi, de ma maladie et surtout de ma foi en Dieu qui me pousse tous les jours à ne pas sombrer… »

Magnéto ? DVD ? Et pourquoi pas El Kalam ?
« A l’époque je cherchais un nom de scène et je regardais les épisodes des X-Men. Je me suis dit pourquoi ne pas choisir le nom « Magnéto » pour reprendre celui d’un des personnages. Un peu plus tard, j’en ai parlé à une de mes cousines. J’étais convaincu que c’était bien ! Mais elle m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit « pourquoi pas DVD ?! J’en ai ri longtemps. » Puis, un soir en ouvrant le Coran, il lit un verset où il est question du « qalam », de la plume en arabe. C’est une évidence pour lui. Il opte pour « el kalam », « le mot ». D’une lettre à l’autre, entre la plume et le mot, viendra s’interposer la feuille ! Donnant des tas et des tas de textes…

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3 réflexions sur “Mohamed appelé El Kalam : l’histoire de sa plume, de ses mots…

  1. un grand homme ce Kalam, naturel, authentique avec ses forces et ses faiblesses, comme chacun d’entre nous…exemplaire Kalam ❤

  2. C’est « marrant » mais y’a un truc qui me fait penser à Jean Ferrat ^_^
    Super en tout cas de retrouver un portrait et agréable découverte 🙂 ! j’aime bien…

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