Birmanie : « Les humanitaires sont qualifiés d’étrangers venus aider d’autres étrangers »

Suite à son voyage en Birmanie avec le Collectif Hameb Belgique, Ali parle des Rohingyas, une communauté opprimée sur place. Il aborde leur quotidien de septembre 2013 à janvier 2014. Voici son récit.

Septembre 2013… les dirigeants de la communauté internationale font semblant de ne rien voir…
« 
Les nouvelles qui viennent de Birmanie sont toujours aussi mauvaises. La minorité Rohingya y vit sous l’oppression de la population bouddhiste qui est majoritaire et ceci, avec la complicité active ou passive des forces de sécurité et le silence des autorités« , dit Ali.  Il raconte qu’à l’unisson, gouvernement, médias, police et population bouddhiste désignent les Rohingyas comme les causes de tous les maux du pays. « Ils sont considérés comme des étrangers illégaux venus du Bangladesh et qui doivent retourner chez eux. Leur religion, l’Islam, est vue comme un danger, une menace pour l’identité bouddhiste et ses valeurs. Ces craintes sont alimentées par une propagande anti-islam et par des discours mensongers et haineux de la part de certains moines, se servant de faits divers pour présenter les Rohingyas comme des terroristes et des barbares voulant islamiser le pays et se débarrasser de ceux qui refusent de se soumettre. » Si certains discours se veulent rassurants, le respect des Droits de l’Homme n’y est évoqué que du bout des lèvres. Tandis que des contrats bien juteux se signent entre le gouvernement birman et des délégations gouvernementales étrangères accompagnées d’hommes d’affaires. « En échange, les dirigeants de la communauté internationale font semblant de ne rien voir, de ne rien entendre. Ces internationaux se montrent inactifs, s’interdisant de faire pression ». Avoir la Birmanie comme alliée économique et politique pourrait être également d’une grande importance géostratégique si l’on veut contrer le voisin chinois et ses folles ambitions. Les Rohingyas n’ont pas d’argent, pas de ressources et ne représentent aucun intérêt politique, ni économique. « Après avoir vécu massacres, viols, discriminations ; avoir été bafouées dans leurs droits les plus élémentaires, des centaines de milliers de personnes se retrouvent enfermées dans des camps ou isolées dans leurs villages, encerclées et contrôlées par les forces de sécurité, sous le prétexte de les protéger de nouvelles violences. » Aujourd’hui, ils doivent faire face à de nouvelles souffrances : morales et physiques, du fait de leur emprisonnement. « Après avoir tout perdu, tout abandonné, les autorités birmanes les privent de leur liberté et de leur dignité en les empêchant de circuler et de travailler, leur ôtant ainsi les moyens de subvenir à leurs besoins, se retrouvant obligés de vivre sous perfusion humanitaire. L’accès à la nourriture est également contrôlé et limité, les soins de santé y sont basiques et principalement destinés à soigner les maladies dues à la malnutrition et aux séquelles des violences subies. »

Photo par Ali

Photo par Ali

Novembre 2013… Le gouvernement birman parle de démocratie…
Deux mois plus tard, les choses empirent… « Le seul espoir des Rohingyas est l’aide qui pourrait venir de l’extérieur du pays car ils n’ont plus confiance en la population et encore moins en un gouvernement qui les renie depuis toujours. Ils vivent, pour ne pas dire survivent dans la peur de nouvelles violences et sont résignés à devoir rester dans ces camps pour leur sécurité, surtout après avoir découvert que certains quartiers dont ils sont originaires n’existent plus. » Les maisons, les mosquées ont été brûlées, détruites et rasées. Il ne reste rien. Ali précise que certains de ces réfugiés des camps viennent du dernier quartier musulman existant au cœur de la ville de Sittwe, où vit encore une partie de leurs familles voulant défendre leurs propriétés et leurs biens. Ce quartier est bouclé par les forces de sécurité et il est limité à très peu d’ONGI. Dans les camps, les mouvements et les actions de ces ONGI sont limités, surveillés et ces humanitaires ne peuvent pas y rester une fois le soleil couché. « Aucun médecin, bénévole ou visiteur quelconque n’est autorisé à y passer la nuit, donc impossible de loger dans les camps pour y être auprès de la population Rohingya. D’ailleurs même en dehors des camps, aucun Rakhine n’a le droit d’héberger un étranger sans autorisation et ceci vaut également pour les guest-houses qui ont besoin d’autorisations spéciales pour loger des étrangers. » 
Certaines ONGI sont diabolisées par des membres du gouvernement et par des moines bouddhistes extrémistes. « Les humanitaires sont qualifiés d’étrangers venus aider d’autres étrangers, à savoir les Rohingyas que les Bouddhistes appellent bengalis. Les Rohingyas sont pour eux des illégaux venus coloniser le pays. Les Bouddhistes parlent de la vitesse à laquelle les Rohingyas enfantent et des mariages avec des non-musulmanes incitant les conversions à l’Islam. C’est un exemple de propagande qui se répand au sujet des Rohingyas. » Dans certains endroits, l’accès est difficile. Les routes sont en mauvais état ou alors inexistantes. Ces villages sont devenus même dangereux pour les ONGI à cause de l’hostilité de la population rakhine avoisinante et donc les humanitaires ne prennent pas le risque de s’y rendre. « Les populations qui y vivent se retrouvent sans aide et vivent dans des conditions encore plus difficiles que dans les camps. Le gouvernement ne fait rien pour résoudre la situation et en se montrant aussi juste avec l’une et l’autre ethnie, en punissant les responsables des violences d’un côté comme de l’autre et sanctionnant les propos racistes et l’incitation à la haine par les moines bouddhistes à l’encontre des Rohingyas et de l’Islam. » Les Musulmans sont isolés dans la misère la plus totale. La population Rakhine circule librement possédant des routes, des écoles, des hôpitaux et ont accès aux opportunités d’emplois qu’apporte l’implantation progressive d’entreprises étrangères. « Le gouvernement birman parle de démocratie, mais il n’en connaît apparemment pas encore la définition. On peut dire qu’on connaît le degré de civilisation d’un pays à la manière dont il traite ses minorités, et la Birmanie est au degré zéro à ce niveau-là. »

Janvier 2014…
« Lors de notre deuxième mission humanitaire, au regard des derniers faits divers qu’a connu la région et les nombreuses mises en garde qui ont été faites concernant l’insécurité dans certaines zones, il a été pris comme décision avec le Collectif Hameb de rester dans les camps de Sittwe, et d’y apporter une aide alimentaire Le premier jour fût consacré au repérage des lieux et à une estimation des besoins de ces camps. Il est ressorti de nos constatations que le riz était un aliment d’une grande importance car en plus d’être facilement conservé, il est échangé contre d’autres denrées dans les marchés nouvellement installés dans ces camps. » Pour Ali, 
ce qui est plus frappant c’est de voir à quel point les camps sont bien organisés. « Ils sont divisés par quartiers, par villages d’origine avec un représentant puis un leader au dessus qui doit rendre des comptes à un comité de camp. Ce comité rend des comptes au gouvernement. Cela pousse à croire que les gens vont vivre de cette manière définitivement et c’est certainement ce que le gouvernement souhaite. » Un apartheid a lieu, dit Ali, sous prétexte de vouloir empêcher de nouveaux conflits et de permettre aux deux ethnies de vivre en paix. « Dans les camps, il y a les réfugiés enregistrés par les autorités locales et les non-enregistrés. Il y a donc ceux qui, après un passage dans les tentes de UNHCR, ont accepté d’être enregistrés par le gouvernement et ont pu être logés dans des bungalows, et puis il y a ceux qui n’ont pas voulu se faire enregistrer ou les nouveaux arrivants qui eux vivent sous des tentes. » Ceux qui se sont enregistrés reçoivent de l’aide, après autorisation du gouvernement de la part du WFP (World Food Program), les autres ne reçoivent rien, si ce n’est l’aide d’associations telle que le Collectif Hameb ou d’autres associations islamiques comme MAPIM, IHH, et d’autres qui le font à travers MRF (Myanmar Ressource Fondation). « MRF est une ONG Birmane autorisée par le gouvernement à apporter de l’aide aux réfugiés Rohingyas, mais nous pensons surtout que celui-ci se sert de cet organe pour recenser malgré eux les Rohingyas qui ont refusé de se faire enregistrer. Dans ces camps, l’éducation n’est pas assurée. Beaucoup trop d’enfants sont non-scolarisés et c’est un volet qui nous préoccupe en tant qu’association humanitaire et sur lequel nous aimerions agir : cela pourrait se faire en construisant des écoles, et surtout en formant des enseignants capables de leur enseigner les savoirs basiques. Il faudra bien-sûr penser à un moyen d’obtenir des aides pour salarier ces enseignants. »

Juin 2014… Une autre mission doit partir pour la Birmanie. Quels seront alors les constats à ce moment-là ?

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La mobilisation continue sur le web à l’attention de l’émission Pékin Express dont certaines étapes ont été tournées en Birmanie, occultant le génocide et ne parlant que d’un superbe pays… 

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