05/11/2012 – Tamara Erde, réalisatrice israélienne : « Pourquoi ai-je tant de mal à diffuser mes films en France ? »

Tamara Erde est née en 1982 à Tel Aviv. En Israël. Cela fait 5 ans qu’elle n’y vit plus. Tamara est réalisatrice. Elle a 30 ans. Elle a d’abord vécu à New York et est à présent installée à Paris. Elle fait des films, des documentaires. Malheureusement, certains ne trouvent pas preneurs… en France. Les chaînes de télévision choisissent de ne pas attacher leurs noms à ses œuvres, qui viennent pourtant montrer la réalité sur Israël. Du massacre de Deir Yassin au système de l’éducation nationale qui privilégie l’Histoire des Juifs, d’Israël, coupant ses enfants de l’Histoire du reste du monde…

Une Israélienne avec… une mentalité israélienne
« Jusqu’à mes 20 ans, j’étais une Israélienne, on peut dire normale. Je croyais en notre état. Je suis allée à l’armée. » Ses années d’engagement vont la pousser à se poser des questions lorsque des décisions violentes sont prises comme les bombardements à Ramallah, Jénine… « A la fin de mon service militaire, on m’a remerciée. » Tamara se met alors à creuser dans le passé de ce pays… de son pays. Elle en arrive au massacre de Deir Yassin et décide alors d’aller à la rencontre de ces personnes qui ont été les bourreaux des Palestiniens de ce village à proximité de Jérusalem. Le tout à travers un documentaire appelé « Crazy people here ».

Deir Yassin, massacre effacé de l’Histoire ?
Tamara explique que beaucoup de personnes ne connaissent pas cette partie de l’Histoire en Israël, les personnes de son âge tout particulièrement. En 1948, le but des miliciens qui attaquent Deir Yassin est de faire le plus grand nombre de morts et surtout de conquérir ce village. « Après le massacre, Ben Gourion avait expliqué que la Haganah, Tsahal n’existant pas encore, n’y était pour rien. » Le Lehi et l’Irgoun sont les milices coupables mais les hommes de Ben Gourion ont aussi eu un rôle à jouer. De ce temps-là, des documents sont restés. Etant donné que plus de 50 ans ont passé, Tamara pouvait y avoir accès afin de préparer son documentaire. Cependant la pratique est toute autre étant donné qu’elle se voit refuser la possibilité de consulter ces archives. « On m’a simplement expliqué que cela pouvait détruire l’image israélienne à travers le monde. Tout ça devait rester secret. »

Bienvenue chez les fous !
A Deir Yassin, en plus d’avoir tué, un hôpital psychiatrique a été construit. Tamara, dans son documentaire, a voulu mettre en évidence ces témoignages d’hommes ayant été acteurs des massacres mais aussi ce lieu où la psychiatrie habite les murs. Les miliciens ont décrit leurs faits et gestes et certains expliquent qu’ils n’ont pas eu le choix. Les corps étaient regroupés, brûlés. Les hommes palestiniens étaient fusillés. On passait d’une maison à l’autre. La brutalité à Deir Yassin a eu beaucoup d’impact sur l’exil des Palestiniens. Ces témoignages, Tamara souhaiterait les voir diffusés sur une chaîne de télévision française. « Apparemment, cela risque de froisser la communauté juive. On m’a fait comprendre qu’elle ne serait pas contente et que ce sujet était bien trop sensible. » Une chaîne israélienne pourrait être intéressée par le reportage de Tamara, qui est prêt… depuis quatre ans déjà !

Quand l’éducation nationale israélienne efface l’Histoire…
Comment apprend-on aux enfants l’Histoire de ce pays ? Pourquoi Tamara a-t-elle commencé à se poser des questions à partir de ses 20 ans… seulement ? « L’éducation israélienne est faite de sorte à ce que tous ces enfants, une fois devenus adultes, aillent servir l’armée. Il y a une sorte de logique qui a été faite et écrite dans les livres, de l’Holocauste à la création du pays. » Ce documentaire de Tamara est constitué de portraits de professeurs Israéliens et Arabes. « Je n’ai pas pu filmer tous les enseignants que je voulais. Ceux d’Extrême-Gauche par exemple ou encore ceux qui critiquent le système. Ils sont fichés par le Ministère de l’Education Nationale. » D’ailleurs ces professeurs qui utilisent le terme « Nakba », qui a pour traduction la « catastrophe », signifiant le départ des Palestiniens après la création de l’état d’Israël, doivent payer une amende. Ils peuvent aussi être menacés de renvoi.

Un enseignement israélien
« Lorsque j’ai montré mon documentaire on m’a demandé si je parlais de l’état d’Israël d’il y a 40 ans. Pourtant c’est bien de la situation d’aujourd’hui dont je parle ! » C’est l’ignorance qu’on apprend à ces écoliers, ces collégiens, ces lycéens. Au fil du teaser de ce documentaire, certains de ces enseignants parlent d’une « formidable éducation » donnée en Israël, à partir du moment où on oublie les Arabes. Une professeur arabe explique qu’on réduit au silence ceux et celles qui veulent parler de l’Histoire. Mais ils résistent au nom des enfants à qui ils doivent apporter l’enseignement. Au sein d’un lycée de Tel Aviv, un enseignent évoque un lavage de cerveau avec ces cours reliés uniquement à l’Histoire juive. Il y a comme une militarisation de l’enseignement puisque des enfants qui ne se posent pas de question sont des enfants qui serviront l’armée sans rechigner.

Tamara Erde, fille de la génération des bougies, cette génération qui a vu Yitzhak Rabin être assassiné, a donc voulu aller à la rencontre de sa propre Histoire. Une Histoire que certains veulent étouffer. Mais cela ne la freine pas. Elle compte bien continuer à raconter ce qu’Israël veut occulter : la vérité.

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