06/08/2012 – Le Ramadan de personnes converties

Elles s’appellent Estelle, Gaëlle (ou Anissa), Sarah, Françoise (ou Fatima), Stephy. Il s’appelle Grégory. Tous ont décidé d’embrasser l’Islam. A tour de rôle, ils parlent de leur premier Ramadan, de leurs souvenirs mais aussi de ce qu’ils vivent aujourd’hui.

« Mais il y a aussi le côté spirituel qui est important. Nous prions beaucoup. »
Estelle vit son premier Ramadan à l’âge de 14 ans. « Je n’ai pas souvenir de difficultés pour moi. A l’époque, l’heure de rompre le jeûne était entre 17 heures et 17 heures 30. » Cette rupture se fait avec dattes et lait, puis avec un repas. Mais la plupart du temps, Estelle mange chez sa meilleure amie d’origine tunisienne. « Nous sortions de l’école et en arrivant tout avait été préparé par sa mère. Chorba, brick, tajine… Les odeurs se mélangeaient aux couleurs ! » Dans le cercle familial, les convictions d’Estelle sont respectées et on la soutient lorsqu’elle vit son premier Ramadan. « C’était encore plus facile car il y avait moins de frustration et encore plus de plaisir, de partage. » A présent, en 2012, Estelle, devenue épouse et maman, vit le Ramadan avec sa belle famille en mangeant presque tous les jours avec elle. « Nous préparons le repas et aimons faire de belles tables. Mais il y a aussi le côté spirituel qui est important. Nous prions beaucoup. » A ses yeux, le mois du Ramadan est sacré et est synonyme de rassemblement. « Je suis souvent avec ma belle-famille mais encore plus pendant le mois du Ramadan. »

« J’avais peur de la réaction de ma famille. »
Le premier Ramadan de Gaëlle se déroule une semaine après sa conversion à l’Islam. « J’avais respecté les règles pour effectuer ma conversion, je m’étais rendue à la mosquée afin d’attester de ma foi et j’y avais prié. » Cependant elle se sent Musulmane bien avant de se convertir officiellement à l’Islam. « Au fond de moi, j’étais convertie depuis longtemps mais je ne trouvais pas la force de sauter le pas, j’avais peur de la réaction de ma famille. » Puis ce Ramadan arrive, sa conversion avec et elle jeûne pour la première fois. A l’époque, elle est au lycée. « C’était vers le 25 novembre. Le midi, j’étais censée être à la cantine pour mes parents, donc aucun problème. La rupture du jeûne était assez tôt donc elle se passait à la cafétéria du lycée avec un cappuccino, un croissant ou des gâteaux achetés à la pause de midi. Cela me fait sourire de penser à tout ça. » Mais le week-end tout se complique. « J’avais la chance d’avoir une petite sœur qui partageait le secret de ma conversion avec moi. D’ailleurs, elle s’est convertie plus tard mais à l’époque elle n’était pas Musulmane. Donc le matin elle prenait son petit déjeuner dans mon bol afin de faire croire que j’avais mangé. Tandis que moi j’avais mangé bien plus tôt avec notamment des gâteaux que je cachais dans mon placard. A midi, je tardais pour finir le ménage et donc je prétextais que j’allais déjeuner plus tard. Comme mes parents passaient leurs week-ends au football, ça m’aidait. Puis le soir, j’étais généralement invitée chez une amie et on mangeait ensemble. Chez l’une de mes amies, on préparait le repas ensemble, on mangeait ensemble, on priait ensemble. Chez moi je priais en cachette et seule. » Elle n’oublie pas cette amie et sa famille qui lui ont ouvert leur porte, leurs bras, leurs cœurs. Aujourd’hui et ce depuis quelques années déjà, Gaëlle est mariée à un homme d’origine marocaine. « J’aime manger des plats algériens pendant le Ramadan. C’est ce que je faisais au début de ma conversion. Mes voisines m’en apportent souvent aujourd’hui. »

« C’est une période spirituelle. La spiritualité peut nous faire défaut le reste de l’année. »
Sarah se convertit à l’Islam en novembre 2003. A ce moment-là, le Ramadan vient de se terminer. « Je l’avais fait sans avoir encore embrassé l’islam. Donc mon véritable premier Ramadan a eu lieu en novembre 2004. » Elle a 22 ans et vit encore chez ses parents, elle est étudiante et célibataire. C’est l’automne et l’heure de rompre le jeûne est relativement tôt par rapport aux repas en famille. « Je mangeais donc en décalé. J’ai grandi dans une famille peu stricte et très tolérante donc je n’ai pas eu de reproches par rapport à ça. » Elle sait que si sa famille n’avait pas supporté cette situation, cela aurait été une difficulté pour elle. « J’ai perdu pas mal d’amies cette année-là. C’est donc toute seule que j’ai vécu mon premier Ramadan. Mes nouvelles amies musulmanes ne se sont jamais bousculées afin de m’inviter chez elles. Peut-être qu’on ne me prenait pas assez au sérieux. » Son quotidien ramadanesque de l’époque est simple. Elle se lève tôt le matin pour prendre son petit déjeuner avec son père levé tôt lui aussi. « Je priais puis je me rendais en cours, j’étais en BTS. Le midi je rentrais à la maison où ma famille était en train de déjeuner mais je m’isolais dans ma chambre. Puis l’après-midi, je retournais en cours. Je finissais assez tard donc je rompais discrètement mon jeûne avec des dattes en plein cours. Une fois rentrée, je faisais ma prière et je mangeais un plat de pâtes histoire de manger. » Elle entend tous les jours ses amies musulmanes dirent qu’elles apprécient le Ramadan puisqu’il est mois de partage, de famille mais aussi de toutes les gourmandises. « Je me disais que oui effectivement ça devait être bien de passer ce mois avec ses proches. C’était un peu triste de mon côté. Mais c’est une période au cours de laquelle j’ai beaucoup appris. » Elle se nourrit de savoir, étant curieuse de tout et cela lui permet de comprendre que le jeûne n’est pas uniquement moments chaleureux lors de la rupture du jeûne autour du repas mais bel et bien un mois de piété au cours duquel le futile est oublié pour opérer un retour à l’essentiel. « C’est une période spirituelle. La spiritualité peut nous faire défaut le reste de l’année. » Au jour d’aujourd’hui Sarah est très peu entourée mais elle rompt le jeûne avec son époux et cela lui suffit amplement. « Quand j’ai commencé j’avais 22 ans, aujourd’hui j’en ai 30. Je suis passée de la Picardie à l’Ile de France. »

« Rien que d’en parler, j’en ai les larmes aux yeux ! »
Françoise vit elle son onzième Ramadan. « Le tout premier a été précédé de longs moments de préoccupations. Je me disais que cela allait être trop difficile, que je ne pourrais pas y arriver ni même réussir à travailler. Je m’étais trompée sur toute la ligne ! » Avec confiance en elle, ses jours de jeûne se sont très bien déroulés. « La rupture se faisait aux alentours de 17 heures et donc lorsque je sortais du bureau. Dans le train, je mangeais trois dattes qui parvenaient à me rassasier voire même à me désaltérer ! Rien que d’en parler, j’en ai les larmes aux yeux ! » Elle se souvient que la météo est clémente et qu’elle ne donne pas de jour de grand froid malgré l’approche de décembre et de son hiver. Par contre sa mère estime qu’elle détruit sa santé en jeûnant. « Il a fallu des trésors de patience et de preuves, comme les services rendus ou encore les déplacements fréquents chez elles, afin de lui faire comprendre que je vivais normalement avec un corps se sentant très bien. » Cerveau en éveil, toxines évacuées, Françoise se sent comme dopée ! Le premier verre d’eau du soir lui donne la sensation que les veines de ses jambes se remplissent. Et à chaque Ramadan revient ce jour de crainte de ne pas réussir à jeûner. Et pourtant tout se passe pour le mieux. « L’an dernier, je suis allée en Malaisie. J’y ai jeûné quelques jours. Malgré la chaleur intense, cela était vivable. Et les gens autour de moi travaillaient, souriaient, sortaient, bref vivaient. »

« Mon second Ramadan s’est passé à la Mecque. »
Pour Grégory, son premier Ramadan a un parfum de particularité. « Je ne connaissais pas grand monde et je pensais que je devais passer un mois complètement replié sur moi-même afin de comprendre toutes les subtilités. Je passais beaucoup de temps à la mosquée près de chez moi. » Pourtant sa petite sœur tente tous les efforts afin qu’il puisse vivre son mois de jeûne le mieux possible. « Mon père ne comprenait pas pourquoi je me privais de nourriture. Ca ne se passait pas très bien avec lui. » A l’heure de la rupture, il rentre chez lui afin de manger car bien que la mosquée offre des repas, il se dit que lui a de quoi manger chez lui et qu’il n’est pas dans le besoin. L’entourage ne le comprend pas et lui ne comprend pas cette réaction, ce manque de confiance, ce jugement. « C’était il y a trois ans. Puis je me suis mis à fréquenter une autre mosquée. J’ai donc pu faire la connaissance d’autres personnes et donc mon second Ramadan s’est passé à la Mecque. Et cette année, je jeûne avec ma petite sœur. Dieu me comble car elle est un soutien, elle qui s’intéresse de plus en plus à la religion musulmane. Nous mangeons ensemble matin et soir et c’est génial. »

« Les personnes ont accueilli avec joie mon histoire, ma conversion. C’est un soutien. »
Stephy n’a pas de souvenir de premier Ramadan parce qu’il se passe maintenant. « Pour la rupture je prépare des gâteaux légers, je mange des fruits, prunes ou abricots et je bois un grand verre d’eau glacée. » C’est en juillet dernier que Stephy franchit le pas pour se convertir devant un ami musulman. « Je vis seule et les premiers jours ont été difficiles. Mon ami m’envoyait des messages afin de m’encourager et sur mon lieu de travail les gens se demandaient pourquoi je n’avais pas faim ! » Elle est fière de son choix donc ne conçoit pas de se cacher. Ainsi elle en parle autour d’elle, à des Musulmans et Musulmanes. « Les personnes ont accueilli avec joie mon histoire, ma conversion. C’est un soutien. » Il reste ce côté triste et cette solitude lors de la rupture du jeûne. Elle se consacre alors à l’introspection, à l’étude du Coran. « Je ne parle pas arabe donc je ne peux pas encore prier. Je me recueille à ma façon. » Malgré le fait d’être seule, elle garde en tête toutes ces félicitations,tous ces messages d’admiration. « Je ne peux pas cacher le fait que j’appréhende la fait de l’Aid, le fait de me retrouver sans personne, ça va être difficile. » Peut être pas ! En effet, elle reçoit des invitations afin de partager des repas de rupture de jeûne. « Je travaille en horaires décalés donc ce n’est pas évident de me rendre disponible. » Elle est persuadée que c’est une épreuve que Dieu lui envoie. Et elle ne baissera pas les bras malgré cette solitude engendrée par sa condition ethnique et sociale !

Deux semaines restent encore à ce Ramadan. Alors bonne continuation à tous ceux et toutes celles qui se sentent concernés.

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