11/03/2013 – Quand Nadia Hathroubi-Safsaf raconte l’immigration en France

Immigrations plurielles

Avec un père qui s’appelle Ali, une mère qui se nomme Khadija, un frère et des sœurs aux prénoms qui viennent d’ailleurs et une culture résultant d’un mélange de plusieurs terroirs, la lecture de l’essai « Immigrations Plurielles. Témoignages Singuliers », écrit par la journaliste Nadia Hathroubi-Safsaf, se fait avec beaucoup d’intérêt ! Parce qu’au fil des pages, l’histoire de l’immigration dans l’Hexagone est relatée et des immigrés, acteurs principaux, racontent leurs trajectoires, se confient.

La France et son histoire
Au gré des gouvernements, au détour des phrases marquantes des personnalités politiques, l’immigré est tantôt passé pour un sauveur, celui venu (re)construire, donner un coup de main au taux de natalité et tantôt a été considéré comme l’autre, l’étranger, celui qui sent trop fort et qui fait trop de bruit. Qu’il soit italien, espagnol, polonais, maghrébin, portugais, ivoirien et d’autres origines encore, l’immigré a connu les vagues de régularisation de sans-papiers, la suspension de l’immigration des travailleurs et des familles, les retours volontaires au pays pour 10 000 francs, les expulsions du territoire français… L’immigré a aussi participé à la Marche des Beurs, appelant à plus d’égalité des droits. Il a regardé attentivement les cohabitations gouvernementales, sans possibilité d’aller voter : comme ce 21 avril 2002 quand l’intolérance du Front National a failli venir s’installer au pouvoir ! Alors, en déroulant l’Histoire, on se rend compte que les gouvernements ont fait des pas en avant puis en arrière, laissant des amalgames se créer. Entre peur de trop donner, de tendre la main et de se faire arracher le bras passant parfois pour une terre froide et peu accueillante.

Ces venus d’ailleurs qui se racontent
S’asseoir aux côtés de Juan, Anna, Lakhdar, Fatema, Maria, Mona, Guido mais aussi Jian, Meriem et Alain. Aller à la découverte des parcours qui sont les leurs. Découvrir des joies, des désillusions, des injustices mais aussi des fins heureuses. Depuis l’Espagne, la Pologne, la Tunisie, le Maroc, le Portugal, l’Iran, l’Italie, la Chine, l’Algérie, la Côte d’Ivoire, ils sont arrivés en France avec en tête cette idée d’une terre d’accueil, d’un eldorado. Juan a vécu la guerre civile espagnole, a perdu les siens. Anna a connu les camps de travail en Allemagne, déportée de Pologne. Lakhdar tout comme Mona et Alain étaient simplement venus étudier. Le premier, d’origine tunisienne. Elle, aux racines iraniennes et Alain, originaire de Côte d’Ivoire. Fatema comme Maria ont suivi leurs époux, respectivement depuis le Maroc et le Portugal. De son côté, Jian est venu de Chine, espoir de sa famille pour gagner de l’argent et vivre mieux. Enfin, Meriem, qui est née en Algérie et a vécu en Irak, a fui la Guerre du Golfe avec ses enfants.

Finalement, même s’ils pensaient vivre quelques années seulement en France, ils y sont restés. Avec l’expérience, cette image d’eldorado est apparue faussée parce que tout ne se présente pas sur un plateau. Il faut chercher l’or dans cette contrée… Aujourd’hui certains sont retraités, d’autres ont leur propre affaire. Naturalisés. Propriétaires… Ils sont passés par différents emplois. Jardinier, maçon, plombier, électricien, ouvrier dans les travaux des champs, des ateliers de confection, artiste, cuisinier, esthéticienne… en étant des travailleurs volontaires et acharnés. A présent, ils sont témoins de la vie de leurs enfants. Des enfants qui auraient très bien pu être Raphaël Yem, Amelle Chahbi, Hapsatou Sy, Nadir Dendoune, Klara Boyer-Rossol ou Berthet One, issus de l’immigration et dont Nadia Hathroubi-Safsaf a également recueilli les témoignages.

Alors…
De la première à la dernière page de cet essai, rendez-vous est donné avec ces êtres humains qui font partie de l’Histoire de la France. Venus en aller simple. Il s’agit de profils parmi tant d’autres et leur consacrer des lignes et des lignes ouvre les portes de l’intimité sous le sceau de la nostalgie et de l’effort soutenu. Tous ces récits pourraient très bien être ceux de nos pères et mères, si nous sommes, nous lecteurs, en France « grâce » à l’immigration. Et l’émotion est grande. Tata Milouda, la slameuse, avait raison dans sa préface. « On trouve qui dans les cabines téléphoniques ? Les immigrés… ». Triste souvenir d’une nuit d’hiver, aux alentours de 3 heures du matin, lorsque Ali et Khadija apprenaient la mort d’un proche au pays, dans une des cabines téléphoniques de France Télécom !

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0095.250Qui est Nadia Hathroubi-Safsaf ? Aujourd’hui rédactrice en chef du magazine Le Courrier de l’Atlas, elle a plus d’une dizaine d’années d’expérience dans le domaine du journalisme (Presse&Cité, Zanatane, Salamnews, aufeminin.com…) et est très engagée dans le monde associatif. « Immigrations plurielles. Témoignages Singuliers » est son premier essai.

3 réflexions sur “11/03/2013 – Quand Nadia Hathroubi-Safsaf raconte l’immigration en France

  1. intéressent j’aimerai lire ce livre, c’est un peu de notre histoire qu’on parle, nous les enfants d’immigré.Personnellement je ne me sens ni me revendique française ou algérienne, on passe d’un monde de préjuger, de diminution,de racisme(la france) à un monde de jalousie tout aussi raciste(l’algérie et compagnie) on est juste des atomes qui gravite dans cette planète juste le temps d’y passé, en espérant avoir une bonne fin.Je déteste ce pays qui me hais et je déteste le pays d’ou je viens peut être qu’un jour on trouvera un asile, mais pour moi c’est certain ce n’est pas la france et j’espère bien un jour la quitter définitivement avec les miens

  2. Tellement vrai le coup de la cabine téléphonique ! pas une semaine sans que ça ne me serre le coeur.
    Elles sont en plus très souvent vandalisées et toutes pourries ces cabines : rouille, urine, verre brisé, tags, touches couvertes d’une épaisse couche de crasse…

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