21/04/2014 – Algérie : « Barakat », il y en a assez ? Pas encore.

Page Facebook Barakat Lille

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Quatrième mandat en poche pour Abdelaziz Bouteflika. Le président sortant a été réélu tandis qu’il est affaibli et que sa santé laisse présager qu’il ne sera qu’un pantin pour les années à venir. Des voix s’élèvent face à cette situation. Le mouvement « Barakat » crie qu’il en a assez. Suivi en Algérie tout comme au sein de la diaspora, il voit la nouvelle élection de Bouteflika tandis que ce dernier n’a pas fait campagne en personne et était presque un fantôme. Trois témoignages ont été recueillis avec des points de vue totalement différents quant à la situation de l’Algérie.

« La continuité ou le changement »
Nelrimen est inscrite sur les listes électorales du côté de Lyon. Elle aurait pu aller voter cependant en raison d’un contre temps elle n’a pas pu le faire. « Mon vote et mon cœur balançait entre deux candidats : pour le changement ou la continuité. » La grand mère de Nelrimen a une influence politique importante et pour elle il fallait choisir la continuité ! « Mais pour mon père c’était le changement ! » Que choisir ? « Bouteflika est un homme de chez nous. C’est un homme de l’ouest, ça changeait de tant d’années de gouvernance de personnes venant de l’est. Ca peut paraître compliquée comme pensée mais l’Algérien lui-même est compliqué. » Etant une « fille de France » comme elle le dit elle-même, Nelrimen n’a pas eu de candidat proche d’elle, ni pensant aux Algériens de l’étranger. « On ne fait rien pour nous. On paie nos billets une fortune pour revenir en Algérie et une fois là-bas, on nous colle cette étiquette d’immigrés riches ! » Alors pour Nelrimen si « Barakat » il y a, c’est un ras-le-bol différent de cette jeunesse sur place qui ne travaille pas voire selon elle, qui « refuserait de travailler ». 

Voter pour un système et non pour un homme
Pour sa part, Aména, du côté de Rouen, a décidé d’adhérer au système. « La politique en Algérie est très compliquée car le président ne dirige pas seul le pays. Il y a quelques années lorsque Bouteflika briguait son troisième mandat, j’étais contre lui car je voyais d’un très mauvais oeil le fait de changer la constitution. » D’après la jeune femme, tout le monde sait que ce n’est pas le même homme qu’auparavant. Cependant son bilan est positif dans certains domaines. « Je suis immigrée et je me rends compte que la vie sur place a connu des améliorations. Je suis issue d’une famille pauvre vivant dans des « bled » reculés. Il y a tout un tas de produits qu’on ne trouvait pas avant ou à des prix exorbitants dans quelques boutiques spécialisées pour « immigrés » et qui sont devenus courants de nos jours : lessive, adoucissants, céréales… » Aména évoque aussi la politique de logement mise en place pour faciliter l’accès à la propriété. « J’ai dans ma propre famille des gens qui ont pu acquérir des petites maisons grâce à ces aides. » Selon elle, il ne faut pas non plus oublier les dix années de terrorisme qui ont traumatisé le pays. « Dix années au cours desquelles personne n’a regardé l’Algérie, n’a essayé de soutenir le peuple d’une manière ou d’une autre. Dix années d’atrocités durant lesquelles la peur régnait et le rêve était quasiment interdit. Si tu voyais ton mari et tes enfants sortir le matin, tu n’avais qu’une envie, les voir rentrer sains et sauf le soir. » Bouteflika a su réconcilier le pays avec lui même. Malgré tout Aména ne pense pas que le meilleur candidat, celui le plus adéquat pour le pays, ait été présent parmi ces noms se présentant aux élections. « Je n’ai aucune confiance en l’Homme malheureusement. Quant au mouvement « Barakat », je l’ai en horreur ! C’est une bande d’opportunistes, laicards, des bobos qui vivent à la française, éternellement colonisés. Moi j’aime l’Algérie, arabe et berbère, musulmane. » Aména souhaite voir un leader charismatique capable de s’occuper d’une Algérie déjà affaiblie par les relations tendues avec le Maroc et la Tunisie, qui peine à se relever. « Nous sommes tout près de la Libye dont plus personne ne parle mais qui est comme une tombe, de l’Egypte qui se « sionise ». Sans parler de la situation en Europe qui dégénère. »

Le mouvement « Barakat » à Lille
Sarah, à Lille, est l’une des membres du mouvement « Barakat » dont une antenne a été créée dans le nord de la France. « Aujourd’hui nous disons stop au système corrompu. Cette parodie électorale va permettre une nouvelle fois au régime de consolider son totalitarisme et de perdurer dans le système. L’Algérie s’apprête à être gouvernée, une fois encore, par un homme gravement malade, n’étant plus en mesure de diriger le pays, comme si l’Algérie était en déficit de jeunes, de femmes et d’hommes, compétents et intègres, intelligents et expérimentés qui peuvent donner un nouveau souffle à ce pays et son peuple qui a tant enduré », indique Sarah. « Système dégage », « pour un état de droit », « pour un changement radical et pacifique », « pour la liberté d’expression » sont autant de formules utilisées. « Ce mouvement a très vite pris en Algérie. En l’espace d’un mois, il y a eu quinze sit-in dont sept à Alger et huit à travers différentes wilayas du pays dont Annaba, Sidi Bel-Abbès, Tizi Ouzou et Batna sans parler des manifestations à Blida, L’Aures, Bouira, Bejaia. 
En France, il y a des groupes à Paris, Lille, Montpellier, Lyon. On en retrouve aussi au Canada et aux Etats-Unis« , dit Sarah. Les arrestations sont monnaie courante lors des rassemblements en Algérie. La répression policière est l’obstacle face auquel se retrouve « Barakat ». « Nous sommes même caractérisés de sionistes. On ne voit pas le rapport. Nous soulignons le fait qu’aujourd’hui Bouteflika est le président de la république… juridiquement seulement. On parle du « Clan Boutef » qui réunit des généraux, son frère Said Bouteflika et d’autres opportunistes qui gouvernent réellement l’Algérie. Ce quatrième mandat qui viole la constitution algérienne montre bien que le fonctionnement des institutions reste opaque en raison du rôle politique majeur de l’armée, hérité de la guerre d’indépendance. » Sarah, tout comme Aména et Nelrimen, n’a vu aucun des candidats comme étant le mieux à même d’être le président du pays. Tout le système doit être changé. « Je parle là de la séparation de l’Etat et de l’Eglise… je veux dire de l’Armée. » Pour ces élections, les directives de « Barakat » ont été simples : appeler au boycott des élections pour ne pas avoir à participer à cette « mascarade », avec un risque de fraude élevée en la présence « de partis dont les coquilles sont vides. » Certes aujourd’hui Bouteflika est élu cependant le mouvement « Barakat » est né dans l’objectif de se projeter bien après le 17 avril…

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