24/09/2012 – La liberté assassinée

« Les abus de la liberté tueront toujours la liberté. » (André Maurois)

On la scande. On la veut. On la désire. On lui court après. Lorsqu’elle nous est enlevée, on s’offusque. On crie à l’injustice. On parle d’obscurantisme. On lève les foules. On crie des slogans. On dénonce ! On mobilise. On fait signer des pétitions par des grands et petits noms. On parle de ces figures emblématiques qui ont combattu pour la liberté. Parce qu’on se souvient de cette époque où on éditait sous le manteau, où on partageait ces mots sur papier discrètement ! On se souvient qu’un temps on tuait l’être qui voulait dire tout haut ce que le monde pensait bien bas. Mais on se dit surtout que certains pays ne donnent pas cette liberté, aujourd’hui… Puis, lorsque tout est calmé, qu’on décide que la liberté existe et qu’on lui donne raison, voilà que tout cela recommence… Se présente alors un jeu, cet amusement qui leur convient. Une histoire sans fin. Mais que veulent-ils… à la fin ? Leur a-t-on demandé de se murer dans le silence, de ne plus faire tourner leurs rotatives, de ne plus publier ? Non… Alors pourquoi ? Pourquoi recommencent-ils sans cesse avec le même refrain, les mêmes paroles ? Avec les mêmes armes pour atteindre la même cible. Sont-ils kamikazes ?

« La liberté de la presse présente des inconvénients. Mais moins que l’absence de liberté. » (François Mitterrand)

On touche à ce qu’il y a de plus sacré chez certains. On peut supposer, par expérience du passé, que cela va engendrer des heurts, des descentes dans les rues… avec violence à la clef, dont vont faire preuve ceux qui sont les moins dotés d’intelligence. Tandis que la liberté regarde tout cela. A bout de souffle, elle aimerait parler mais ne peut pas. Elle aimerait demander à la planète de la laisser tranquille et d’arrêter de la prendre sans cesse comme bouclier pour réussir à parler de tout, pour se justifier d’avoir le droit. Le droit de quoi ? De se moquer des autres, de présenter des choses comme elles ne sont pas. La liberté aimerait leur dire d’arrêter leurs films sans queue ni tête, d’arrêter leurs caricatures blessantes. Parce que oui des gens sont blessés derrière tout ça. Mais il n’y a pas que ça. Un simple dessin, de simples images parviennent à mettre des individus les uns contre les autres, des individus qui ont pourtant des valeurs et des symboles en commun. Ces uns sont violents. Ces autres veulent se révolter en paix, sans violence. Alors on dit que plus personne n’a le droit de manifester son mécontentement. Cependant, la liberté de dire ce que l’on pense après la provocation existe et doit aussi être respectée. Comme sa sœur, la liberté de la presse.

« A la liberté de provocation, répond la liberté d’objection. » (Bernard Pivot)

Des gens voient leurs valeurs, leurs croyances bafouées, jetées aux ordures. La liberté souhaiterait demander à ceux et celles qui se sentent blessés dans ce qu’ils ont de plus sacré de ne pas agir comme ceux et celles qui sont les auteurs de ces réalisations grotesques. Puissent-ils avoir le bon sens de réfléchir avant d’agir ! Réfléchir, penser à l’image que des comportements agressifs pourraient engendrer. Nul besoin de dire que le droit de manifester existe, cela tout le monde le sait. Mais que la paix habite les rangs des personnes qui marchent dans les rues. Parce que encore une fois la liberté a été assassinée. Il est clair qu’elle reviendra à la vie. Car elle revient toujours à la vie, juste pour mieux se faire massacrer par la suite. D’elle on abuse. On lui passe dessus. On la sort à chaque fois comme une carte magique. Sauf que rien n’est magique et lorsque se succèdent des évènements incontrôlés avec du sang et des morts, là apparaît le plus tragique ! Usons de liberté mais pour dire la vérité. Pour l’amour de la liberté que l’on vole si souvent pour ne répandre que mensonge !

« La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit. » (George Orwell)

Une réflexion sur “24/09/2012 – La liberté assassinée

  1. Ca me fait réagir mais « chaud » d’expliciter la réaction parce-qu’il y a plusieurs points dans cet article… et de la révolte aussi que l’on ressent.

    En fait je partage la révolte parce-que bien sûr que c’est insupportable de se faire donner des leçons de liberté par des gens qui ne s’indignent pas quand on manque de respect à d’autres.

    On ne peut pas nier qu’il y a de l’islamophobie en France, de même d’ailleurs qu’on ne pas nier qu’il y a de l’homophobie, de la lutte des classes, du racisme…
    Et à chaque fois ce qui est intolérable c’est que ce qui est attaqué c’est « l’essence » de l’individu.
    On lui fait mal sciemment, on le rejette mais on se ment en se disant que « c’est de la plaisanterie », « c’est de la liberté d’expression » : non ! c’est « du manque de respect », « de la méchanceté », « de la bêtise ».
    Et c’est clair et net que dès que tu touches à un truc qui leur tient à coeur alors là le discours n’est plus le même…

    Par contre, « Usons de liberté mais pour dire la vérité. » est selon moi antinomique dans le sens où si l’on admet pour chacun la liberté de croire et de penser, on admet nécessairement que co-existent plusieurs vérités…
    Par exemple la vérité du protestant n’est pas la même que celle du catholique, la vérité de l’indien pas la même que celle de l’éleveur de « vaches à viande » etc.
    Si la vérité absolue existe, sera-t-on un jour capable de l’appréhender ?
    Même en unissant nos efforts et en se consacrant entièrement à sa recherche, peut-on seulement l’approcher ?
    Pour moi rien n’est moins sûr… cf. le mythe de la caverne de Platon (ou Matrix ;-)), Galilée, Einstein, etc.
    Et je pense que si on ne s’autorisait plus la contradiction, le débat, les opinions folles ou choquantes, on s’en éloignerait encore plus. Mais ça peut et ça doit se faire sans blesser ! Je pense qu’on peut débattre et apporter de la contradiction sans blesser pour autant si on ne cherche pas absolument à statuer définitivement sur un sujet, à imposer son opinion, et si on apprend à connaître l’autre pour ne pas lui faire mal.

    En fait pour y arriver jecrois, il faudrait rajouter « respect » à « liberté » et « vérité ».

Une réaction ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s