31/08/2015 – Ils sont réfugiés, plus que migrants

Ca n’échappe à personne… j’espère. Il n’y a pas un jour qui passe sans entendre parler d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant la guerre et la mort. Je souhaitais absolument en parler sans savoir comment. Il y a trop d’émotion là dessous. Lorsque bien à l’abri, on assiste à ce macabre spectacle, on se sent bien impuissant et très en colère.

C’est la mort qu’ils fuient

Des hommes, des femmes et des enfants perdent la vie en voulant se REFUGIER. Ils quittent leurs pays. Là où ils ont toujours vécu, là où ils ont construit leur vie. On ne part pas d’un tel lieu comme ça. Il faut des raisons. Il faut vouloir échapper à la guerre, à la mort, à la souffrance. C’est ce qui a incité Abdul a quitté la Syrie. Sinon il ne serait pas là, dans les rues au Liban à vendre des stylos avec sa fille endormie dans les bras ! Qu’aurions-nous fait à sa place ?

Abdul a quitté la Syrie

Abdul a quitté la Syrie

Je n’ai pas envie de les appeler migrants

Moi, fille d’immigré, je n’ai pas envie d’appeler ces hommes, ces femmes et ces enfants des « migrants » ou des « immigrés ». Mon père n’a pas fui la guerre de son temps. Il cherchait une vie économiquement meilleure. Abdul, lui, a cherché à sauver sa vie et celles de ses deux filles. Mon père n’était pas dans une détresse ou dans un pays en conflit. Dans les années 70, le Maroc était paisible. Alors non le mot « migrant » n’est pas assez fort pour parler de ces hommes, ces femmes et ces enfants. Oui, les organisations internationales utilisent des termes précis selon le droit international. Mais ce n’est pas mon cas.

Ils boivent la tasse tandis que moi je la déguste

Mon père, la Mer Méditerranée il l’a traversée dans un navire pas dans un bateau pneumatique. Pour se retrouver où il vit aujourd’hui il a utilisé le train. Il n’est pas mort dans un camion au milieu de 70 autres personnes. La photo de son corps ne s’est pas retrouvée dans les médias suscitant la pitié, l’émoi, les pleurs… Dire que ces hommes, ces femmes, ces enfants qui fuient des conflits en Syrie, en Irak, en Libye, en Érythrée et d’autres pays encore sont des migrants c’est occulté le danger de leur voyage pour venir. Ils passent les frontières à travers les barbelés. Ils marchent des jours et des jours. Au milieu de la mer, ils ne savent pas si ils parviendront à rejoindre l’autre rive. Vulgairement, ils boiront la tasse et nous regarderons ces clichés de leurs corps échoués sur des plages… une tasse à la main… sans l’avoir fait exprès.

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