07/01/2013 – Rencontre avec Amir Hassan à Gaza

DSCN4320

Samedi 29 décembre, je n’ai pas besoin de décrocher mon téléphone afin de discuter avec Amir. Je ne suis plus à Paris. Et Amir est là devant moi… dans la Bande de Gaza. Assis dans le hall de l’Hôtel Palestine, nous reprenons nos habitudes : discuter de son quotidien, de ce qu’il vit. Je tape au clavier, il parle. Je l’écoute, il raconte. A présent je peux me visualiser chaque lieu, chaque rue qu’il évoque. Nous reprenons là où nous en étions restés la dernière fois où nous avions échangé. « C’est particulier parce que je ne me souviens pas de ma vie d’avant les bombardements de novembre. J’étais parti trois mois en France juste après la fin de mes études. J’ai donc eu trois mois d’absence que je n’ai pas pu rattraper étant donné que je suis rentré pendant les bombardements et qu’il était plus prudent de ne pas être dans les rues. » Amir me raconte que deux jours après la fin de l’opération israélienne Pilier de Défense, il s’est mis à réfléchir à la situation en se disant qu’il ne se voyait pas survivre à ce déferlement de violence de la part de l’état hébreux. « J’ai conscience que tout le monde peut être touché et moi je ne comprenais pas le fait d’être encore là tandis que j’avais côtoyé la mort durant huit jours. J’en avais oublié la vie. »

Lui qui aime arpenter les rues de sa ville, se promener sur la plage, sentir l’ambiance de Gaza, n’a plus rien voulu faire. « Je me suis rendu au département de Français à la faculté mais je n’y ai pas trouvé ma place. » Amir a passé une grosse partie de son temps à aider les associations étrangères venues pour quelques jours sur place. « J’ai servi d’interprète. Cela m’a beaucoup occupé et surtout j’ai découvert un nouveau coté de la Bande de Gaza que je ne connaissais pas. En réalité, les Gazaouis eux-mêmes ne se rendent pas compte de ce que peuvent vivre les autres Gazaouis. » Il a vu ces maisons sans toit, ces toilettes sans porte. « Il y a quelques années, je vivais dans le camp de réfugiés de Al-Shati. A présent, je vis ailleurs. Mais si mon existence avait continué dans ce camp, qui serais-je aujourd’hui ? »

Amir fait partie de ceux qui prônent la résistance par la paix. « Je suis peut être naïf en parlant de paix mais je ne peux pas changer mes sentiments. Les Gazaouis n’ont aucun espoir. Dans les maisons palestiniennes, avoir une tasse de thé est un luxe. Ils n’ont rien à manger. J’ai vu les valeurs de la vie et les différences entre riches et pauvres. » Aider est une chose qui lui tient à cœur aujourd’hui. « Je sais que si je donne, cela me reviendra un jour ou l’autre. Car la terre est ronde et ce que l’on peut faire, nous revient forcément. On peut être critiqué car on pense aux autres avant soi-même, mais cela n’est pas important. » Amir a comme signé un contrat avec lui-même. Un contrat qui lui donne de l’énergie pour avancer.

« C’est vrai que je dors moins depuis la guerre car il y a tellement de choses à faire. J’ai le souvenir de cet homme de 28 ans qui a reçu une balle dans son dos. Nous l’avons visité avec une association. Cette personne ne peut pas bouger sa partie basse du corps. Il doit prendre beaucoup de médicaments. Sa famille a des dettes importantes et il est difficile d’acheter des médicaments. » Il a donc eu de la peine en regardant son père. Un père voyant son fils de 28 ans blessé et ne pouvant rien faire. « Je me suis senti mal car ce père de famille, âgé de 60 ans, a peut être pensé qu’on venait comme des spectateurs pour faire des promesses et repartir sans agir. Et lui serait seul à s’occuper de son fils. » Avec cette image en tête, Amir avait lancé un appel d’urgence sur Facebook pour avoir des médicaments précis. Les gens ont répondu à l’appel. « Cet homme ne m’a rien demandé. Il n’a pas exprimé de souhait mais j’ai lu dans ses yeux. Il a suffit d’une phrase sur les réseaux sociaux pour avoir ce médicament ! »

Un simple geste pour une aide si grande, si vitale ! « Aujourd’hui il a pour son fils un médicament dont le prix est élevé. On ne peut pas rester silencieux. Si nous ne sommes pas morts sous les bombardements israéliens, nous devons aider. Moi, je fais l’interprète mais je ne suis d’aucune association. C’est une aide que je peux apporter puisque je parle le français donc c’est un devoir. Si je ne fais pas ça, je travaille contre mon peuple. » D’ailleurs, Amir parle de ces gens qui composent les associations qui viennent sur place. «  Je passe du temps avec eux et lorsqu’ils repartent dans leur pays, cela me fait de la peine car on se lie vite d’amitié. Grâce à cela aujourd’hui je peux dire que j’ai ma famille à Gaza et ma famille à l’étranger, surtout en France. » Amir tire de chaque rencontre une leçon de vie. Partager avec les gens l’aide à grandir. « Ca remonte le moral de voir tous ces gens qui pensent à nous. Mais je sais qu’il ne faut idéaliser personne. Pas même les Palestiniens ! Je fais partie d’un peuple comme les autres ! Et nous Palestiniens sommes sur le chemin. On est encore loin de l’arrivée mais on sait où on veut aller : vers la liberté ! »

3 réflexions sur “07/01/2013 – Rencontre avec Amir Hassan à Gaza

  1. Ping: Edito’ du 30/12/2013 – 12 mois d’édito sur le blog en 2013… | à l'Encre de ma Plume...

Une réaction ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s