« En 2020, la Bande de Gaza ne sera plus habitable »

Amir

Samedi 16 Mars 2013. Gennevilliers. Ce soir, dans cette ville des Hauts-de-Seine, Amir raconte la Palestine, comme il en a pris l’habitude depuis qu’il est arrivé en France début janvier. Il tente de remonter très loin. Il nous parle de sa famille, de ce déplacement forcé qu’ont subi ses grands-parents dans les années 40 lorsque l’état d’Israël était créé. « Ils sont partis en fermant la porte, en prenant la clef, en se disant qu’ils reviendraient. » Ils ont pris la direction de Gaza, ville la plus proche. Et aujourd’hui, tous ceux qui, comme eux, ont dû abandonner leurs maisons ont encore ce souhait de droit au retour. « On peut dire que nous, Palestiniens, sommes les dernières victimes des Nazis. Les Juifs ont souffert d’Hitler et nous, nous souffrons de ne pas avoir un pays à nous. Nous souffrons de nous être fait voler nos terres lorsqu’elles ont été données à d’autres tandis qu’on y vivait et cela continue encore. »

Dans la Bande de Gaza, les aquifères sont dans un très mauvais état. L’eau est cause de maladies. Les zones fertiles à l’est sont soumises à la zone tampon, impossible de les cultiver. Et depuis les accords d’Oslo, les subventions passent par Israël avant d’être remises à l’Autorité Palestinienne. « C’est souvent un élément de chantage et donc on se retrouve dans des situations bloquées pour le paiement des fonctionnaires par exemple. D’ailleurs je parle de l’Autorité Palestinienne qui agit sur la Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, c’est le Hamas qui gouverne. On a deux gouvernements ! Israël veut nous diviser ». Un Palestinien qui vit en Cisjordanie doit très souvent passer par la Jordanie, puis l’Egypte et le Terminal de Rafah afin d’aller dans la Bande de Gaza tandis qu’en passant par Israël, le chemin serait bien plus court mais choisir cet itinéraire est tel le parcours du combattant pour les autorisations. Quant aux habitants de Gaza, avoir une autorisation pour le passage d’Eretz est déjà un miracle pour accéder à Israël et le fait de sortir de la Bande de Gaza par le Terminal de Rafah doit se faire pour de bonnes raisons.

Du côté économique, la Bande de Gaza est un gros marché pour Israël puisque du fait du blocus, les produits ne sont pas importés directement sur place. « Les tunnels avec l’Egypte ont une grosse importance étant donné qu’ils permettent d’avoir tous les produits qui ne sont pas disponibles dans ce qui vient d’Israël. » Amir raconte l’histoire et les fausses promesses données aux Palestiniens. « Avec l’Intifada de 87, les Palestiniens ont rappelé notre cause au reste du monde. A présent, on ne lutte pas pour retrouver un port, un aéroport. On veut retrouver notre terre. On veut aussi retrouver notre identité. »

« Malgré tout ce que l’on vit, nous n’avons peur de rien. J’habite Gaza, cette ville d’une enclave d’où viennent les problèmes apparemment mais aussi les solutions. La Bande de Gaza est stratégique. » Cependant plus aucune usine ne tourne sur place et rien n’est donc produit. « Cela fait des années qu’Israël tourne un long métrage dans la Bande de Gaza avec les drones, les ballons d’observation, peut-être qu’il aura un jour l’Oscar ! Il détruit des oliviers mais depuis quand les oliviers jettent-ils des pierres ? Et depuis quand l’enfant qui jette un pauvre caillou face à un char israélien peut-il le blesser ? » Amir évoque cette technologie si avancée que Tsahal se nargue d’avoir pour diriger un missile jusque « dans le café » de la personne visée. Pourtant lors des grosses opérations militaires, des civils meurent, des enfants, des femmes… Des innocents ! L’arbitraire remplace alors la technologie !

« J’ai entendu cette femme sur France 2 qui disait que la Palestine est une fiction. Moi je suis bien là, présent. J’existe ! Alors pourquoi dire des mensonges ? Beaucoup pensent aussi que dans la Bande de Gaza, on se promène pieds nus, mal habillés. Que c’est le chaos, qu’il n’y a rien, qu’on vit enfermés… C’est mal nous connaitre. On a de l’argent puisqu’on réussit à trouver des solutions pour travailler malgré le blocus qui nous empêche de voyager, d’exporter, d’importer… On pourrait être de gros consommateurs ! » Amir fait sourire par ses comparaisons. « Les Bretons vivent bien avec la pluie. Ils ne s’arrêtent pas de vivre. Nous c’est pareil. On vit malgré la pluie israélienne de missiles. » Malheureusement Israël fait trop souvent des folies lorsqu’il a peur. Il est l’enfant gâté du monde, un état voyou.

D’après un rapport de l’ONU, la Bande de Gaza ne sera plus une zone habitable en 2020 à cause de la pollution, le vol d’eau et de terrains tout comme les maladies. « On peut perdre Gaza, ce patrimoine. » Amir garde pourtant l’espoir que Gaza ne mourra jamais !

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