« La Bande de Gaza, à l’époque de la bougie », dixit Amir Hassan

Gaza...

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Vendredi 29 Mars. 20h à Paris. 22h à Gaza. Amir vient d’avoir l’électricité et en profite pour répondre aux mails en même temps qu’il est au bout du fil. « Avoir l’électricité est important car tout tourne autour du courant électrique ! »

L’électricité coupée mine le moral. « On fait semblant de vivre. On n’a pas envie de mettre les pieds dehors surtout quand la nuit est tombée. Il n’y a pas d’éclairage, à quoi ça servirait de sortir ? » Les générateurs marchent au carburant mais le carburant a un coût et lorsqu’un foyer n’en a plus, il n’utilise plus son générateur. « C’est dur moralement. Parce qu’on se sent inutile. Je travaille avec mon ordinateur à la maison et sans électricité, je ne sais pas quoi faire. Alors j’attends que revienne le courant. Mon quotidien est chamboulé. Je veille la nuit pour utiliser Internet et je dors la journée. Lorsque je me réveille il n’y a plus personne à la maison. Chacun est au travail ou à l’école. Avant j’étais étudiant donc mes journées étaient occupées par mes cours. Maintenant que mes études sont finies et que je ne travaille pas, je prends conscience de cette réalité. » Aujourd’hui dans la Bande de Gaza, les habitants veulent accomplir des choses mais sont comme des lions en cage sous blocus ! « Des proches me demandent comment faire pour partir d’ici, pour aller en Europe afin de vivre librement. » Heureusement, Amir a sa famille, ses amis qu’il visite. « D’ailleurs, je dois leur acheter des petits cadeaux car il y a des anniversaires qui arrivent. » Un brin de bonheur au milieu du blocus sur une Bande de Gaza à l’électricité à temps partiel. Cependant de cette existence sans électricité, sans lumière, Amir en a assez !

« Il y a trop d’enfants brûlés à cause des bougies. La réalité c’est qu’au 21ème siècle, Gaza vit à l’époque de la bougie et les bougies sont chères. Cela fait plus de sept ans que cela dure. La même souffrance. C’est tout sauf une vie !  Les années passent et les jeunes remplacent les vieux. Il y a toujours la même chaise sur le même trottoir devant la porte de la même maison et la même attente : travail, électricité, liberté. Les journées sont longues mais il n’y a rien à faire. On essaie d’observer les saisons passer devant nos yeux et nos yeux ont du mal à les distinguer. Une réalité triste pour une génération triste, née triste, enterrée triste. Que des murs et des frontières. Derrière le mur, il y a les lumières de l’occupant qui en profite et de l’autre coté de la mer, il y a ce port d’Ashkelon qu’on voit décoré de lumières, depuis des années. Et nous, avec nos regards sous blocus, on ne fait qu’observer notre prison et notre quotidien, qui est plus fatigué que nous. »

Amir s’interroge. « Que faire pour changer ce destin imposé, ce destin qui commence dans le noir et qui finit dans l’obscurité ? Tous les visages se ressemblent, tout est noir. Aux yeux brillants des enfants qui ne comprennent rien et qui rient ; aux yeux brillants des jeunes qui ont peur de ce lendemain qui n’arrive jamais : que dire ? Comment leur mentir ? Faut-il toujours leur raconter que le mauvais temps empêche l’arrivée des rayons du soleil ? Faut-il toujours maudire le temps, qui n’a rien à voir ? Ou bien faut-il simplement dire que l’avenir est devant eux et qu’il faut continuer à rêver ? Car rêver est une résistance sur cette terre. Et même le rêve lui même a du mal à imaginer qu’on puisse toujours rêver malgré ce temps maudit ! »

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