« La paix c’est avant tout la justice », dixit Amir Hassan, jeune écrivain Gazaoui

Amir Hassan (à gauche) et Christophe Dauphin
source : http://www.leshommessansepaules.com/auteur-Amir_HASSAN-517-1-1-0-1.html

« Gaza l’Espoir » est la formule utilisée par Amir Hassan lorsqu’on lui demande une dédicace sur l’un des ouvrages auxquels il a participé. Amir a 22 ans. Amir est souriant. Ce sourire lui colle aux lèvres et son humour réchauffe le cœur. Pourtant, cet écrivain vit dans une prison à ciel ouvert, durablement et durement sous blocus… Malgré cela, Israël n’a donc pas réussi à tuer les sourires d’un jeune homme de la Bande de Gaza, qui pourrait être un second Mahmoud Darwich.

Ces bombardements, d’ailleurs, il en a tellement l’habitude que vivre sans en France lui fait bizarre.
Né le 12 décembre 1990, Amir est étudiant en français à l’Université Al-Aqsa de Gaza. Il est fou amoureux de la poésie. Son talent lui a permis de participer à l’écriture des textes de la pièce de théâtre « La Flottille, de Grèce à Gaza » (signée Anastassia Politi). Son aventure en France commence dès 2010 avec un premier stage linguistique de trois semaines à Perpignan et l’attribution d’une bourse du gouvernement français. Ce premier voyage le marque parce qu’Amir n’a jamais été au delà de Gaza ou de l’Egypte. « J’étais étonné devant tout ! Les personnes Asiatiques avec des yeux bridés, les distributeurs de boissons et le RER. Sous terre ! » En 2011, il est troisième lauréat du concours de nouvelles en langue française réalisé en Palestine. Son texte « Le premier visage fait le dernier voyage » fait partie de l’ouvrage collectif « Echos de Palestine », paru en 2011. Grâce à cela, il se rend une semaine à Paris, en Septembre 2011, où un prix lui est décerné à l’Institut du Monde Arabe. Amir est également membre du Centre pour la Paix de Gaza et participe au groupe de théâtre francophone gazaoui. Son français, qu’il commence à apprendre seulement un mois avant le début de l’opération Plomb Durci, est teinté d’un accent oriental. C’est avec cet accent qu’il compare Saint Denis à Gaza mais… sans les bombardements. Ces bombardements, d’ailleurs, il en a tellement l’habitude que vivre sans en France lui fait bizarre.

« Mon père a aussi été arrêté. Ma mère a eu très peur. »
« Mon père ne nous a jamais parlé de l’histoire de la Palestine. Son père avait été arrêté par l’armée et est mort en prison. Israël le lui a volé. » C’est sa grand-mère qui va lui apporter toutes les choses qu’elle sait. « Elle m’a décrit la ville de Jaffa d’où elle était originaire. Dans la Bande de Gaza, nous sommes les plus nombreux au monde sur une surface si petite. » Amir a compris la situation à partir de la seconde Intifada en 2000. « J’habite tout près de l’hôpital Shifa. Donc j’avais l’habitude de voir les ambulances passer avec des morts, des blessés… des martyrs. Je me suis mis à comprendre, moi qui considérais les soldats Israéliens comme des êtres gentils. Je leur serrai la main quand j’étais petit, quand j’avais 4 ans, comme si tout était normal. » Parce que sa mère lui apprend à ne pas les haïr afin de ne pas l’effrayer. Il était trop jeune pour prendre en pleine face le conflit qui ronge son peuple depuis des années et qui campe dans son futur. « Mon père a aussi été arrêté. Ma mère a eu très peur. »

« Israël nous dicte quand manger, quand nous laver, quand vivre. »
Dans la Bande de Gaza, il n’y a ni enfance, ni adolescence. Très tôt, chacun devient adulte avec l’état hébreux qui commande la vie. Les enfants réussissent d’ailleurs à expliquer la différence entre un F16, un missile phosphore, un avion d’observation… Ils vivent avec les bombardements. « Israël nous dicte quand manger, quand nous laver, quand vivre. On peut attendre trois heures dans les files pour acheter du pain. On peut patienter près de huit heures avant d’avoir à nouveau l’électricité. » Puis il prononce une anecdote qui le fait rire et son rire est communicatif. « On ne connaissait pas la Vache qui Rit. Mon père nous a fait découvrir ça. C’est un luxe qu’on n’avait pas à Gaza ou alors c’était trop cher. » Aujourd’hui, en 2012, son quotidien de Gazaoui est fait de bombardements. Lorsque la nuit, les bombes ont retenti et qu’au matin Internet est disponible, il tente de connaître les noms des quartiers touchés, les noms des martyrs. Il cherche aussi à savoir si le carburant a pu rentrer. Car le carburant régit tous les déplacements dans la Bande de Gaza. « Lors de l’opération de l’armée israélienne en 2008, je me rappelle qu’il était midi ce 27 décembre. Il y a eu 60 avions militaires dans le ciel. C’était le premier jour des examens. J’étais assis dans un café en face de l’université. J’ai cru à la fin du monde. Le bruit était terrible ! Pour rentrer chez moi, je devais slalomer dans les rues, je n’avais pas le choix. » Bien plus tard, dans la soirée, ceux qui ont accès aux médias comprennent que l’opération Plomb Durci a commencé.

« L’enfant de 5 ans qui tire une pierre est donc terroriste ? »
« Il y a eu tellement de morts Palestiniens, tellement de blessés mais pour combien de militaires Israéliens touchés ? On a dit aux Palestiniens de voter démocratiquement. Le Hamas a gagné et voilà comment les Israéliens ont réagi, en nous attaquant. Tout a été bloqué. » Amir explique que Tsahal a pour habitude soit d’appeler sur la ligne téléphonique de la maison prochainement attaquée soit d’envoyer un « petit » missile avant d’envoyer bien plus gros. « Est-ce que nous provoquons ou est-ce Israël qui veut tuer ? Israël nous menace, nous prend pour des terroristes. L’enfant de 5 ans qui tire une pierre est donc terroriste ? Il n’y a pas de justice. La paix c’est avant tout la justice. » Ce 14 novembre, Amir reprendra l’avion pour Le Caire puis prendra la route en direction de Rafah afin de retourner à Gaza. Il en a pour presque deux jours de voyage. « Un centre de détention existe sous l’aéroport du Caire. A notre arrivée, nous sommes dirigés vers cet endroit en attendant d’être mis dans des bus pour Rafah. Moi, je ne sais pas combien de temps je resterai dans cette sorte de prison. Il suffit que le terminal de Rafah soit fermé pour que la durée dans ce lieu soit prolongée. Dernièrement, il y avait eu une attaque dans le Sinaï, donc les gens sont restés bloqués au Caire, ne pouvant partir. Ne croyez pas qu’il nous est possible de dormir, manger… Il n’y a pas de chaise. Nous devons donner de l’argent aux policiers afin qu’ils aillent nous acheter de la nourriture. » Si l’aéroport de Gaza n’avait pas été détruit, un vol Paris-Gaza ne prendrait que… 4 heures ! Triste réalité !

« Gaza l’Espoir »

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