« A honeymoon apart » – Une lune de miel à part

Sameeha and Ayman

Sameeha, une amie palestinienne, mariée tout récemment, avait publié un texte superbe en anglais sur son blog http://sameeha88.wordpress.com. Elle y racontait ce grand événement et la lune de miel qui devait suivre. Cependant rien ne s’est passé comme elle l’avait envisagé… Voici la version française.

« Comme nous l’avions prévu, je reçois mon visa Schengen afin d’assister à une conférence pour la paix à Genève puis nous envoler, ensemble, vers la France, où nous nous sommes rencontrés. Pour nous une lune de miel, pour lui son inscription à l’université et la possibilité d’être réunis avec nos amis là-bas. « Cela sera ton cadeau », il me l’a promis lorsqu’il m’a envoyé par email les copies de nos billets d’avion pour la Suisse.

Le jour de notre mariage, il a laissé tous les invités et au lieu de faire la fête, il a fait la queue sous le soleil brûlant, au passage de Rafah afin d’avoir un numéro et une date pour partir. Il n’est revenu pour notre mariage qu’une fois sûr que nous ayons nos places. Il a réussi à revenir à temps, heureusement.

Elégant dans son costume d’époux, il tend ses mains pour m’aider dans les escaliers comme je trébuche sur chaque marche, émerveillée par cette atmosphère nous promettant une nouvelle vie à deux. Tandis que tout a l’air trop beau pour être entaché par la laideur de l’occupation, des frontières, des checkpoints, et par sa réaction lorsqu’il me voit dans ma robe blanche, comme un nuage libre et coloré tel le bonheur. « Tu es magnifique », il ne me l’a même pas dit. Il sourit de soulagement et me chuchote à l’oreille : « Aujourd’hui, je nous ai réservé deux places à la frontière de Rafah pour le 8 Septembre. »

« Mais le 9 Septembre est le jour du mariage de ma sœur », ai-je crié incrédule. Il a dit  : « Nous allons régler ça plus tard. C’est le jour de notre mariage… Tu es magnifique. »

J’ai souri, tentant d’oublier que nous allions parler de la frontière de Rafah, ce soir dans notre lit. J’ai essayé d’oublier que la frontière allait s’immiscer dans les moments les plus intimes de notre vie et que je me marierais pensant à cette frontière en même temps. J’ai essayé d’oublier que le mois dernier, nous n’avions parlé que de ça alors que nous allons passer notre lune de miel, ensemble, ailleurs… ou pas.

Une semaine après notre mariage, Ayman a réussi à obtenir un permis pour sortir par Erez. Je n’en ai pas eu. J’ai plaisanté sur le sujet avec lui. « Je ne suis pas un cas humanitaire ». Considéré comme doctorant risquant de perdre son statut d’étudiant en ne se ré-inscrivant pas pour la nouvelle année scolaire, Ayman a dû se diriger vers la France pour cette inscription. Il a demandé un permis et Gisha a appuyé son dossier.

La minute suivante, lorsque j’ai pensé aux milliers d’étudiants coincés à Gaza et aux dizaines d’amis que je connais et qui vivent entre l’espoir de partir pour sauver leurs bourses universitaires et la peur de les perdre, je me disais plus sérieusement : « Je ne suis pas un cas « privilégié », humanitaire.

Ayman refuse de voir la liberté comme un privilège.

Maintenant qu’il est parti, je tente de me convaincre chaque jour que je ne suis pas coincée ici, que je ne suis pas en prison, que je ne devrais pas me mêler de ces problèmes de frontières. Qui, au milieu de toute cette souffrance, me comprendrait si je disais que j’ai perdu une chance de voyager afin de me rendre à une conférence et pour passer ma lune de miel avec mon mari ? Une lune de miel dans un endroit où je peux réellement respirer et où j’aurais dû être ce soir avec lui. Je n’aurais pas dû être ici,  coincée entre les frontières et prisonnière de ma conscience. J’ai un visa estampillé sur mon passeport qui est pénible à regarder parce qu’il est absolument inutile. Je vois toute cette douleur autour de moi et je me sens honteuse de ma propre douleur.

Aujourd’hui, je suis passée par le Bureau d’Enregistrement et difficilement j’ai essayé de décrire la foule. J’ai vu la queue pour s’enregistrer afin de voyager par Rafah, comme des files de voitures devant des stations d’essence. Mais il s’agit d’une comparaison de ce que «nous» sommes. Qu’en est-il des files d’attente de l’UNRWA pour les rations alimentaires ? C’est une autre comparaison de « nous ». Quoi qu’il en soit, les gens attendaient d’une manière très déshumanisante, comme d’habitude ! Et je me demandais si c’était l’espoir ou le désespoir qui les gardaient tous debout ».

Merci à Sameeha !

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