Vacances, sable et Germinal

L’amour pour Germinal est celui que vivent sans doute toutes les jeunes filles à un moment donné. Plus ou moins longtemps. Un être est idéalisé et le ressenti de son absence met dans un état de douce souffrance. Dès ses 13 ans, Léa en a fait l’expérience et raconte cette histoire à la première personne.

Des vacances !
Ma mère avait un couple d’amis pour qui le bonheur de leurs deux garçons passait avant toute chose et qui accueillaient tous leurs amis chez eux. Ils les emmenaient même en vacances avec eux afin qu’ils ne s’ennuient pas. L’homme s’appelait Marco et la femme Gina. Marco enchaînait les petits boulots et les plans foireux par la même occasion, tandis qu’elle était postière. Ils ne roulaient pas sur l’or mais se démenaient pour organiser des vacances. Une année, ils nous ont tout simplement demandé si nous voulions partir avec eux pour quelques jours. Cela allait permettre de partager les frais et donc de réduire les dépenses. Partir ? C’était compliqué pour ma mère, mon frère et moi mais mon père nous a poussés à accepter. Sur place à Port-Barcarès, Marco et Gina avaient loué un grand appartement. Cet effet était donné grâce à la terrasse. Sinon il n’y avait que deux petites chambres, l’une avec un lit double donc pour un couple et l’autre avec un lit pour une personne et un lit superposé. Des matelas pneumatiques avaient aussi été installés dans la salle à manger et dans la cuisine sans oublier sur la terrasse. Il fallait s’organiser pour réussir à faire dormir tout ce petit monde puisqu’en plus de Yann et Louis, les enfants de Marco et Gina, il y avait aussi leurs amis, Germinal et Yaniss.

Germinal…
Ces deux garçons, je ne les connaissais pas et d’ailleurs j’étais assez timide. Germinal portait des lunettes de soleil, avait des cheveux gonflants et une mèche rousse qui lui cachait le front et qu’il balayait régulièrement d’un coup de main en soufflant un peu. Chacun possédait son propre rythme de vie. Le fait que les uns dormaient encore tandis que les autres étaient en plein déjeuner donnait encore plus un air de vacances à notre séjour, les adultes appréciaient aussi. Pour moi, ces trois jours de vacances étaient comme un trésor qui me remonterait le moral pour toute l’année. Germinal et moi n’avons jamais eu de conversation sauf pour se dire bonjour, au revoir ou se réclamer du sel à table ! Mais l’année qui a suivi, nous sommes retournés à Port-Barcarès. Nous partagions du temps avec les parties de cartes en début d’après-midi et les parties de ballon sur la plage en début de soirée. Germinal était un garçon doux, ça se voyait. Sa voix feutrée et jamais assez prononcée m’incitait à chaque fois à tendre un peu plus l’oreille afin de l’entendre. Quand il s’adressait à moi, il était… vraiment là ! Je veux dire qu’il y a beaucoup de gens qui parlent juste histoire de parler mais lui ne se fichait pas de ce que je pouvais ressentir, bien au contraire. Il prenait le temps d’échanger.

Toute bonne chose a une fin
Quand nos vacances ont pris fin, j’ai ressenti quelque chose que je n’avais jamais pu ressentir auparavant. Je me sentais mal et j’avais mal au thorax. C’était… de la tristesse ! Je ne parlais pas. J’avais envie de rester le plus longtemps possible avec tout le monde, avec Germinal. Je ne voulais pas détourner mes pensées d’eux. Ma mère m’a réconfortée en m’expliquant que nous les reverrions l’été suivant. Mais ma mère avait tout compris, elle me savait amoureuse. Et en effet, nous les avons revus bien plus tôt que prévu ! Germinal habitait dans le même village que Marco et Gina donc si nous allions chez eux, nous étions quasiment sûrs de voir nos amis de vacances. Je me souviendrai toujours de la sensation que ça a provoqué. C’était comme un miracle et je sentais mon cœur battre très vite. Après ça, il y a eu beaucoup d’autres sorties ensemble. Ils nous avaient donné des vêtements qu’ils ne mettaient plus alors j’ai eu un pull qui appartenait à Germinal et mon frère un de ses bracelets en cuir… que j’ai récupéré ! Je suis devenue super rêveuse. Je m’échappais à chaque occasion et toute activité qui ne me demandait aucune réflexion particulière comme le repassage, étendre le linge, sortir les poubelles, passer la serpillière… était la bienvenue car elle m’évitait d’être sollicitée et me permettait de rester dans mon état de rêve éveillé. Germinal en occupait toute la place !

Tout pour Germinal
C’est resté comme ça, et ça s’est même intensifié avec les années. Je bassinais mon frère pour qu’on sorte tous les deux parce que je voulais aller dans le village où habitait Germinal. Je voulais le croiser. Je connaissais la plaque d’immatriculation de sa voiture par cœur. Lorsque je suis allée en Faculté de Sciences, lui aussi y était. La première fois que je l’ai vu à la bibliothèque universitaire, ça a été un vrai désastre. J’étais tellement émue que je n’avais pas réussi à aligner trois mots cohérents. C’était pénible et bien à la fois d’être amoureuse. Mais un jour tout s’est assombri. J’étais allé chez le fleuriste avec Gina. Elle devait faire quelques achats. Là, elle m’a parlé de Germinal mais surtout… de ses  fiançailles avec sa fille. Ses achats étaient pour elle, elle venait lui commander des fleurs. Devant mon teint tout à coup devenu très pâle, elle a compris la douleur et le malaise que cela avait provoqué. Sur le trottoir devant la boutique, elle a tenté de me réconforter sans pourtant me dire que j’oublierais. De toute façon, jamais je n’aurais pu oublier !

Finalement, la fille de Gina ne s’est pas mariée avec Germinal. Ce dernier est allé travailler en Chine et il a épousé une Chinoise. A mon tour, je me suis mariée. Tout ça est donc du passé mais Germinal a compté parce que c’était mon premier amour… même si je sais qu’il y a bien plus fort puisque c’est ce que je partage aujourd’hui avec mon époux !

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2 réflexions sur “Vacances, sable et Germinal

  1. 🙂 oh yeaaah 😉 🙂 ! encore une fois, bravo pour l’article et pour l’illustration ! L’image que ça évoque c’est exactement ça je trouve 🙂 !
    Et 🙂 … si ça devait être un poème 🙂 pour moi ce serait « Corps et biens » de Robert Desnos 🙂 !

    • Euh… ? je viens de percuter en le cherchant pour le relire que je me suis plantée sur le nom du poème de Desnos !!!
      « Corps et bien » c’est le recueil qui le contient, mais le poème auquel je pensais c’est « J’ai tant rêvé de toi » :

      « J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
      Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant
      Et de baiser sur cette bouche la naissance
      De la voix qui m’est chère?

      J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
      En étreignant ton ombre
      A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
      Au contour de ton corps, peut-être.
      Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante
      Et me gouverne depuis des jours et des années,
      Je deviendrais une ombre sans doute.
      O balances sentimentales.

      J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps
      Sans doute que je m’éveille.
      Je dors debout, le corps exposé
      A toutes les apparences de la vie
      Et de l’amour et toi, la seule
      qui compte aujourd’hui pour moi,
      Je pourrais moins toucher ton front
      Et tes lèvres que les premières lèvres
      et le premier front venu.

      J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
      Couché avec ton fantôme
      Qu’il ne me reste plus peut-être,
      Et pourtant, qu’a être fantôme
      Parmi les fantômes et plus ombre
      Cent fois que l’ombre qui se promène
      Et se promènera allègrement
      Sur le cadran solaire de ta vie. »

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