Un Noël à Bethléem, ville palestinienne…

 

Ce lieu si important dans les trois religions monothéistes reprend tout son sens durant Noël. En se penchant sur ce coin de la Palestine d’où ne provient souvent que des mauvaises nouvelles, on peut remarquer que la lumière est venue scintiller. Bethléem est telle une étoile dans une région du monde qui n’est pas épargnée par le mur de l’Apartheid. Elle est la Maison du Pain, en territoire palestinien, là où l’on dit né Jésus. La population y est majoritairement musulmane. Une cohabitation existe avec la communauté chrétienne dans ce lieu également considéré comme important pour les Juifs étant donné l’itinéraire du Roi David sur place. Pour le peuple palestinien vivant dans cette ville, les fêtes de fin d’année sont économiquement parlant très attractives puisque par milliers viennent les touristes et les croyants. Bethléem se transforme en lieu de fête, de partage mais aussi d’histoire. En effet, là se retrouvent des milliers de personnes venues des quatre coins du monde pour revenir à la source même de Noël. Le commerce bat son plein et les associations de pèlerins sont également présentes pour communier en cet endroit.

Noël, raconté par Marie-Paule Michel
Du 24 au 26 décembre se succèdent alors les activités, entre visites à des enfants palestiniens, découverte de la culture palestinienne et illumination de bougies, notamment pour le « Une lumière pour une Palestine Libre »… Marie-Paule Michel, présidente de l’association « Palestine Demain » en Suisse, qui a d’ailleurs récolté des fonds pour faire installer des chauffages dans les salles de classe de l’école La Hope Flowers School grâce aux dons des Genevois, a déjà eu l’occasion de passer cette période de l’année à Bethléem, voyage magique pour elle et passionnant. Elle se souvient aussi qu’à la messe de minuit pendant toutes les années où Arafat, emprisonné à la Moukata de Ramallah était empêché d’assister, sa chaise restait vide, au premier rang. « L’année où j’ai pu y assister, il y a huit ans je crois, Monseigneur Saba, Patriarche de Jérusalem était venu comme chaque année, accueilli en grande pompe à l’entrée de la ville par les autorités de Bethléem, menant la parade des écoles, des fanfares jusqu’à la Place de la Mangeoire, en face de l’Eglise de la Nativité. Il avait fait, comme souvent un discours très fort et très dur envers l’0ccupation. La messe est toujours bondée et c’est un exploit d’arriver à y trouver une place. Au niveau de la décoration de la ville, elle est toujours très lumineuse pour l’occasion. De nombreux pèlerins ont l’autorisation d’assister à la messe. » Mais elle parle aussi de l’occupation. « Pendant l’Intifada, pratiquement personne n’avait le droit d’y accéder. Les commerces de la ville ont été sinistrés. Ils revivent un peu car plus de pèlerins sont autorisés à venir, mais ce n’est rien comparé à la prospérité des années antérieures. A Jérusalem c’est aussi la même chose, les commerces touristiques ont été sinistrés à cause de la diminution du nombre de touristes autorisés à accéder à Jérusalem-Est où se trouvent les lieux Saints. » Le reste de l’année, elle sait que les cars de pèlerins en provenance de Pologne, de Roumanie sont déversés chaque matin. « Ils sont emmenés au pas de charge à l’Eglise de la Nativité, ont quelques minute pour acheter quelques cartes postales et autres chapelets et sont embarqués au plus vite sans avoir le temps de faire aucun shopping. Tout le tourisme autorisé est aux mains d’agences israéliennes. C’est dire si la situation du tourisme est précaire, même s’il s’améliore un peu chaque année. Mais très peu par rapport à ce qu’il était ! » Lorsqu’elle s’est rendue sur place au cours d’un certain mois de janvier, elle se souvient de ce froid car Bethléem est perchée à 1.000 voire 1100 mètres d’altitude. « Il peut y faire extrêmement froid. C’est une ville où l’on construit beaucoup et bien sûr, principalement en hauteur par manque de terrain – les fameuses « colonies » s’appropriant le plus possible. » Mais pour revenir à Noël à Bethléem, Marie-Paule se souvient d’une grande friandise que les marchands ambulants vendent sur place, des sortes de churros. Il y a aussi un restaurant très connu proposant des falafels où il fait bon se réchauffer juste à quelques pas de l’église. « La nourriture est partout simple mais très bonne, à base de poulet, de riz  de légumes, et de fruits. J’aimerais attirer l’attention sur la grande hospitalité et la chaleur humaine des Palestiniens, qui apprécient qu’on aille voir sur place la réalité épouvantable du MUR et de leur enfermement, ainsi que les vestiges d’oliviers centenaires et millénaires, arrachés chaque jour. D’ailleurs certains sont enchaînés sur le mur du parking central pour qu’on ne se laisse pas distraire par les lumières et quelques décorations de Noë. On touche du doigt la réalité quotidienne. »

Dans la soirée du 24 décembre, avant que minuit ne sonne, un concert musical a lieu, événement profane avant de laisser place aux paroles de Dieu. Toutes les illuminations dans la ville, en pleine nuit, viennent faire oublier la situation de conflit dans la région. Au sein de la Place de la Mangeoire, un immense sapin décoré et éclairé est offert à toute une population. Quinze mètres de hauteur viennent alors veiller sur la ville. Sur place se trouve aussi une bâtisse des plus importantes. La Basilique de la Nativité est l’une des plus vieilles églises au monde. Marie-Paule Michel en fait une description précise. « Elle est composée de trois églises attenantes. A droite, se trouve celle dans laquelle on entre par une petite porte basse, sous laquelle il faut se plier. Il s’agit de l’église orthodoxe, construite au IVème siècle, à l’architecture très particulière et à la voûte impressionnante. Au fond de celle-ci, juste avant la partie arménienne, s’ouvrent les quelques marches qui permettent de descendre dans la grotte où Jésus serait né. A gauche encore, le long de la partie arménienne, s’ouvre une petite porte par laquelle on accède à la partie catholique  franciscaine, l’église de Sainte Catherine, plus moderne, et repeinte intérieurement. » Elle rappelle que c’est ici qu’il y a quelques années, après le siège de trois semaines de l’église dans laquelle s’étaient réfugiés des Palestiniens, 39 d’entre eux furent massacrés par l’armée israélienne. « Puis à l’extérieur, toujours à gauche on trouve l’Hostellerie Franciscaine où l’on peut loger ». L’ancienneté des lieux nécessite des travaux de rénovation au jour d’aujourd’hui. L’état dégradé de l’église reste présent et des effondrements pourraient même avoir lieu. Bethléem reste soumise à la politique de l’état israélien avec ce mur de séparation, de l’apartheid. A présent, la ville est complètement séparée de sa soeur, la Jérusalem. A cela, viennent s’ajouter les colonies. Les Palestiniens se font voler leur bout de terre jusqu’à Bethléem. 

Dans l’Eglise Sainte-Catherine de Bethléem, durant la messe de minuit, il est coutume de voir le chef de l’Autorité Palestinienne au premier rang et les consuls généraux de plusieurs pays. Aujourd’hui, l’inscription du lieu sur la liste des cent monuments mondiaux les plus menacés ne lui a toujours pas permis de connaître les travaux qui seraient pourtant nécessaires. La faute est à remettre sur l’Homme lui même. Orthodoxes et Catholiques, Grecs et Arméniens ne semblent pas s’entendre sur la question, étant co-propriétaires. Néanmoins, ce lieu lourd de sens pourrait être au patrimoine de l’UNESCO. La Palestine, nouveau membre au sein de l’organisation, a fait une demande de reconnaissance en son nom. 2012 devrait être synonyme de renouveau pour ce symbole. Et si les soldats de l’armée de Tsahal allaient prêter main forte pour la restauration de ce lieu plutôt que de porter les armes ? Rêve, rêve, rêve… Et Joyeux Noël surtout !

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