Rachid, un hyper actif qui assume son style

    
     Nombreux sont ceux et celles à connaitre la fameuse revue 5Styles. Mais sont-ils autant à savoir que Rachid Santaki en est l’instigateur ? Agé aujourd’hui de 36 ans, il s’investit dans la culture hip hop il y a dix ans. « J’ai commencé par des interviews et j’ai monté le magazine 5Styles, que je développe avec l’agence AJC. » Durant, longtemps, il occupe un emploi dans la fonction publique, ce qui lui fait porter une double casquette. Pourquoi cette situation ? « Se lancer dans une telle aventure demande quand même lucidité et sérénité. J’ai préféré privilégier financièrement mes collaborateurs, plutôt que moi. » Selon Rachid, sa détermination a aussi eu un rôle à jouer. « En ce moment, en plus de 5Styles, je termine un second livre et je suis dans l’associatif. Avec toutes ces activités je ressens le manque de temps. Je pense que je suis un hyper actif. (rires) »

5Styles, un vrai concept.

     67ème numéro et déjà sept ans que le magazine a vu le jour. 5Styles n’est en soi pas la première expérience de Rachid. « J’ai débuté avec un site Internet dédié à la culture hip hop. Le projet n’était pas mien et j’ai été déçu par la mauvaise gestion. » Malgré l’échec, il décide de monter sa revue gratuite. Grâce au bon réseau dont il dispose, il n’a plus qu’à placer ses cartes. « On a débuté à 16 pages. Maintenant on avoisine les 84. » Cette évolution s’est faite non sans mal. « On a eu de nombreux imprévus mais je suis parti du principe que rien ne se passe comme on le prévoit. » Quant à la méthode à adopter pour ne pas être noyé dans la masse de la presse spécialisée sur la musique, quelle est-elle ? « Notre support est gratuit et est arrivé à un moment où on retrouvait The Source, Get Busy, Groove, Tracklist, R.A.P… D’ailleurs de tous ces titres il n’en reste qu’un aujourd’hui ! » Quant aux lieux de diffusion, ils sont définis et ce sont principalement des enseignes implantées en France comme par exemple Courir et ses 200 magasins. Enfin, il ne faut pas oublier l’aventure humaine. « Notre équipe change tous les deux ans. Adnen et Félix sont deux personnes qui sont présentes depuis le début. Charles « Obsen » a su nous donner un second souffle. C’est un graphiste qui a permis au magazine de passer un nouveau cap. » Distribuée à 50 000 exemplaires dans toute la France, cette revue se veut fédératrice et de qualité, qu’il s’agisse de l’édition ou du graphisme. « On a un vrai format et on a su se détacher du format fanzine. Même si cela peut faire rire, mon principal concurrent est GQ. »

Discret mais… sûrement.

     Rachid n’est pas de ceux qui aiment forcément se mettre en avant, mais ce n’est pas pour autant qu’il préfère se cantonner à ses habitudes. Ainsi, en quelques semaines, il lui prend l’envie de partir dans un délire personnel et d’écrire son premier manuscrit La Petite Cité Dans La Prairie. « Par curiosité, j’ai décidé de l’éditer et j’ai reçu une réponse en moins de trois jours. » Le retour est positif donc il se lance pour la sortie de son livre même si cela l’effraie quelque peu. « La médiatisation, alors que je suis réservé, m’a fait peur. » Dans cet ouvrage, Rachid veut casser tous les clichés qu’on associe à la banlieue. Avec du recul, il trouve paradoxal d’écrire et d’avoir du mal à s’exposer. C’est pourtant quelque chose qu’il a déjà fait ! Mais là ce n’est pas la même chose. Dans cet ouvrage, il s’agit de son histoire, de sa famille, donc de choses très personnelles. « Même la couverture est familiale. Je suis parti sur cette idée car je voulais que cela reflète l’esprit du livre. »

Qui a parlé de fierté ?

     Ecrire sur une pulsion, est ce que cela n’a pas été préjudiciable ? « C’était une galère ! J’ai tout écrit d’une traite et j’ai dû découper en chapitres par la suite. Normalement quand on écrit, on a un plan… Ce sont des techniques différentes de celles du journalisme. » Aujourd’hui, les choses sont beaucoup plus simples puisque les codes sont acquis et surtout Hector Paoli, qui dirige les Editions Moisson Rouge, a été d’une aide précieuse. En tout cas, l’aventure semble lui avoir plu puisqu’il remet ça avec Les Anges S’habillent en Caillera. « J’ai mis un second pied dans le monde de l’édition (rires). La préface est faite par Oxmo Puccino (rappeur français) et j’ai détourné un titre que j’ai surtout pris pour le côté polar, tiré d’une histoire vraie, que j’ai romancé. » Ce nouvel opus est une nouveauté dans sa manière d’être annoncé puisqu’une bande annonce est en préparation avec la structure Domyprod. Amener ce livre comme un film est une envie pour celui dont les ambitions se dirigent vers l’image. D’un tout autre genre, quand la nostalgie vient faire parler d’elle, Rachid écrit sur un blog créé pour se remémorer les années 80-90. « Encore un autre délire auquel quelques personnes viennent participer. C’est un espace de partage. Je ne vous cacherai pas qu’il y a des critiques concernant la forme. Il faut savoir que dans mes bagages scolaires, j’ai juste un BEP Chaussure (rires). » Concernant 5Styles et ses ouvrages, Rachid est assez positif même si des lacunes persistent. « Vous voulez absolument que je fasse un bilan (rires). Je n’ai jamais compris ce que cela signifiait quand j’étais en BEP Comptabilité. Je ne me pose pas de question sur ce qui est derrière, je regarde juste devant. » La fierté dans le travail ? Ne lui en parlez pas, il n’en éprouve pas. De plus, il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour apprendre qu’il a reçu le Prix Espoir de l’Economie 2006 de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, pour le lancement de 5Styles. Le magazine marocain Tel Quel l’a même classé parmi les 50 personnes qui feront le Maroc de Demain (2007). « Je ne suis pas fier. J’ai juste envie de continuer à mettre du goût dans ce que je fais. »

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