Au cœur du Moyen-Atlas, la ville de Sefrou possède un charme intemporel mais peu de mises en valeur sur la toile. C’est pour combler ce vide que Mohammed Assserrhine a lancé la page « InSefrou » sur Instagram. Ayant fait des études de droit et aventurier dans l’âme, sans oublier son amour inconditionnel pour sa région, il dépoussière l’histoire locale offrant un regard authentique sur une ville aux mille facettes.
De l’autostop aux vlogs de voyage
Avant de contribuer à la mémoire numérique de Sefrou, Mohammed Assserrhine est avant tout un amoureux des grands espaces. C’est sur les sentiers qu’il trouve sa véritable passion : la marche, la randonnée et le bivouac. « J‘ai parcouru une bonne partie du Maroc avec mon sac à dos. Partant parfois 30 à 40 jours, seul, à pied ou en autostop, dès que la nuit tombait, je bivouaquais là où je me trouvais », explique Mohammed. Au fil de ses immersions en solitaire – comme ce trek de 10 jours reliant Ahermoumou à Taza en passant par la majestueuse région de Bouiblane – Mohammed prend l’habitude de filmer et de se renseigner sur l’histoire de chaque lieu traversé. Récemment, il a également ouvert la boutique Mehraz House à Derb Mitr, une initiative visant à commercialiser des produits issus de coopératives marocaines. C’est donc en naviguant sur les réseaux sociaux que Mohammed fait un constat amer : Sefrou et ses alentours manquent cruellement de contenu valorisant. Entre l’absence de promotion institutionnelle et les sujets journalistiques souvent axés sur le négatif, la richesse patrimoniale de la cité était dans l’ombre. Il décide alors de saisir l’opportunité et de lancer « InSefrou ».
La naissance d’InSefrou : donner une voix à la ville
« Malgré les difficultés du début et l’apprentissage en autodidacte, l’objectif était clair : faire rayonner Sefrou avec amour et fierté », dit Mohammed. Derrière la beauté des images publiées sur « InSefrou » se cache un rigoureux travail d’investigation. Il ne se contente pas de filmer de beaux paysages, il fait un travail de recherche important. « J’explore les documents historiques et les archives françaises à la recherche de mentions anciennes sur la ville. Il y a aussi les rencontres avec les personnes âgées de la ville pour recueillir leurs témoignages précieux sur le Sefrou d’antan », précise Mohammed. Le plus grand défi consiste ensuite à traduire des informations académiques en un récit accessible et captivant pour le grand public. Réduire des mois de préparation en une vidéo d’une minute est une tâche titanesque ! De plus, le compte « InSefrou » ne bénéficie pas de soutien financier ou institutionnel régulier. Il vit grâce à la passion de son créateur, au soutien des abonnés et, ponctuellement, il est vrai, à des partenariats ciblés destinés à couvrir les frais de fonctionnement.
Une immersion guidée
Le travail porte ses fruits car « InSefrou » bénéficie d’une excellente réputation, et ce sont souvent les habitants eux-mêmes, notamment les artisans locaux, qui sollicitent Mohammed pour passer devant l’objectif. Bien qu’il se définisse comme un créateur de contenu et non comme un guide officiel, Mohammed maîtrise le terrain et les sources historiquesl. Il lui arrive d’accompagner des touristes et leur propose un véritable voyage dans le temps. « La visite débute généralement à Bab el-Maqam pour traverser le quartier que les habitants appellent Zenteq. Puis, on remonte le cours d’eau jusqu’au-dessus des cascades, au milieu des vergers. On peut éviter les cascades et aller au sanctuaire de Sidi Ali Bousserghine puis au camping municipal pour apprécier la vue sur Sefrou et Kef Lihoud (la Grotte du Juif) », décrit Mohammed. Sur ce trajet, les voyageurs replongent dans l’histoire au Palais Municipal (où a vécu Omar el-Youssi, ancien caïd de la ville), s’immergent dans la vieille médina en passant par Derb Omar. Le quartier des forgerons, les caravansérails, l’Oued Aggaï et la mosquée qui surplombe l’oued sont autant de découvertes. « Je termine souvent avec le repère historique de la crue catastrophique de 1950, avant d’inviter les plus curieux vers Bhalil avec ses impressionnantes maisons troglodytes », termine Mohammed.
Le Mellah de Sefrou : un pan d’histoire et de cohabitation
Parmi les trésors de la médina, le Mellah occupe une place particulière dans le cœur de Mohammed. Édifié au XIVᵉ siècle sous la dynastie mérinide, ce quartier juif était bordé par l’Oued Aggaï et protégé par les quartiers musulmans voisins. « Ce lieu a vu cohabiter trois communautés juives : les autochtones, ceux venus de Debdou et les réfugiés expulsés d’Andalousie. Un pacte d’entraide liait les habitants : chaque famille musulmane veillait sur une famille juive. Et les familles juives apportaient leur soutien matériel et financier », dit avec précision Mohammed.
Le Mellah disposait de ses propres commodités (synagogue, hammam, four traditionnel, abattoir rituel). « La rivière qui borde le quartier s’appelle Oued el-Yihoudi (l’Oued du Juif). Au XXᵉ siècle, des peintres et photographes du monde entier venaient immortaliser les lavandières juives qui y faisaient leur lessive », ajoute-t-il. Aujourd’hui, malgré le départ de la communauté juive et la dégradation progressive des bâtiments, Mohammed garde l’espoir que les projets de restauration redonneront à ce lieu mythique son éclat d’autrefois.
Une région aux mille richesses
Mohammed évoque le temps du Protectorat. Une période au cours de laquelle Sefrou était une destination touristique phare dotée de nombreux hôtels. « Bien que les infrastructures aient changé, le potentiel visuel et culturel de la ville demeure intact », affirme-t-il. En effet, traversée par l’Oued Aggaï (une particularité unique partagée seulement avec Fès), Sefrou possède un système historique de distribution d’eau (seqayas) qui alimentait autrefois chaque maison de la médina. « Particulièrement au printemps et à l’automne, la région offre des paysages magnifiques du sommet de Sidi Ali Bousserghine jusqu’aux lacs, barrages, montagnes et grottes de la province », décrit Mohammed. Enfin, la ville rayonne à l’international avec son célèbre Festival des Cerises (Moussem Hab el-Mlouk). Inscrit au patrimoine culture immatériel de l’UNESCO, il accueille chaque année de nombreux exposants, visiteurs sans oublier sa fameuse élection de la Reine des Cerises.
Pour Mohammed Assserrhine, la belle aventure avec « InSefrou » ne fait que commencer. Après avoir notamment braqué les projecteurs sur la médina et ses secrets, le créateur de contenu ambitionne d’élargir son champ d’action. Son prochain défi consistera à consacrer une série de contenus à chaque zone et commune de la province de Sefrou, avant, peut-être, de repartir à la conquête d’autres régions du Royaume du Maroc.






