C’est un « Yallah », un « en avant », qui est clamé pour découvrir la vie, la vraie en Palestine et tout particulièrement en Cisjordanie. Ainsi, le podcast « Yallah je t’emmène » laisse la parole aux Palestiniens et aux Palestiniennes afin de raconter leur terre et leur quotidien. Leur est donné le narratif, celui qui leur revient de droit. Direction Ramallah !
De la frustration naîtra « Yallah je t’emmène »
En octobre 2023, cela fait déjà deux ans que Marie habite en Cisjordanie. À ce moment précis, elle est en vacances hors de la Palestine. « Après le 7 octobre, j’ai ressenti beaucoup de frustration quant à la couverture dans les médias francophones aussi bien concernant la bande de Gaza où l’urgence était la priorité, que la Cisjordanie, qui est souvent oubliée », dit Marie. Avec la création de « Yallah je t’emmène », elle souhaite donc que les yeux soient braqués sur ce territoire où elle vit depuis quelque temps. « Je voulais humaniser les Palestiniens et Palestiniennes même si je n’aime pas ce terme « humaniser » car ce sont bien des humains et nous n’avons pas besoin de le prouver », précise la jeune française qui leur a tendu le micro.
Pourquoi le podcast ?
Marie va discuter avec Méwaine – journaliste portant également le projet – de son besoin de parler de la Palestine et de son souhait de faire du journalisme, qui n’est pas sa formation de départ. « Suite à notre discussion, Méwaine m’a conseillé le podcast tout particulièrement sur la Cisjordanie puisque je connais la région. Ce format collait à ce que je voulais faire », explique Marie. Ainsi le son permet d’interroger l’imaginaire collectif tout en laissant les auditeurs créer leur propre univers à travers l’audio. Le podcast se présente également comme la solution afin de préserver l’anonymat puisqu’il y a des questions de protection qui se posent aussi bien pour Marie, que pour l’ensemble des Palestiniens et Palestiniennes qui sont interviewés.
Informer le public francophone
Marie a une cible précise : les auditeurs francophones ayant besoin de comprendre ce qui se passe sur place, dont fait d’ailleurs partie sa grand-mère. « Je connais son manque d’information sur la Cisjordanie et il fallait pour moi qu’elle puisse comprendre chaque épisode », confie la jeune femme. Ainsi, ce public francophone peut se rendre compte que l’occupation israélienne est partout dans la société palestinienne. Par ailleurs, le binôme formé avec Méwaine permet de s’assurer que les éléments présentés dans le podcast soient sourcés, en croisant les témoignages, prouvant que les problématiques sont structurelles et non des cas isolés. « Chaque épisode contient des sources trouvées avec exigence et rigueur. Nous sommes aussi partis du principe que nous allions faire parler les Palestiniens eux-mêmes avec leurs sentiments et les faits », précise Marie.
Ces sujets que les médias français censurent
« Nous n’avons pas accordé une grande place au 7 octobre 2023 qui était déjà très surreprésenté dans les médias traditionnels. Nous souhaitions dézoomer et recontextualiser car l’occupation israélienne a commencé bien avant cette date », mentionne Marie. Il est également question de parler de la « Nakba » – la catastrophe en arabe – lorsque plus de 700 000 Palestiniens (https://news.un.org/fr/story/2023/05/1135162) ont été chassés de leurs maisons par les milices sionistes en 1948 afin de créer l’État d’Israël. « L’idée était de parler depuis la perspective des Palestiniens, tandis que dans nos livres d’histoire en France, on ne nous indique pas que la création de l’État d’Israël a eu des conséquences pour un autre peuple, dont j’ai voulu amplifier la voix auprès du public francophone », exprime Marie
Deux épisodes marquants
Les thématiques abordées sont nombreuses à travers les divers invités qui ont discuté avec Marie dans ce podcast. Cependant certains épisodes ont davantage marqué la journaliste en herbe. « Dans un premier temps, il y a eu l’épisode sur l’amour. C’est un sujet intime mais aussi universel et pourtant l’occupation israélienne interfère. Puis il y a aussi l’épisode sur la fin de mon voyage avec un pincement au cœur car cela signifiait la fin de ce podcast. Nous avons mis en lumière la notion de « soumoud », de la résilience, de la persévérance en demandant à tous mes invités leur propre définition. C’était un panorama avec également le mot « ribat », soit le fait de ne pas quitter sa terre », dit Marie.
Le retour du public
Marie s’attendait à avoir des retours variés dont notamment des points de vue négatifs mais la réalité est tout autre. « Nous avions de l’appréhension mais finalement nous avons gagné le Prix du Regard Engagé à Marseille, durant le Festival la Claque. Nous avons été invités au Podcast Festival de Bruxelles. Il y a aussi eu une séance d’écoute chez Massilia Vox, à Marseille encore », se félicite Marie. « Yallah je t’emmène » a donc eu un bel accueil car la Palestine était racontée autrement, en emmenant les auditeurs et auditrices en Cisjordanie, dans cette réalité, avec parfois de la légèreté malgré une situation complexe. « Le retour qui m’a été le plus cher est celui des invités du podcast eux-mêmes, les Palestiniens et les Palestiniennes », avoue la jeune française.
Quelle suite ?
Après la saison 1 et ses 7 000 écoutes toutes plateformes confondues, il y aura une saison 2 très probablement puisque Marie est repartie en Cisjordanie. L’idée à présent est d’aller dans d’autres villes de Cisjordanie puisque la saison 1 se passait à Ramallah. « Ramallah ne représente pas la totalité du territoire », clarifie Marie. Les épisodes pourraient être plus longs. Une réflexion est également menée pour organiser des séances d’écoute notamment ou encore participer à des festivals. « Je dois préciser que le financement est nécessaire pour continuer de manière indépendante. De plus, il peut être compliqué d’accéder à certains lieux en Palestine en raison de l’occupation », explique Marie.
Depuis le dernier épisode intitulé « Des racines et des graines : soumoud », Marie est revenue en France après avoir fait ses cartons en Cisjordanie, vendu sa voiture et dit au revoir à ses amis. Mais… elle est par la suite repartie en Palestine où elle avait laissé un bout de son cœur ! L’occasion de nouveau de porter la voix des Palestiniens et Palestiniennes grâce à leurs témoignages.
