Ni’lin, village palestinien sur la Ligne Verte raconté par Saeed

Bi’lin… Un village de Cisjordanie que le film « Five Broken Cameras » a si bien introduit. Ni’lin, un village presque jumeau car on y mène le même combat contre la colonisation, l’occupation et le mur de séparation. Saeed Amireh est l’un de ses habitants. Un jeune homme qui parle des manifestations, du quotidien, des soldats israéliens… sur le web mais aussi lors de conférences déjà menées en Europe. Rencontré une première fois en région parisienne, le blog lui a demandé de parler de son village le temps d’un article… Avant toute chose, sachez que sur Ni’lin il y a beaucoup à dire…

 

« Je m’appelle Saeed Amireh. J’ai 23 ans et je vis à Ni’lin, en Cisjordanie. Le village est à l’ouest de Ramallah. J’ai été incarcéré dans une prison militaire israélienne l’année de mon baccalauréat en 2008/2009. Une année décisive. A cause de cela, je n’ai pas eu la chance d’intégrer une université. »

Ni’lin, un village agricole…
Anciennement, il s’agissait d’un village où les revenus de la plupart des habitants dépendaient du travail de la terre. Car Ni’lin est un village agricole. Mais ça, c’était avant… Avant que la colonisation ne vienne voler la terre. Avec la construction des colonies et du mur, la superficie cultivable et accessible a considérablement diminué. « Nous étions 12000 habitants. Mais petit à petit, les gens ont déménagé en raison des difficultés de vie. L’agriculture était la source de revenus. Sans terre, il n’y a plus rien. A présent, nous sommes environ 5500. » 

Ni’lin, un village sur la ligne verte
« Ni’lin se trouve exactement sur la ligne verte, symbolisée par une rangée d’arbres que nous pouvons voir depuis chez nous. Le village est séparé en deux par une route. Cette route ne nous appartient pas. Elle est utilisée par les colons. » Saeed explique que Tel Aviv et Jérusalem sont à trente minutes. Cependant à cause du mur et des checkpoints ils ne peuvent pas s’y rendre. « Le checkpoint afin d’entrer en Israël est à cent mètres de la sortie du village. Ce checkpoint est le seul point d’entrée et de sortie pour les habitants de Ni’lin et pour ceux de sept autres villages. Donc nous devons tous passer par là. » Ainsi il y a très vite beaucoup de monde. « Ce n’est pas une vie. » 

Ni’lin, comme une grande prison
« Mur et checkpoints ont transformé le village en une prison où tous les mouvements sont contrôlés. En août 2014, une tour a été construite à l’entrée de Ni’lin, accompagnée de caméras. Ordre a été donné de surveiller les allers et venues. » En résumé, étouffés par les colonies, les checkpoints et cette tour de contrôle, les habitants souffrent nuit et jour des incursions israéliennes. « Les soldats envahissent Ni’lin plus de trois fois par semaine depuis un an afin d’arrêter des personnes. Beaucoup de jeunes qui participent aux manifestations contre le mur illégal qui a été construit. » En effet depuis 2008, des manifestations sont organisées afin de protester contre ce mur.

Ni’lin, un village qui manifeste
« C’est totalement absurde ! Le mur est illégal ! Nous manifestons donc contre quelque chose qui ne respecte pas le droit ! Pourtant nous devons demander une autorisation pour le faire. » Donc sans autorisation, l’armée israélienne arrête les personnes. Celles qui travaillent en Israël perdent leurs emplois puisque emprisonnées. Les étudiants sont stoppés dans leurs cursus. « Ca a été mon cas !  » Dans ces manifestations, il y a aussi eu des morts. Depuis la construction du mur (2008) jusqu’à aujourd’hui (avril 2015), près de 470 personnes ont été arrêtées. Près de quarante personnes vivant à Ni’lin ont été emprisonnées. Il y a eu plus de 2000 blessés. 150 l’ont été par des balles réelles et 89 par des balles provenant des armes des snipers. Des gaz lacrymogènes sont lancés dans les maisons et les rues. 

Chaque vendredi les manifestants affontent Tsahal

Chaque vendredi les manifestants affontent Tsahal

Ni’lin où les arrestations sont fréquentes
« J’ai été arrêté chez moi le 22 décembre 2008 et emprisonné jusqu’au 22 avril 2009. A l’époque j’avais 17 ans. Je devais passer l’équivalent de mon baccalauréat. La suite de mon cursus universitaire dépendait de l’obtention de ce diplôme. J’avais une très bonne moyenne. Ils m’ont arrêté pour se venger de mon père très impliqué dans la résistance des habitants de Ni’lin.«  La situation des prisonniers palestiniens est une véritable « blague » pour Saeed. Il n’y a pas de justice. En prison, Israël use de tortures et d’agressions. De plus, les audiences au tribunal sont la plupart du temps dirigées par un juge qui est aussi un colon. « Le but est de pousser les prisonniers à admettre qu’ils sont coupables de ce dont on les accuse. Si ils le font alors la peine peut passer par exemple de douze mois à six mois, avec une amende de 6000 shekels. Si ils ne le font pas alors ils peuvent rester plus de douze mois en prison. Juste parce qu’ils refusent d’admettre ce qu’ils n’ont pas fait. » D’autres prisonniers subissent la détention administrative. C’est-à-dire que l’armée israélienne peut les maintenir en détention pour une période de six mois, renouvelable indéfiniment, sans inculpation, ni procès. L’un des amis de Saeed est dans ce cas. Il s’agit de Mohammed Nafi, 19 ans. Il est détenu depuis 2013. Il est accusé d’avoir jeté des pierres

Ni’lin et les cinq colonies
Ni’lin a pour voisines cinq colonies : Hashmoneam, Kfar Menora, Mattityahu, Modi’in Ilit et Nili. Toutes violant la Ligne Verte. « On peut voir que « Ni’lin » a été raccourci pour donner « Nili ». En plus de voler la terre, ils ont même volé le nom du village. » Les Palestiniens ne peuvent pas utiliser l’axe routier pour « la sécurité des colons » disent les autorités israéliennes. Il faut donc faire un détour et Ramallah n’est plus à vingt-cinq minutes de route mais à une heure. « Les habitants sont isolés et à la merci des militaires israéliens. Le village peut être bouclé à tout moment, pour la sécurité des colons par exemple. Il faut savoir qu’en juillet 2014 a débuté la construction de cent maisons dans la colonie de Nili. » 

Ni’lin et les journalistes
Les journalistes sont rares à Ni’lin, même le vendredi, journée de manifestation. « Leur absence ne permet pas de montrer ce qu’il se passe dans le village. Ce n’est pas comme à Bi’lin ou Nabi Saleh. Donc l’armée se permet d’être très brutale et se fait passer pour l’armée la plus morale du monde par la suite. Il y a des activistes internationaux qui se joignent aussi à nous. Dans ce cas-là Tsahal tire moins avec ses armes, est moins violent. » Afin de montrer la réalité de Ni’lin, la création d’un centre de presse dans le village est importante. « Nous souhaitons être notre propre avocat afin de dire au monde ce que nous subissons. Au sein de ce centre, les jeunes seraient formés à l’usage des ordinateurs, des caméras, des logiciels, des médias sociaux… Le tout afin d’avoir une équipe performante capable de filmer, photographier et propager l’information. »

Ni’lin : résister pour exister !
Depuis que les habitants de Ni’lin ont décidé de s’élever contre la colonisation, les checkpoints et le mur, les familles se serrent les coudes lorsque certains membres sont emprisonnés. « Nous connaissons la valeur de la liberté. Nous payons un prix élevé. Nous devons nous battre pour nos droits. Nous risquons nos vies. » Lorsqu’on interroge Saeed sur l’avenir de Ni’lin, il est ferme. « Malgré tous les plans mis en place par Israël pour nous voler notre terre, nous ne céderons pas. Il faut savoir que la jeune génération se fiche d’être emprisonnée, de mettre sa vie en jeu tandis que de l’autre côté la colonisation prend de l’ampleur. » Aux yeux du jeune homme, ainsi est la stratégie d’Israël : tuer l’espoir palestinien, menacer les Palestiniens d’être emprisonnés et étouffer leur résistance. « Au sein du village, le comité mis en place tente de maintenir notre esprit de résistante. Les gens continuent de protester malgré le danger. C’est une réussite ! « 

Les habitants combattent le mur

Les habitants combattent le mur

Saeed Amireh, donc engagé et emprisonné… 
« En prison, il faisait très froid. J’ai été malade durant huit jours sans médicament. En prison, des comptes sont créés pour chaque prisonnier. Cela permet aux familles d’envoyer de l’argent afin de pouvoir acheter la nourriture. Cependant, les prisonniers ne touchent pas à cet argent. Ils doivent commander ce dont ils ont besoin à partir d’une liste précise qui leur est fournie et l’administration s’occupe de faire les achats. Quand j’étais en prison, nous avions constitué une équipe de dix amis. On se partageait ce qu’on avait. » Saeed n’a jamais pu bénéficier de visite de la part de sa famille. « Il y avait des visites de quarante-cinq minutes une fois par mois. Je n’ai pas eu le droit à ça, comme pour me punir. Mais je n’ai pas été le seul dans ce cas-là. » Il a également été frappé avec brutalité durant des séances d’interrogatoire.

Aujourd’hui Saeed sait qu’une seconde arrestation pourrait avoir lieu… Loin des caméras et des médias de masse à Ni’lin…

———

L’actu’ à Nil’lin:

La semaine dernière, soit vendredi 17 avril, quatre adolescents, entre 13 et 17 ans, ont été blessés.
Ils ont été soignés à Ramallah.
La manifestation a eu lieu après la prière du vendredi, comme d’habitude.  
En plus de protester contre le mur, les habitants ont apporté leur soutien aux prisonniers palestiniens.
Les soldats ont tiré par balle et ont lancé des gaz lacrymogènes.
Les jeeps israéliennes ont envahi le village.

Ce vendredi 24 avril, il n’y a pas eu de blessés. 
Cependant les soldats ont envahi le village. 
…. 

Afin de suivre l’actu’ à Ni’lin : 
http://www.nilin-village.org/
http://saeedamireh.com

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