Fériel Berraies Guigny : « Ma voie : défendre la veuve et l’orphelin »

Connaissez-vous Fériel Berraies Guigny ? Une femme aux mille et un projets ! Une femme, une épouse, une mère de famille disponible, réactive et qui vient de sortir deux ouvrages ! Aujourd’hui, pour l’édito, le blog s’arrête sur ses deux tomes de « Enfance et Violence de Guerre » parus aux éditions L’Harmattan…

Fériel Crédit Ludovic Parfaite

Fériel – Crédit : Ludovic Parfaite

à l’Encre de ma Plume : En tapant votre nom sur Google, on découvre que vous avez presque eu plusieurs vies : mannequin, criminologue, diplomate, journaliste, « chercheuse » en sciences sociales, à la tête d’une association… Pouvez-vous me dire quelques mots sur chacune de ces expériences ?
Fériel Berraies Guigny : Trentenaire, j’avais repris le mannequinat après l’avoir abandonné au Canada quand j’avais 18 ans… Humaniser le milieu fut mon premier combat ! Il s’agissait pour moi de l’amour du beau c’est-à-dire la mode mais dans le respect de l’humain. Pas de capitalisme sur la beauté et surtout un militantisme contre les beautés anorexiques et pour les femmes trentenaires.

Diplomate, marchant dans les pas d’un papa qui fut un des grands ambassadeurs de feu Bourguiba, c’était l’expression de l’amour pour les relations internationales et le maniement des langues étrangères, j’en parle cinq. Cependant, j’ai décidé par la suite de quitter le régime de Ben Ali, il y a douze ans. J’ai fait ma « propre révolution » en faisant la connaissance de mon mari. J’ai tout abandonné pour le suivre en France. Une intégration d’ailleurs assez difficile et frileuse face aux profils surdiplômés et multi-facettes, des années de solitude, de combats… Mais ma résilience créative a fait le reste.

Concernant la criminologie, j’ai étudié le droit humanitaire international et j’ai eu une formation académique dans les grandes universités françaises et canadiennes. Puis j’ai pu suivre deux stages aux Pays-Bas avec les Tribunaux Pénaux Internationaux pour l’Ex-Yougoslavie et le Rwanda et l’Organisation pour la prohibition des Armes Chimiques. J’ai vogué dans les hautes sphères des « machines de pouvoir », un challenge très motivant mais seulement pour un temps. Puis j’ai été  Conseillère des Affaires Etrangères, major de ma promotion et j’ai eu de gros dossiers quand j’étais diplomate :  les Think Tank aux Etats-Unis sur le terrorisme, des dossiers plus techniques sur l’ASEAN (
pays d’Asie du Sud Est) et la coopération technique avec le Japon…

Au sujet du journalisme… J’ai conçu deux produits : New African Woman que j’ai quitté en 2013 après cinq ans de bons et loyaux services et le lancement de la plateforme UFFP (United Fashion for Peace : webzine.unitedfashionforpeace.com). Mon idée était de fédérer les alter-mondialistes du monde au travers de l’éthique et de la culture pour la paix. Mais aussi concevoir des événements de mode en mettant en exergue les patrimoines du monde.

Enfin je suis aussi essayiste. C’est la continuité logique d’un parcours. Ecrire le monde tel qu’il est et mérite de le devenir, combattre les fatalités de notre siècle par la plume et aussi valoriser les actions et initiatives qui méritent de changer le monde. Sans parler de soutenir les femmes et les jeunes de notre région. J’ai été sur pas mal de médias : Ousra Mag, Koulli Nissae Maroc, Femmes du Maroc, Al Hasnaa Liban, Sayidatil al Maraa el Arabiya Dubai… 

AEDMP : Concrètement aujourd’hui, quelles casquettes portez-vous ?
F.B.G. : J’ai plusieurs casquettes et elles se rejoignent toutes : criminologue, journaliste, essayiste, militante associative. Mais la sophrologie est mon autre métier à venir (c’est aussi en lien avec l’humain et ses souffrances). Donc vous voyez, il y a toujours une continuité. Et puis je suis une femme de passion et de convictions. Pourquoi me réduire à une étiquette ? Quant à mon passé de diplomate et de mannequin, c’est aussi un parcours de vie. Je suis riche de toutes ces strates et d’une vie surtout dans une valise qui me confère cet amour pour les autres et les cultures du monde.

AEDMP : Où trouve-t-on l’énergie de mener tous les projets que vous animez après avoir occupé tant de postes ?
F.B.G. : Cela s’appelle l’énergie du désespoir !

AEDMP : Concernant vos deux ouvrages parus très récemment à présent, pourquoi avoir voulu traiter cette thématique ?
F.B.G. : On me connaît à travers mon journalisme militant, engagé et assez féministe depuis plus de dix ans (avec New African Woman et UFFP lancé suite au printemps arabe). On me connaît moins à travers ma casquette de criminologue, qui est ma formation de base. Bien sûr j’ai été diplomate dans mon pays la Tunisie et aujourd’hui en France, le lien entre toutes ces tranches de vie n’est pas toujours évident, pour ceux qui tentent de me définir en une seule casquette. Mais il est vrai qu’ayant grandi dans les ambassades avec un papa « Ambassadeur » c’était plus ou moins une forme de déterminisme social. Je suis curieuse, touche à tout et multi-facettes. Mes combats sont multiples mais avec un seul dénominateur commun : la culture pour la paix et le mieux-vivre ensemble.

J’ai été nourrie « au biberon » par les relations internationales mais avec un intérêt particulier pour le droit humanitaire international. Aujourd’hui, à travers mon journalisme, je mets en mots tous les maux de mon continent et je milite pour les femmes et les enfants. « Enfance et Violence de Guerre » est le cheminement de mes études en criminologie amorcées au Canada et poursuivies en France (inscription doctorale à Paris II Panthéon Sorbonne). Vers les années 90, mon papa était alors Ambassadeur de Tunisie aux Pays-Bas et Danemark. C’était une période déterminante dans ma vie et mes choix post-académiques. J’avais entamé des stages aux Tribunaux Pénaux Internationaux pour l’Ex-Yougoslavie et le Rwanda. C’était alors le premier anniversaire des génocides. Après mes deux Masters en Droit Pénal et Criminologie, j’ai été recrutée à la direction de l’information puis au sein de la « Victims and Witness Unit ». Ce passage onusien a été déterminant dans ma vie. J’ai été profondément marquée et là j’ai su que ma voie était de « défendre la veuve et l’orphelin » !

Je ne savais pas alors que j’allais par amour devenir « française » et me confronter à d’autres  problématiques comme la défense des minorités en France. Le destin a pavé ma voie. D’hier à aujourd’hui, je suis une indignée. Je pense sincèrement que la société civile et les femmes ont leur mot à dire, même si on veut les faire taire. Il fallait que je milite, que j’écrive pour sensibiliser. Ce projet de recherche aujourd’hui publié est donc le fruit d’un long cheminement personnel, appuyé par une thématique endémique qui est la violence de guerre et l’enfance victime. Sans parler de l’actualité régionale qui s’y prête plus que jamais ! 

AEDMP : Vous êtes maman, cependant j’imagine qu’aborder le sujet des enfants et de la guerre vous a beaucoup touchée ?
F.B.G. : Je suis doublement maman puisque j’ai des jumeaux : garçon et fille. Ils sont le fruit du métissage, de la culture pour la paix et du dialogue entre les civilisations et les religions. C’est le monde de demain, un monde de tolérance et de brassage. En tout cas c’est mon vœu que j’applique à titre personnel. Je savais que je devais faire quelque chose, alors stagiaire avant d’être maman, je me projetais déjà comme cela. Je ne voulais pas de ce monde cruel qui instrumentalise l’innocence aujourd’hui encore plus que jamais. Mais je savais que je faisais face à une montagne. Quand on songe que l’on est juste une jeune femme sans moyen, on peut aisément se sentir désemparée. Mais mon côté combatif a fait le reste, les scénarii, les recherches, les témoignages étaient juste intolérables et j’ai fait un burnout au début, mais je me suis accrochée…

Six ans de solitude, entre bouquins, recherches et l’impression que je dérangeais car je voulais aussi « démontrer » que l’enfant tueur n’était pas coupable mais victime ! On m’a mis des bâtons dans les roues, on m’a fermé des portes. Je n’ai pas eu de fonds pour mes recherches, je me suis relativement « ruinée » mais j’ai continué… J’ai mis en pause le projet, le temps d’accoucher et de lancer les deux médias que vous connaissez. Mais l’histoire de ma région, la Révolution du Jasmin m’ont rattrapée, quand j’ai vu ces 150 morts dans mon pays j’ai réagi ! Je refusais d’accepter ces morts qui défilaient pacifiquement, ces femmes, ces jeunes, ces hommes, j’ai eu atrocement mal. Mon destin professionnel a basculé à cette même période et depuis 2013 je traverse des épreuves mais durant cette période j’ai fait trois caravanes de mode éthique. J’ai sillonné le monde. Mon média UFFP est bien implanté. J’ai publié mes deux livres et je continue ma route « hamdoullah rabbi maaya » (Louange à Dieu, il est avec moi). 

AEDMP : Comment avez-vous mené votre travail de recherche ?
F.B.G. : J’avais une inscription doctorale à Paris II. Il y avait la partie recherche académique et ensuite j’ai travaillé avec pas mal d’institutions, d’ONG. Pour le terrain j’ai travaillé en collaboration avec une ONG Belge Echos Communication et une autre au Kivu en République Démocratique du Congo. Là, j’ai collaboré avec le directeur d’un Centre de Desembrigadement d’Enfants Soldats. C’est cette partie qui m’a le plus marquée et je remercie Muna pour son courage, sa contribution et les ex-enfants soldats qui ont accepté de témoigner et de raconter leur histoire. Je remercie également mes préfaciers. Pour le Tome I le Président du Secours Populaire Français, Julien Lauprêtre qui est un très grand monsieur. C’est un résistant qui a vécu la période des camps et des déportations et mon ami alter-mondialiste et économiste Gus Massiah. Il m’a encouragée et parrainée (il a fait entre autre tous les mouvements de décolonisation de ma région) et il est très impliqué dans ces pays.

AEDMP : En rapport avec l’actualité, et en lien avec vos ouvrages, quelle est votre vision de ces enfants victimes des conflits en Syrie, Irak, Erythrée… et qui pour la plupart viennent trouver refuge en Europe ?
F.B.G. : Elle est assez pessimiste étant donné l’accueil qui leur est prodigué et j’en parle justement dans mon édito du mois de septembre sur UFFP, j’en appelle à la communauté internationale. Il m’est de plus en plus intolérable de voir la problématique des migrants stagner vers un fatalisme tragique tandis que l’Europe et la communauté internationale assistent au massacre continuel de familles entières en Méditerranée. Au lieu de se quereller sur des quotas d’accueil ou sur la bonne politique migratoire à adopter, l’urgence serait plutôt de voir comment intervenir pour éviter les désastres humanitaires en mer ou sur notre sol. Des actes qui poussent vers une mort certaine des victimes désespérées fuyant les guerres et les famines.

J’en appelle à la  communauté afin que l’on ne s’habitue pas au bulletin quotidien des naufrages en mer ou des asphyxiés dans des camions réfrigérés en Europe. Il est plus que temps d’ouvrir des voies humanitaires depuis l’Afrique et le Moyen-Orient, de combattre les passeurs, qui s’enrichissent de la misère et du désespoir. Ce sont les vendeurs d’esclaves du 21ème siècle. Il faut aussi accorder des permis de séjours pour motifs humanitaires. Mais encore et surtout tenter entre gouvernements de bâtir des négociations en vue de prémices de la paix – dans les pays en conflit, avec la médiation de la communauté internationale, en partant des États les plus impliqués dans les différentes zones de crise. Il y a trop de crises endémiques pour espérer un jour que la solution soit rapide, mais au moins, impliquons nous davantage et surtout n’oublions jamais notre humanité…

AEDMP : Enfin que vous souhaiter pour la suite ?
F.B.G. : Pour toute la région Maghreb-Monde Arabe-Sahel, je crains que les temps soient des plus incertains, il faudra vraiment s’armer de patience, de courage, de résilience. Il faudra continuellement mettre des garde-fous. Je pense que nous allons encore expérimenter des choses qui vont nous déstabiliser et les relations Nord-Sud vont s’en ressentir profondément. A notre plus petite échelle, nous les citoyens, restons unis, solidaires et n’oublions jamais encore notre empathie et notre humanité.  

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N’hésitez pas à acquérir les deux tomes de « Enfance et Violence de Guerre » notamment à la FNAC, Amazon…

Retrouvez donc UFFP ici => webzine.unitedfashionforpeace.com


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