Et si on disait aux Molenbeekois de raconter Molenbeek ?

La mairie de Molenbeek

La mairie de Molenbeek

Molenbeek… Après avoir tellement entendu parler de cette commune dans les médias, est venue à l’esprit l’idée qu’y vivre devait être difficile. Un terreau de terroristes, où sont organisés des voyages vers la Syrie aussi facilement que des séjours au soleil. Laxisme de la bourgmestre et des autorités belges, zone de non-droit… Si on devait se contenter des médias de masse sans chercher plus loin, alors on n’aurait nullement envie de mettre les pieds à Molenbeek. D’ailleurs, on irait même jusqu’à se demander comment font les Molenbeekois pour y habiter. Et justement, qui de plus légitime que les habitants eux-mêmes pour parler du quotidien sur place. Salima, Said, Malika, Houria, Patrizia et Hamid parlent du Molenbeek qu’ils connaissent…

« Molenbeek, une commune pleine de richesses »
Salima fêtera ses 35 ans en janvier prochain. Bénévole en tant que conseillère en prévention pour les institutions religieuses, elle est aussi à la recherche d’un même poste en salariat. Elle est d’ailleurs diplômée dans le domaine. Avec sa famille, cela fait presque trente ans qu’elle vit à Molenbeek et avant ça, elle habitait en Flandre. Pour elle, il y deux voire même trois Molenbeek. « Molenbeek, une commune pleine de richesses. Les gens sont généreux et serviables. D’autre part, je n’en ai que de bons souvenirs notamment avec la Foire se déroulant sur la place de l’église communale« , dit Salima. Elle a en tête l’insouciance et la fraternité entre les voisins et les enfants de toutes les origines. A Molenbeek, la trentenaire se sent en sécurité. « Peut-être parce que c’est chez moi tout simplement. Je pourrais m’y balader tard sans avoir peur. Il y a des commerces de proximité. » Quand on interroge Salima sur la réputation que semble s’être faite la ville, elle la considère comme fausse. Oui il y a des jeunes égarés et effacés… « Il est vrai qu’il y a environ quatre à cinq ans, des jeunes tenaient les murs dans certains quartiers, commettant des actes peu recommandés et injustes. Depuis, ces jeunes ont presque disparu. Où sont-ils ? Mariés, ils travaillent, ils sont en prison ou alors en Syrie…« . Salima a aussi un avis bien tranché sur la bourgmestre de la ville qui ne croit pas en sa commune et en ses citoyens. « On n’attend pas de reconnaissance mais du respect et le rétablissement de la vérité sur Molenbeek ! »  

« Il y a un échange entre les gens. Ici c’est populaire »
Voilà 15 ans que Said, agent contractuel à la commune de Molenbeek, vit dans cette ville. A 48 ans, il aime sa commune où il fait bon vivre ensemble avec une diversité des cultures, des religions et des nationalités. « Il y a un échange entre les gens. Ici c’est populaire« , dit Said. On s’entraide, on vit les uns avec les autres. La ville est dynamique et loin d’être hostile. « Je pense que nous, Molenbeekois et Molenbeekoises, sommes plus forts que les médias et les politiques. Nous n’avalerons pas tout ce qui se raconte sur Molenbeek sans réagir. Nous continuons alors à vivre ensemble. » Said reste positif car pour lui c’est cet état d’esprit qui fait la force de Molenbeek. « Rassembler et unir nos forces sont nos objectifs pour l’instant. Cette union sera notre force dans ce cher pays qui est le nôtre. » La ville doit-elle redorer son blason ? Aucunement aux yeux du Molenbeekois qui continue sa routine. « Vous savez, on pourrait comparer la ville à un pull blanc insalissable. Le blanc pour la paix. On a toujours vécu ainsi et ça ne changera pas. » Alors toutes les informations et les rumeurs sur Molenbeek diffusées dans les médias ne lui font pas peur. 

« Molenbeek est un arc-en-ciel »
Houria est femme au foyer et pour elle c’est SA profession. A 53 ans, cela fait plus de trente-deux ans qu’elle vit à Molenbeek. Dans ses rues, il règne le vivre-ensemble. « Molenbeek est un arc-en-ciel. Il y fait bon vivre. » Pour elle, tout est bon sauf la bourgmestre. Cette dernière, Houria ne l’apprécie pas du tout. D’ailleurs, elle a espoir qu’elle ne soit plus à ce poste après les prochaines élections. Et quand on attache à la ville une réputation de « fief du djihadisme », Houria n’est pas d’accord. « C’est exagéré comme si il n’y avait plus rien d’autre !« 

« On se sent bien à Molenbeek »
Maman de quatre garçons et d’une fille, Malika vit à Molenbeek depuis qu’elle a 4 ans ! Aujourd’hui, à 49 ans, elle aime sa commune comme au premier jour. « Ici je n’ai jamais eu de problème. J’y vis avec ma famille et on s’y sent très bien. C’est chez nous. » Avec tout ce qui se dit sur Molenbeek dans les médias, Malika pense que certainement des changements auront lieu. « La ville est pauvre, alors pour lui permettre d’évoluer il faudrait mettre en place les outils nécessaires. Molenbeek doit avoir toutes les chances d’évoluer mais pour cela il faut l’aider. »

« Les Molenbeekois ont un grand coeur »
Patrizia est fière de vivre à Molenbeek, tout particulièrement dans son quartier entre les Etangs Noirs & Comte de Flandre. Elle y habite depuis 1981, depuis sa naissance. Cette déléguée commerciale a de beaux souvenirs de ses parties de jeux étant enfant avec ses amis du quartier mais aussi des courses faites chez les commerçants du coin. « Nos parents ne s’inquiétaient pas du tout, bien au contraire. Ils savaient que nos voisins étaient là en cas de besoin.  Les voisins étaient et sont toujours de la famille aussi bien les Musulmans que les Catholiques et tous les autres. » Le mot d’ordre était le respect. Aux yeux de Patrizia, aujourd’hui, rien n’a changé. Elle travaille et continue à faire tous les jours ses courses à Molenbeek. « On peut toujours trouver des commerces ouverts et assez tard. Les commerçants sont serviables et agréables. » Molenbeek est synonyme d’animation, de multi-culturalisme malgré la pauvreté de la commune. « Les Molenbeekois ont un grand coeur. Et les médias nous pointent tous du doigt. Le souci c’est que les gens attendent ce genre de situations pour cracher toute leur haine, leur venin et tout leur racisme refoulé ! L’occasion aussi de considérer la ville comme étant celle du djihadisme en Europe ! » Patrizia reste optimiste et a grand espoir que cette image véhiculée par la presse s’efface mais les Molenbeekois doivent aussi montrer qu’ils veulent du changement.

« Les Molenbeekois doivent continuer à vivre »
Quant à Hamid, il habite Molenbeek depuis vingt-cinq ans. Étudiant, il a aujourd’hui 28 ans. « Je  vois Molenbeek comme la commune où j’ai grandi, évolué, appris. C’est une commune agréable, dans laquelle il fait bon vivre. » Entre les commerces de proximité, à deux pas du centre-ville, le voisinage diversifié et solidaire, l’ambiance chaleureuse, Molenbeek est pour lui une commune propice aux échanges. « C’est vrai qu’il ne faut pas nier les problèmes connus de petite délinquance, il n’en reste pas moins qu’on s’y sent tout à fait en sécurité. Ce sont donc des côtés positifs de Molenbeek. » Pour Hamid, la mauvaise qualité de l’enseignement dans les écoles communales est un aspect négatif de la commune. « Cela n’est pas propre à Molenbeek, mais typique des quartiers densément peuplés et notamment par une population assez pauvre. C’est donc un problème social et politique avant tout, qui exige des réponses structurelles plutôt que des jugements à l’emporte-pièce. » Présenté comme étant le fief du terrorisme, cela n’est pour Hamid qu’un raccourci dans les discours politiques et médiatiques. Il est plus simple de localiser la menace dans un périmètre restreint que de voir la portée générale du problème. « Par exemple, on nous parle beaucoup du départ des jeunes pour la Syrie et tous ceux qui sont susceptibles de vouloir s’y rendre se trouvent aussi bien à Anvers, Vilvoorde, Schaerbeek, Verviers… Et Molenbeek fait partie de cette liste. Une forte population musulmane y vit. Mais tout rejeter sur Molenbeek est idiot et contre-productif. » Que doivent faire les Molenbeekois pour changer cette image qui colle à leur commune ? « Les Molenbeekois doivent seulement continuer à vivre leur vie, leur foi, leurs études… Ils doivent continuer à aller au travail. Peu importe ce que les médias disent ou ce que les politiques inventent. Nous ne sommes pas responsables.« 

Ces six personnes aiment leur commune. Elles y vivent depuis des années et des années et continueront d’y habiter. Parce qu’elles aiment Molenbeek et ses rues. Chacune de ces personnes y a son histoire, sa mémoire, son vécu, ses joies, ses déceptions… Des choses dont les médias ne nous ont pas parlé !

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