Edito du 28/11/2016 – Témoignage de Horia partie à la frontière turco-syrienne pour aider les réfugiés

28/11/2016 - Témoignage de Horia partie à la frontière turco-syrienne pour aider les réfugiés

Photographie prise par Horia d’une réfugiée

Courant octobre 2016, le blog vous parlait de Horia partant à la rencontre de réfugiés à la frontière turco-syrienne et souhaitant leur apporter une aide matérielle. Elle avait ainsi lancé une cagnotte sur leetchi. Début novembre, Horia a donc pris la route de la région de Hatay en Turquie. Elle en est revenue depuis peu et nous livre son témoignage. La plume lui est donc laissée…

Un voyage longuement mûri

J’ai mûri ce voyage suite aux différents témoignages des contacts sur place que nous avions par le biais de Facebook, mais aussi des réfugiés de Calais qui étaient passés par la frontière turco-syrienne. D’ailleurs parmi ces derniers, certains avaient encore de la famille dans cette région de Turquie. De plus, une amie habitant Lille était très proche des réfugiés à Calais et ainsi on a décidé de se lancer pour entreprendre ce voyage. Cela faisait près d’un an que nous avions envie d’aller sur place. Alors nous avons émis un appel aux dons notamment via leetchi. On a aussi demandé aux personnes de faire des dons de vêtements, de chaussures, de lait en poudre… Nous devions aussi prendre du petit matériel et des médicaments mais quinze jours avant notre départ, un médecin allemand s’est rendu dans la région et a apporté pas mal de choses. Alors nous avons privilégié les antalgiques et avons abandonné l’idée de prendre le reste…

Un centre pour mères et enfants à Antakiya

Une fois à Gaziantep, nous prenons la route pour Antakiya où nous avons séjourné quelques jours, chez une famille palestinienne vivant en Syrie et à présent en Turquie. Il y avait la maman et les deux filles travaillant toutes dans une association pour les enfants syriens traumatisés par la guerre et vivant dans la ville d’Antakiya. Notre première visite a été faite dans un centre pour mères et enfants, il y avait des veuves et des orphelins. Ce centre se trouve à Reyhanli. Il est tout neuf. Les travaux ne sont pas encore totalement terminés mais suffisamment pour que les lieux soient habités. Sur place, c’est Sawsan qui nous a reçues. Sawsan est une femme formidable, elle était si heureuse de recevoir notre visite. Elle nous a donc fait visiter le bâtiment, composé d’au moins cinq étages avec une vingtaine d’appartements par étage. Il n’y a que très peu, voire même aucun ameublement et chaque appartement est composé d’une pièce d’environ 10m2 et d’une cuisine, celle-ci à moitié équipée est de peut-être 5m2, je dirais. Il y a une salle de bain avec toilette en commun pour chaque paire d’appartements.

Sawsan a perdu son mari et son fils

Nous avons pu visiter chaque appartement, rencontrer toutes les femmes et leurs enfants. Tout le monde était heureux de nous voir bien que les échanges aient été courts. Chaque personne avait une histoire à raconter avec souvent la perte de beaucoup de proches aussi bien un époux, un frère, un père… Sawsan a justement perdu son mari ainsi que son fils de 21 ans. Elle nous a montré leurs photographies et son témoignage était très poignant… Elle nous a parlé de sa vie d’avant. Son récit m’a bouleversée. J’en ai pleuré et elle, très courageuse, m’a enlacée en me réconfortant : « Ma chérie, ne pleure pas, la vie est belle » . J’ai pris un coup de massue en l’écoutant me dire cela. Elle a également « adopté » naturellement une petite fille syrienne sans famille, orpheline se trouvant dans le centre. Sawsan nous a aussi montré les derniers dons reçus avec notamment des vestes pour enfants, de la moquette et quelques chauffages électriques offerts par un Gazaoui. Nous avons également été reçues par le directeur et les membres du bureau qui ont parlé des besoins du centre et particulièrement de ceux des enfants. Nous avons  souhaité leur donner une participation financière. Nous voulions rester plus longtemps mais il était déjà tard. Nous avions promis à Sawsan de repasser avant de rentrer en France mais malheureusement, à notre grand regret, par manque de temps, nous n’avons pas pu y retourner.

28/11/2016 - Témoignage de Horia partie à la frontière turco-syrienne pour aider les réfugiés

La situation des enfants nous a fait mal !

Les jours qui ont suivi, nous avons privilégié les visites des camps. Donc nous sommes allées dans les camps d’Adana, accompagnées d’un guide syrien habitué à acheminer les aides vers ces lieux. Nous y sommes restées la plus grande partie de notre séjour, en visitant plusieurs camps par jour. Nous avons donc pu constater la situation catastrophique et faire les achats nécessaires pour leur venir modestement en aide… Les conditions de vie sont très dures, sous les tentes d’infortune où les gens s’entassent. Très peu d’aide leur arrive, ils se disent oubliés, surtout qu’ils sont excentrés des villes, peu visibles… Nombreux travaillent dans des champs turcs où ils sont payés en fruits et légumes. Nous avons pu leur apporter un peu d’aide, infime soit elle. Nous avons retenu une chose : ils apprécient de pouvoir parler, de raconter leur histoire et d’être écoutés… La situation des enfants nous a fait mal ! J’ai passé mon temps à pleurer. Qu’ont-ils fait de mal pour subir les conséquences de cette guerre ? Pourquoi est-ce si injuste ? Ca m’a révoltée : ils sont sans chaussures et ils ne mangent pas à leur faim. Ensemble pourtant on a passé du temps à chanter des comptines, à apprendre le français, à danser le dabké. Un jour nous avons organisé une petite fête avec des gâteaux confectionnés pour l’occasion. Certains enfants ne se souvenaient pas d’avoir par le passé goûté à quelque chose de semblable.

28/11/2016 - Témoignage de Horia partie à la frontière turco-syrienne pour aider les réfugiés

Face au drame, on se sent impuissantes ! Une aide comme une goutte d’eau dans la mer. Nous avons pu voir des nourrissons malnutris, des cas de handicaps avec bien sûr aucun soin !

Un sentiment d’impuissance

Les femmes enceintes sont également nombreuses sans suivi, cependant elles m’ont dit qu’elles se rendront à l’hôpital de la ville la plus proche quand elles seront sur le point d’accoucher. Le dernier jour, nous sommes retournées à Rehyenli, nous avons décidé d’aller dans un centre de santé où se trouvaient des blessés qui avaient demandé de l’aide à notre ami syrien afin d’acheter de la nourriture. Nous y sommes restées plus longtemps que prévu, c’est pour cette raison que nous n’avons pas pu retourner voir Sawsan. Ce « centre » est en réalité un appartement transformé en « centre de rééducation ». La majorité des personnes avait une vingtaine d’années mais il y avait aussi deux enfants dont une petite fille de 6 ans qui avait reçu une balle dans la tête, par un sniper. Il y avait plusieurs jeunes paralysés tétraplégiques. Il est difficile de leur poser des questions étant donné les situations mais j’ai appris que l’un d’entre eux âgé de 21 ans, très touchant par sa douceur et sa gentillesse, avait été victime d’un tir de sniper il y a maintenant plusieurs années. Il a été dans le coma, puis a souffert de malnutrition. Maintenant il va mieux, mais reste paralysé des membres inférieurs. Toutes ces personnes ne parviennent pas à avoir des nouvelles de leurs proches restés notamment à Alep et Homs. Leurs familles leur manquent. Ils sont seuls au monde, quasiment sans soin. Il y a très peu d’équipements, un kiné et une infirmière interviennent mais je ne sais pas à quelle fréquence. A force de persévérance, l’un des jeunes a pu retrouver l’usage de ses jambes. Il s’occupe des autres. Nous avons fait don d’une petite somme d’argent. Aussitôt rentrées en France, nous leur avons envoyé davantage.

28/11/2016 - Témoignage de Horia partie à la frontière turco-syrienne pour aider les réfugiés

Toutes ces personnes nous ont scotchées. Elles ont été ravies de notre visite, beaucoup ont voulu rire et plaisanter. Une force se dégage d’eux. Nous avons évidemment échanger nos coordonnées et restons en contact. Ils nous demandent de ne pas les oublier.

Un immense merci à Horia pour ce partage. Evidemment, le blog ne manquera pas de relayer les prochaines actions afin de soutenir les initiatives de Horia ! 

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