Interview de Dalia Shurrab à Gaza : une vie sous blocus, avec deux heures d’électricité par jour

L’organisation des Nations Unies vient de publier un rapport sur la situation dans la Bande de Gaza. « Une crise perpétuelle » que subit la population sur place entre les divisions au sein des dirigeants palestiniens, l’étau resserré par Israël et l’Egypte, le silence international… Dernièrement, les habitants de l’enclave palestinienne ont même vu le nombre d’heures d’électricité à leur disposition être réduit à deux heures seulement par jour. Le blog a sollicité Dalia Shurrab, une habitante de Gaza et très présente sur Instagram avec le compte @dalia.shurrab, pour parler de la situation. 

Interview de Dalia Shurrab à Gaza : une vie sous blocus, avec deux heures d'électricité par jour

à l’Encre de ma Plume : Dalia Shurrab, comment vous présenter aux lecteurs du blog ?
Dalia Shurrab : Je suis l’une des habitantes de Gaza, l’une des survivantes. Je suis comme les autres Palestiniens qui sont obstinés et insistent pour vivre une vie normale sous le siège et être le bon côté de Gaza. Je suis une experte en médias sociaux et entrepreneure.

à l’Encre de ma Plume : La Bande de Gaza est dans une situation catastrophique, davantage  avec le manque d’électricité qui s’accentue. Pouvez-vous nous donner des précisions ?
Dalia Shurrab : La Bande de Gaza vit l’une des situations qui est la pire au monde. Blocus, occupation, manque d’électricité, absence d’opportunités d’emplois décents… Les deux heures d’électricité par jour ne suffisent pas pour les activités les plus simples comme les tâches ménagères. Cuisiner, faire la vaisselle, laver le linge, repasser… est compliqué. La connexion à Internet est impactée et les maisons n’ont pas d’eau courante régulièrement puisque cela dépend aussi de l’électricité. Alors la vie s’arrête en dehors des deux heures de courant quotidiennes. Même lorsque nous nous tournons vers des solutions et d’autres alternatives pour avoir de l’électricité, en utilisant notamment des batteries et des générateurs, la plupart des appareils électriques ont souvent été endommagés du fait des coupures incessantes de courant.

à l’Encre de ma Plume : Quels sont les domaines les plus affectés par le manque d’électricité et quelles sont les conséquences ?
Dalia Shurrab : Le premier est le monde médical avec des hôpitaux qui ne peuvent fournir tous les soins. Puis vient le domaine technologique. Les entrepreneurs, les travailleurs en freelance sont aussi touchés. Je suis notamment concernée puisque j’ai dernièrement vécu une expérience personnelle avec le manque d’électricité. Je travaillais comme traductrice indépendante avec l’une des plus grandes entreprises du monde arabe et j’ai perdu ce travail décent car je ne pouvais pas rendre des travaux dans les délais.

à l’Encre de ma Plume : Comment la population réagit-elle ? Et comment fait-elle pour avoir de l’électricité ?
Dalia Shurrab : Il y a des alternatives mais elles sont assez onéreuses et tous les Gazaouis ne peuvent pas se permettre de se payer des générateurs, des panneaux solaires, des batteries de voiture… Le moyen le plus dangereux pour avoir de l’électricité est d’utiliser un générateur, qui est bruyant et pollue beaucoup. De plus, cela nécessite un budget conséquent pour pouvoir acheter du carburant qui est rare dans la Bande de Gaza. Les batteries ont besoin d’électricité pour être chargées et les deux heures par jour ne suffisent pas. Il faut aussi les changer après plusieurs mois d’utilisation. Le moyen le plus sécurisé est les panneaux solaires mais ils restent chers et coûteux en termes de maintenance.  

à l’Encre de ma Plume : Comment faites-vous personnellement pour palier au manque d’électricité ?
Dalia Shurrab : En tant que responsable des médias sociaux, j’ai besoin d’Internet et d’électricité tous les jours. Chaque mois, je consacre une partie de mon salaire pour mon abonnement Internet puisque je dois lire mes mails et répondre aux commentaires sur les réseaux sociaux. J’économise afin de pouvoir acheter des batteries, des moyens pour les charger. C’est près de 40% de mon salaire qui mensuellement est affecté à cette question d’électricité. Parfois, je demande à mon frère d’aller à la mosquée pour charger mon ordinateur portable et mon mobile. Cela me permet de continuer à travailler et il m’arrive aussi de rester éveillée jusqu’à 3h du matin, moment du retour de l’électricité pour les deux heures.

à l’Encre de ma Plume : D’après vous, comment cette situation pourrait-elle changer ?
Dalia ShurrabJe ne pense pas que cette situation puisse changer bientôt ! Nous ne savons pas où est le problème précisément pour le résoudre. Toutes les parties ont leurs torts. Personne ne dit la vérité. C’est vraiment compliqué : les dirigeants palestiniens, Israël et l’Egypte sont impliqués et contribuent à ce que la situation se détériore.

à l’Encre de ma Plume : Enfin, pensez-vous que la situation puisse être pire ?
Dalia Shurrab : A chaque fois que nous, Gazouis, faisons face à un contexte difficile je me dis que rien ne pourrait être pire. Mais je suis surprise de voir à quel point cela peut être pire encore !

 

Il existe une manière très simple de se tenir informé de la situation dans la Bande de Gaza lorsque les médias en France n’en parlent jamais assez : contacter les habitants de Gaza directement. Les réseaux sociaux sont un outil important pour cela ! Utilisons-les à bon escient !

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