L’association La Voix des Rroms, présentée par son président William Bila

La Voix des Rroms est « une organisation antiraciste, rromani, décoloniale, mixte au plan du genre, d’orientation sexuelle, d’identification de genre, de la classe et des origines (Rroms et non-Rroms), qui a été créée en 2005 par des étudiants Rroms de différentes nationalités » , comme l’indique notamment sa page Facebook. Avec plus de 10 ans d’existence, elle comprend une soixantaine de membres et une centaine de bénévoles actifs par intermittence sur des projets déterminés. Pour en savoir plus La Voix des Rroms, le blog a interrogé William Bila, président de l’organisation. 

L'association La Voix des Rroms, présentée par son président William Bila

 

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William Bila a passé plus de 20 ans de sa vie dans des grands entreprises et des cabinets de conseils multinationaux. « Je suis né aux Etats-Unis, comme fils de réfugiés de la Tchécoslovaquie ayant fui le Printemps  de Prague en 1968 pour la ville de New-York », dit William Bila. A la chute du mur de Berlin, il travaille durant huit années en République Tchèque. C’est entre 1992 et 2000 que débute son engagement dans le mouvement d’émancipation des Rroms. « Par la suite je suis retournée en Amérique du Nord pour mes études à l’université de Chicago avant de travailler à Munich, Richmond ou encore Toronto. » Puis il décide d’immigrer définitivement à Toronto et d’y construire sa vie. Là son engagement devient de plus en plus profond pour la cause rrom. A l’époque il y a une vague de réfugiés arrivant au Canada depuis la République Tchèque et la Hongrie, de 2008 à 2010. 

Les expulsions forcées des Rroms roumains et bulgares sous Sarkozy
Depuis le Canada, William Bila observe la scène. A ses yeux, la situation en Europe se dégrade et en même temps son envie d’agir en tant que citoyen grandit. Il ne souhaite plus que son engagement associatif soit un simple passe-temps voire un loisir. C’est à l’été 2010, qu’on lui propose un poste à Paris dans une compagnie d’assurance. A ce moment-là en France, les Rroms roumains et bulgares sont mis à la porte du pays sous Sarkozy. « Je me suis dit que la France avec sa tradition de société civile ne sera jamais menée par des démagogues comme on en trouvait en Europe de l’Est, et l’opportunité pour ma carrière était géniale. J’ai quitté mon Canada sans trop réfléchir. Au même temps je me suis dit que je ne pouvais pas vivre ici sans être engagé contre l’antitsiganisme. » En arrivant en France, William Bila  adhère à l’association La Voix des Rroms et en est le président depuis mai 2016.

Oeuvrer pour une société juste et pluriverselle
Au sein de l’association La Voix des Rroms, les valeurs principales sont la pugnacité, la bienveillance et la joie. A travers ces principes, l’organisation souhaite contribuer au changement des sociétés française et plus généralement européenne. « Nous avons à coeur qu’elles
 soient fidèles à leur promesse fondatrice qui est d’assurer à chacun – peu importe sa singularité – les droits fondamentaux, en tant qu’enfant, que femme ou homme, qui lui reviennent. » Afin d’atteindre ce but, la structure sensibilise l’opinion sur les crimes politiques de masse et les résistances minoritaires. La Voix des Rroms veut que les adultes et les jeunes marginalisés montrent une forte participation citoyenne également. « Nous privilégions les partenariats et le travail en réseau pour réaliser nos actions parmi lesquelles le Mouvement du 16 mai (dispositif national de plaidoyer et de lutte contre les discriminations), le Yag Bari Sporting Club  (projet d’éducation par le sport) et la Journée Internationale Rromani Resistance qui consiste en la coordination de festivals tenus autour du 16 mai chaque année (anniversaire de la révolte du camp des familles tziganes de Birkenau le 16 mai 1944) dans plusieurs villes d’Europe. » 

Comment fonctionne l’association La Voix des Rroms ?
L’association essaie de trouver des fonds pour son fonctionnement et des donations pour des projets spécifiques. « Au début nous n’étions que des bénévoles. Maintenant nous sommes capables de salarier modestement 5 personnes à temps partiel ! C’est déjà un gros pas pour la stabilisation et pérennisation de notre travail qui est ciblé sur la longue durée. » William Bila considère que La Voix des Rroms n’est qu’une voix parmi tant d’autres. « Nous ne sommes qu’une simple voix qui essaie de donner la parole aux premiers concernés en les responsabilisant notamment au cours de formations. Ainsi ils peuvent changer le regard qu’ils ont sur eux-mêmes et auprès du grand public en cassant des stéréotypes que véhiculent notamment les médias de masse. » Régulièrement, La Voix des Rroms et ses bénévoles font des maraudes dans les bidonvilles pour sensibiliser leur base à l’importance de la défense de leurs droits et leur donner les moyens d’agir et d’exister politiquement. L’association participe à des regroupements, des réseaux internationaux et construit un réseau national d’associations aux combats similaires contre les discriminations :

  • des gens en précarité dans les bidonvilles ou en squat,
  • des immigrés en raison de leur statut sans papiers,
  • en raison de la couleur d’une peau, d’une religion (ou bien non-appartenance à une religion),
  • des modes de vie tels que les gens du voyage.

« Nous travaillons avec un spectre d’alliances larges en usant notamment la méthodologie du community organizing comme développée dans les années 60 à Chicago. »

Le bidonville du Samaritain, la fête annuelle du 16 mai…
Depuis quelques années, des mobilisations locales sur le terrain ont eu lieu pour défendre les droits immédiats des personnes contestant notamment leurs expulsions sans proposition instantanée de relogement. « Il y a eu des victoires. Il y a eu des défaites. A chaque fois cela a été l’occasion de sensibiliser l’opinion voire les institutions internationales comme l’ONU, l’OSCE, le Conseil de l’Europe, la Commission Européenne… » Comme cela a été le cas en 
2015, à la Courneuve, avec les habitants du bidonville du Samaritain ou encore à Bobigny dernièrement. Par ailleurs, depuis quelques années maintenant, la fête de l’Insurrection Gitane a lieu. L’événement commémore le soulèvement du « Camp des Familles Tziganes » du 16 mai 1944 à Auschwitz. « De cette façon nous construisons notre mémoire collective de citoyens acteurs. Lors de cette tragédie, dans l’heure la plus obscure, à un moment sans espoir, les familles emprisonnées ont réussi à empêcher les SS d’exécuter l’ordre de les exterminer. Ils ont tenté de résister avec des simples pierres et toutes les armes qu’ils pouvaient rassembler. » Avec La Voix des Rroms, l’esprit de résistance et de résilience est toujours vivant et chaque année un thème différent est abordé : femmes, enfants, éducation… D’autres activistes rroms à travers l’Europe et outre-Atlantique ont repris cette manifestation. « La réappropriation des stéréotypes, la création de nouvelles images, la découverte d’une histoire peu connue commençaient comme un mouvement, grâce à nous et nos efforts de terrain. Cela continue aujourd’hui sous le nom de Rromani Resistance. Nous avons beaucoup plus de détails à partager sur le site de l’évènement : www.insurrection-gitane.com. » Pour l’édition 2018, une cinquantaine d’intellectuels et activistes rroms internationaux seront réunis avec comme mission de poser les bases d’un réseau politique international capable de faire avancer l’émancipation des Rroms en France et dans le monde.

Le projet du Yag Bari Boxing Club
Créé il y a trois ans en Seine-Saint-Denis, ce projet compte aujourd’hui 50 membres dont la moitié a moins de 14 ans et vit en bidonville. « Dans un contexte de violence politique mêlant discrimination et désintégration des minorités marginalisées, l’école de boxe chinoise Yag Bari fournit un enseignement pratique suivant les principes des arts martiaux traditionnels : l’accroissement de la force morale par la domination de la violence interne (émotionnel) et externe (relationnel). » Si certains jeunes ont quitté le projet en raison d’expulsions forcées de bidonvilles, d’autres sont arrivés. L’activité de l’école de boxe continue donc. Une équipe de football a même été créée. A cela sont venus s’ajouter des cours de langue Rromani. « Nous avons lancé le hashtag #EcolePourTous pour obtenir de l’Etat qu’il mette fin aux discriminations directes ou indirectes empêchant des milliers d’enfants en France. Parce qu’ils vivent dans des bidonvilles, dans des hôtels sociaux, parce qu’ils sont des mineurs isolés non pris en charge, parce qu’ils sont handicapés ou ont un mode de vie itinérant. »

Pourquoi ces clichés sur les Rroms ?
« C’est une création de la majorité. Pourquoi la majorité ne s’interroge pas elle-même, dans l’éducation publique avec une méthode scientifique ? Pourquoi nous avons créé tous ces clichés ? » interroge William Bila. L’ouverture à la découverte de soi est une précondition pour faire avancer les choses et La Voix des Rroms se bat pour voir cette ouverture. La fête de l’Insurrection Gitane est un moyen pour y parvenir. « Nous créons de nouvelles images que nous ferons coller nous-mêmes pour nous-mêmes et puis avec le temps, un public bien formé fera le choix de laisser ces clichés ou de s’en débarrasser. Nous contribuons à l’éducation de tou(te)s. Nous y croyons. » La création de ces nouvelles images reste une obligation des premiers concernés car la fermeture qui se manifeste dans le déni de la valeur ajoutée des cultures minoritaires nous compartimente à ces clichés pour toujours.

Anina Ciuciu, membre du Conseil d’administration de l’association
Candidate aux dernières élections sénatoriales en Seine-Saint-Denis, Anina Ciuciu, femme Rrom, est très active dans le Mouvement du 16 mai et dans la campagne
#ÉcolePourTous. « Elle est toujours présente comme contributrice dans nos fêtes et a encouragé la participation de sa mère et sa sœur depuis qu’elle est devenue membre. J’ai lu le livre qu’elle a écrit. D’ailleurs, j’en ai envoyé un exemplaire en République Tchèque à une publication mensuelle que s’appelle Romano Džaniben, afin que son histoire soit connue là-bas aussi. » Pour William Bila, si sa propre mère avait connu des exemples comme Anina de son temps en Slovaquie, elle aurait aussi eu à coeur d’émigrer et de faire des études. « L’éducation est la clé qui ouvre le monde entier. Ce n’est pas évident pour des enfants rroms lorsque des états membres de l’Union Européenne maintiennent toujours des écoles ségréguées par la race et ces enfants n’ont l’occasion que de recevoir une éducation de seconde classe provoquant un handicap à vie qui entrave leurs possibilités économiques et intellectuelles de se réaliser. » 

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Merci à William Bila pour ses précieuses réponses et sa disponibilité… Si vous souhaitez aider l’association La Voix des Rroms, vous pouvez les contacter sur leur mail contact@lavoixdesrroms.org ou via la page Facebook « La Voix des Rroms ».

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